All Aboard | Tous à bord

By Charlotte Desprat, BR ‘18

In this article, Charlotte Desprat explains how her frequent train rides between New Haven and New York became a fundamental ritual during her first year at college, as they helped her cope with her adjustment to Yale — a ritual which, however, should not have come into being.

ORIGINAL

New Haven. West Haven, Milford, Stratford. Bridgeport, Fairfield, Westport. Je connais les arrêts par coeur. Ils se succedent, l’un après l’autre, comme les billes d’un chapelet. Je les vois sous les feuilles aux couleurs changeantes, sous la pluie, sous la neige, qui fond et qui retombe, inlassablement, avant que le ciel ne se dégage, jusqu’à ce que je me rende compte que je suis arrivée à Grand Central et qu’une année entière vient de s’écouler.

La poésie de Metro North Railroad n’est pas forcément évidente. Ces wagons en acier bosselé aux vitres couvertes de graffitis opaques et d’égratignures désespérées ne sont a priori pas une source de lyrisme. Et pourtant, je me sens bien plus attachée à ce tas de metal et de rouille qu’à l’architecture irréprochable de Yale. Ce train n’a rien à me cacher. Il n’est peut-être pas très beau, il n’est peut-être pas très confortable, mais au moins il n’a pas de prétention à l’être. Il ne cherche pas à être impressionnant, tout comme il ne demande pas à être impressionné. Environ tous les deux mois, il m’accueille dans la lumière chaude de ses néons et s’attend à ce que je lui décrive avec exactitude mon état d’âme. Cette conversation se fait en silence, les mains jointes, le regard ailleurs, entre la banquette déchirée et la vitre poussiéreuse. Elle est rythmée par le passage inexorable des arrêts et des saisons. New Haven. West Haven, Milford, Stratford. Bridgeport, Fairfield, Westport.

Ce train a été un repère fondamental pendant ma premiere année à Yale. Sous la pression d’une université prestigieuse où on s’attendait à ce que les étudiants soient brillants, confiants et heureux 24 heures sur 24, où chacun répondait à la question on-ne-peut-plus superficielle “How are you?” avec l’inlassable exclamation stridente “I’m great!”, je me sentais piégée dans un univers où tout devait être illusion et où le moindre signe de faiblesse était source de mépris. Je ne vivais plus sur un campus, mais dans une vitrine où chacun tentait d’impressionner les autres et où le jeu était de garder sa tete haute le mieux et le plus longtemps possible. Cette compétition pathétique entre jeunes étudiants n’avait évidemment pas lieu au cours de mes interactions avec mes amis proches. Il n’en demeure pas moins que Yale de manière générale exhibait cette image d’une population d’êtres humains qui refusaient d’admettre que leur existence n’était pas absolument parfaite.

Au sein de ce jeu de trompe-l’oeil et de m’as-tu-vu, mes voyages réguliers entre New Haven et New York prenaient une valeur thérapeutique. Je pouvais reprendre contact avec la réalité et m’adonner à mes pensées sans honte ni gêne. Ce train a été le témoin de chaque étape de mon ajustement a Yale: il m’a accompagnée dans mes joies, mes inquietudes, mes espoirs, mes tristesses, mes rêves et mes angoisses. Il m’a bercée, m’a fait comprendre qu’il est concevable d’avoir besoin d’une pause, et m’a amenée à Grand Central pour me reprendre trois semaines plus tard, plus forte et mieux préparée aux mois à venir.

