Décarboner la Finance : une utopie en devenir

ActiveSeed
Sep 16, 2020 · 11 min read

Episode 1

“La nature est si bonne qu’elle tourne à notre plaisir tous ses phénomènes » écrivait Bernardin de Saint Pierre en 1784[1]. Aujourd’hui, nous éprouvons les limites de cette vision anthropocentrée du rapport de l’homme à la nature. La modernité a bel et bien consacré le déclin de la nature comme cosmos et l’avènement d’un domaine infini à modéliser, à découvrir, à manipuler et à exploiter. Nous sommes rattrapés par cette illusion tragique qui s’appuyait sur une conception instrumentale de la nature : la nature comme ressource laissée à la libre disposition de l’homme, dont l’utilisation ne présente aucun danger pour les équilibres écosystémiques et qui finalement se fera toujours abondante, éternelle et donc propice à une extension perpétuelle des réseaux d’échange”

Le réchauffement climatique et la corrosion des écosystèmes exigent un changement de paradigme

Le défi qui se présente devant nous est immense. Il ébauche un véritable changement de civilisation : « rendre l’économie durable pour de vrai, c’est-à-dire compatible avec les limites physiques de notre planète. Cela suppose, entre autres choses, de progressivement dissocier nos activités productives des combustibles fossiles, puisque ces derniers sont épuisables, et qu’en outre leur utilisation modifie le climat — et donc notre environnement, qui est notre premier actif — à large échelle.»[2] Les catastrophes environnementales liées au réchauffement climatique amènent dans leur sillage des tensions humanitaires, sanitaires, économiques et sociales grandissantes.

En 2019, le forum économique réuni à Davos a d’ailleurs souligné dans son Global Risk Report la prédominance des risques environnementaux pour la stabilité de l’économie mondiale. Ces risques doivent ainsi contraindre les responsables publics et les acteurs du monde économique et financier à faire du développement durable et surtout de la transition énergétique, la matrice de toute orientation stratégique. Du reste, la reconfiguration des exigences citoyennes favorise irrémédiablement ce basculement.

« Décarboner » l’économie consiste à faire en sorte que nos systèmes de production de richesses réduisent progressivement leurs émissions de gaz à effet de serre. La focale médiatique sur les énergies solaires et l’éolien apparaît limitée voir dangereuse. En 2014, la croissance des énergies renouvelables occupait encore une part marginale : le solaire n’a représenté que 0.15% de la production énergétique finale mondiale et l’éolien 0.6%[3]. On pêcherait donc par naïveté à vouloir simplement « verdir » notre société et l’infrastructure génératrice de valeur. C’est la globalité des schémas d’échange et de circulation des hommes, des marchandises et des capitaux qu’il s’agirait de repenser. Comment l’industrie financière peut-elle accompagner cette conversion ?

Un environnement normatif en progrès

Outre le fait qu’il ait établi pour la première fois des objectifs chiffrés, l’Accord de Paris sur le climat de 2016 affichait dans son article 2 la nécessité de « renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté » en rendant notamment « les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques. »

Depuis la directive Solvabilité II (prise en compte de la charge en capital dans les modes d’investissement permettant de s’extraire de l’impératif de rentabilité à court terme), la réglementation européenne a également sensiblement évolué pour réorienter les investissements vers les projets durables, renforcer la gestion des risques en matière d’ESG, améliorer la transparence et promouvoir une approche de long terme. Dès 2018, trois axes ont guidé la réglementation communautaire :

· l’établissement d’une « taxonomie » des activités économiques durables sur le plan environnemental à travers un système de classification harmonisé des investissements socialement responsables (ISR). Le Groupe d’experts technique sur la finance durable (TEG) a identifié les secteurs à fortes émissions et formulé des recommandations ainsi que des critères d’évaluation. Après ratification par le Parlement européen en mai 2019 du projet de loi présenté par la Commission, les secteurs à impact négatif se définissent comme les activités productrices d’énergie qui utilisent des énergies fossiles ou émettent des déchets non renouvelables, ainsi que toutes les industries qui entravent la transition vers un système économique bas carbone ;

· l’obligation pour les investisseurs institutionnels de publier des informations concernant l’intégration de critères ESG dans leurs activités ;

· la définition d’indicateurs de référence pour apprécier les portefeuilles des investisseurs par rapport à des paniers bas carbone et à impact positif. La norme européenne sur les obligations vertes (GBS) promet de lever progressivement les barrières au développement du marché et de réorienter l’investissement vers les projets verts.