Au cours de ma premiere année à Yale, ces périples intimes entre New Haven et New York sont donc devenus un rituel indispensable pour mon bien-être. J’avais réellement besoin de ces moments d’introspection où personne ne s’attendait à ce que j’apparaisse d’une certaine manière, et le train m’a fourni cette opportunité. En revanche, bien que je sois profondément attachée à ces experiences, j’aurais souhaité que ces voyages ne deviennent pas aussi essentiels pour moi. Si Yale avait été plus compréhensif, si Yale avait été plus honnête et plus sincère, je n’aurais pas eu besoin de ces moments d’introspection où je pouvais m’isoler dans le confort de l’environnement authentique d’un simple train. Ce rituel n’aurait pas du être nécessaire. J’espère donc qu’au fur et à mesure que Yale améliore sa façon d’être, les relations charactérisant l’ensemble de la communauté estudiantine auront rendu ce rituel progressivement inutile. Mais cela risque de prendre du temps. En attendant ces changements, j’espère que le train allant de New Haven à Grand Central fournira à de futures générations d’étudiants confus et perdus le confort d’un endroit où il est tout à fait concevable de se sentir vulnérable.

TRANSLATION

New Haven. West Haven, Milford, Stratford. Bridgeport, Fairfield, Westport. I know the stops by heart. They pass by, one after the other, like the beads of a rosary. I see them under the changing leaves, under the rain, under the snow that melts and falls again, endlessly, before the sky clears itself, until I realize that I have reached Grand Central and that an entire year just went by.

The poetry of the Metro North Railroad system is not necessarily obvious. These cars made out of indented steel with windows covered in opaque graffiti and desperate scratches should not, at first glance, be a source of lyricism. And yet, I feel far more attached to these lumps of metal and rust than Yale’s irreproachable architecture. This train has nothing to hide from me. It is perhaps not that beautiful, not that comfortable, but at least it doesn’t claim to be so. It is not trying to be impressive, nor does it wish to be impressed. Approximately every two months, this train welcomes me in its hot neon light and expects me to describe my exact state of mind. This conversation takes place in silence, with joint hands, my eyes gazing in the distance, between the torn seat and the dusty window. It is accompanied by the rhythm of the inevitable passing of stops and seasons. New Haven. West Haven, Milford, Stratford. Bridgeport, Fairfield, Westport.

This train has been an essential lifeline during my first year at Yale. Under the pressure of a prestigious university where students were expected to be brilliant, confident and happy 24 hours a day, where everyone answered the oh-so-superficial question “How are you?” with the same shrill exclamation “I’m great!”, I felt trapped in a world where everything had to be a façade and where the slightest sign of weakness was a source of contempt. I was no longer living on a campus, but in a window display where we all were trying to impress each other and where the purpose of the game was to keep our heads high as convincingly and as long as possible. This pathetic competition between students naturally did not take place in my interactions with my closest friends. Nevertheless, Yale displayed this general image of a population of human beings who refused to admit that their lives were not absolutely perfect.

In the midst of this game of trompe-l’oeil and m’as-tu-vu, my regular trips between New Haven and New York became a source of therapy. I could regain contact with reality and dedicate myself to my thoughts without any shame or trouble. This train has witnessed each step of my adjustment to Yale: it accompanied me through my joy, my worries, my hopes, my sadness, my dreams and my anxieties. It lulled me and made me understand that it’s okay to need a break once in a while, and carried me to Grand Central, only to bring me back once again three weeks later, stronger and better prepared for the months to come.

During my first year at Yale, these intimate trips between New Haven and New York truly became an indispensable ritual for my well-being. I truly needed these moments of introspection where no one expected me to appear a certain way, and the train provided me with this opportunity. On the other hand, despite the fact that I am profoundly attached to these experiences, I wish these train rides had not become so essential for me. Had Yale been more comprehensive, had Yale been more honest and more genuine, I would not have needed these moments of introspection where I could isolate myself in the comfort of the authentic environment of a simple train. This ritual should not have been necessary. Therefore, I hope that as Yale improves itself, the relationships binding the student community will have rendered this ritual progressively useless. However, such changes will not happen anytime soon. In the meantime, I hope that the train rides from New Haven to New York provide future generations of lost and confused students with the comfort of a place where it is perfectly understandable to feel vulnerable.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.