En France, dès 2015, la Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte délimite dans son article 173 le cadre d’une politique bas carbone qui doit s’inscrire dans les stratégies d’investissement des acteurs financiers. Ces derniers doivent intégrer « dans leur politique d’investissement des critères relatifs au respect d’objectifs sociaux, environnementaux et de qualité de gouvernance (ESG) » et communiquer des informations sur « les moyens mis en œuvre pour contribuer à la transition énergétique et écologique ».

Comme a pu le souligner The Shift Project[4], la création en 2019 de « France Transition Écologique » est pleine de promesses. Réunissant les financeurs publics et privés, cette initiative consacre une démarche et une doctrine communes pour l’usage des instruments financiers publics-privés de partage des risques. La loi PACTE a enfin promu de belles avancées sur le terrain de l’assurance vie : elle rend en particulier possible le transfert de contrat d’assurance vie sans perte des avantages fiscaux acquis. Cet aménagement a conditionné un déplacement de l’épargne vers de nouveaux supports sensibles à la transition écologique et au développement durable.

Ces dix dernières années, à plusieurs échelles, le cadre normatif s’est donc sensiblement réorienté pour intégrer des critères extra-financiers. Il était notamment devenu indispensable de construire un étalon européen en mesure de s’extraire de l’influence des normes anglo-saxonnes.

L’avènement d’une norme communautaire pour systématiser le recours à la thématique du bas carbone s’avère ainsi féconde bien qu’elle doive encore être consolidée.

Si les investissements ne peuvent plus aujourd’hui ignorer les risques climatiques, la teinte apportée par les thématiques durables et les critères ESG, reste néanmoins marginale à l’échelle des flux financiers mondiaux.

Des prémisses encourageantes mais encore insuffisantes

Ce nouvel horizon normatif ne doit en effet pas masquer une réalité plus nuancée. Les actifs concernés par la problématique ESG s’élèvent à 3.000 milliards d’euros dans le monde au 1er janvier 2020. Or, cet encours, bien qu’en progrès, reste encore très modeste au regard des actifs gérés au niveau mondial : il ne représente que 3.4 % de ces derniers. Aussi, les investisseurs les plus impliqués dans cette thématique allouent eux-mêmes une part encore modique de leurs actifs sous gestion à la problématique de la lutte contre le réchauffement climatique.

Par ailleurs, la définition des critères, leurs systèmes d’évaluation et les méthodologies pour fluidifier la transparence en sont encore à leur début. La principale source d’information provient encore des entreprises elles-mêmes ou d’institutions telles que le Carbon Disclosure Project, organisation à but non lucratif qui tend à établir des reportings sur les valeurs en matière d’émission de CO2. Ainsi, les données fournies sur les émissions de carbone doivent gagner en qualité et se décliner à la lumière de procédures normées et indépendantes. Il appartient aux pouvoirs publics d’aider les entreprises à mieux communiquer sur leurs pratiques ESG. La consolidation des mesures liées à la transparence déterminera de nouveaux standards en matière de reporting qui devraient à leur tour circonvenir la prise de décision des investisseurs.

Du reste, la pression des marchés contraint les investisseurs institutionnels à établir des reportings annuels sur leur performance alors que l’horizon d’investissement peut se décliner à moyen voir à très long terme. Les acteurs internationaux doivent amorcer une réflexion de fond sur ce paradoxe et initier de nouvelles démarches : par exemple, introduire une publication de résultats qui se projetterait sur une moyenne de quatre ou cinq ans. Plus globalement, le décalage entre d’un côté une vision ou des objectifs de long terme, et sur l’autre rive des politiques ou des stratégies de court terme (certes ajustées aux exigences actuelles des mécanismes de régulation économiques et politiques) se révèle handicapant : il nuit à l’édification d’un horizon stable. Ce cadre a pour corollaire de freiner les investisseurs. Les supports reliés à l’environnement et au développement durable induisent souvent un horizon d’investissement à très long terme. Or, nombre d’investisseurs potentiels n’envisagent pas que leurs gérants d’actifs puissent dévier de l’indice de référence. Ils peuvent témoigner d’une démarche d’investissement enracinée dans des convictions, mais vont paniquer à l’idée que leur engagement puisse se traduire par une sous-performance à court terme.

Au total, les acteurs institutionnels et économiques doivent participer à la diffusion d’une culture renouvelée des outils financiers et promouvoir des pratiques qui n’hésitent pas à miser sur des entreprises introduisant une rupture. Il faut en effet mettre en valeur les acteurs de la soutenabilité plutôt que de suivre des comportements consistant à optimiser le rendement immédiat à court terme.

Pour un changement global de la pratique financière : l’irruption de nouveaux acteurs.

Certes, le changement climatique induit pour les entreprises des transformations en termes de coûts mais représente aussi de réelles opportunités financières. Il a par exemple été démontré que l’indice Low Carbon 100 surperforme l’indice EuroStoxx 600 sur cinq ans. Le facteur Carbone participe ainsi à la performance financière et permet de surperformer les indices de référence. En 2020, dans le contexte de la crise du COVID, alors que l’ensemble des indices a décroché, les valeurs ESG ont moins corrigé et ont ensuite rebondi tout autant. Il y a bien eu surperformance des valeurs ESG qui ont donc davantage témoigné de résilience.

Un changement de pratique nécessitera d’abord d’imaginer une nouvelle culture de la performance qui soit résolument qualitative et durable. Si les investissements s’orientent vers des sociétés qui manquent aujourd’hui de moyens mais qui poursuivent une juste cause, alors on donnera des ressources pour que ces entreprises soient demain les acteurs de la performance. Ce qui compte n’est pas le rendement de la performance, sa quantification à un instant T, mais la qualité de cette performance dans une perspective à plus long terme. Même en reprenant les critères classiques de la performance financière, il apparaît que les sociétés les plus vertueuses en matière d’émission de carbone sont aussi celles qui enregistrent parmi les meilleurs résultats en bourse (au 8 sept 2020 : performance de l’action TOTAL — 33% contre Schneider Electric, véritable acteur et « facilitateur de la transition », + 13.4%) : les émissions de carbone ont bien un impact sur la valorisation des sociétés. La croissance de la demande sociétale pour privilégier les entreprises les moins émettrices de CO2 rejoint ainsi la recherche d’une meilleure performance financière.

À notre place, nous avons fondé ActiveSeed sur la base de convictions partagées : il s’agissait de se distancier d’un système financier qui a témoigné de ses limites et dont les dérives entravent désormais la transition écologique et énergétique.

ActiveSeed comme d’autres Fintechs, a développé des outils agiles et innovants pour offrir des garanties à l’épargnant.

Nous sommes persuadés que c’est en redonnant le pouvoir sur la gestion de son épargne au citoyen que les changements pourront advenir. Le cœur de notre offre consiste à délivrer des instruments permettant de mettre en cohérence les aspirations individuelles et collectives avec des choix d’épargne. Nous donnons à nos clients la possibilité d’évaluer leur rapport à l’argent pour planifier, sur la base d’un conseil humain et indépendant, leurs choix d’investissement à la lumière d’une approche thématique et pédagogique. Le développement technique a pour effet d’apporter progressivement une granulation très précise de l’orientation de l’investissement. Par exemple, grâce à des ETF on va pouvoir choisir de plus en plus de thématiques spécifiques.

Le développement d’outils pour permettre aux investisseurs d’évaluer plus précisément leurs portefeuilles d’investissements représente une première piste qui ne se révèle efficiente que si elle va de pair avec la sensibilisation et la prise de conscience des publics. Nos outils, éprouvés depuis plus de cinq ans, sont une réponse à l’émergence d’un besoin de responsabilité individuelle et collective. En somme, nous formulons un message clair : « N’attendez pas que les acteurs institutionnels et financiers agissent pour vous. Mobilisez-vous en faveur d’une épargne populaire et citoyenne (faire un lien « Pour une épargne populaire et citoyenne »). Sautez le pas de l’engagement personnel, et prenez en charge la gestion de votre épargne à travers des plateformes dédiées. »

Les clients pourront dès lors s’appuyer sur un conseil suivi et personnalisé leur proposant d’investir dans des thématiques et des supports dédiés. Les paniers d’investissement proposés par ActiveSeed sont fortement diversifiés et internationalisés. Globalement, il est possible de distinguer trois grandes écoles de la pratique financière durable : 1 / Exclusion des polluants ; 2 / Méthode «best in class» pour soutenir les entreprises soucieuses d’amorcer leur conversion ; 3 / Approche thématique. Bien que majoritairement acquise à cette dernière pratique, ActiveSeed veut faire la synthèse de ce qui se fait de mieux au sein de ces trois postures. L’approche thématique, tout en étant plus lisible du point de vue de l’épargnant, permet d’orienter l’investissement vers des paniers de valeurs qui auront par exemple pour thème les énergies renouvelables, l’eau, le carbone ou les inégalités homme/femme.

À notre sens, le lancement d’un nouveau contrat d’assurance-vie ActiveSeed Vie, fruit d’un partenariat resserré entre ActiveSeed et Generali, va dans la bonne direction. D’une part, la valeur ajoutée du métier de chacun en ressort grandie. Le conseil en investissement chargé de l’allocation de l’épargne s’appuie sur la compagnie d’assurance qui devient une caisse de résonance des grandes directives et réglementations en matière de fiscalité et de référencement des supports. Cette collaboration rend exécutoire l’approche thématique.

D’ailleurs, la loi PACTE va déjà dans ce sens car elle rend possible le transfert (sans en perdre l’avantage) d’anciens contrats vers de nouvelles enveloppes ouvrant une large gamme de supports d’investissement. Toutefois, ce transfert reste limité au sein d’une même compagnie ce qui entrave la liberté du client d’avoir accès à une offre répondant à ses exigences : par exemple, des ETF thématiques ne sont actuellement pas référencés dans tous les contrats d’assurance vie.

Dans cette perspective, un groupe d’experts des domaines de la finance et du climat soutenus par la Fondation Nicolas Hulot et le think tank The Shift Project, a récemment proposé de se servir de l’épargne française comme levier en redirigeant une partie des 1.600 milliards d’euros de l’assurance vie individuelle vers la transition écologique et solidaire.

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Le monde dans lequel on considérait les entreprises comme des acteurs indépendants de leur environnement, est révolu. Les risques environnementaux composent désormais les facteurs les plus redoutés par les marchés financiers. À plusieurs échelles, le cadre normatif a connu des aménagements positifs : progrès de la transparence, inscription d’objectifs extra-financiers, avènement de normes harmonisées. Ces inflexions restent insuffisantes et se heurtent parfois à un contexte géopolitique troublé ou aux contradictions des réglementations nationales. Il s’agira de mettre en place des outils solides et crédibles pour identifier les chaines de valeur des entreprises, établir une définition partagée des critères environnementaux et mettre en place des procédures d’évaluation et de conseil indépendants.

Néanmoins, il est surtout question d’une transformation globale des pratiques financières. L’irruption de nouveaux acteurs à la faveur du digital, permet de bousculer l’offre de services financiers. Ils promeuvent une culture renouvelée de la Finance connectée à de puissantes aspirations citoyennes. Nous sommes convaincus que cette épargne citoyenne représentera demain une force incontournable au sein de nos sociétés pour faire pression sur les pouvoirs publics et les acteurs institutionnels. Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire d’amorcer une réflexion de fond mobilisant tous les publics, sur les moyens de réorienter l’épargne individuelle. Le contexte de crise sanitaire et d’effondrement de la consommation fournit l’occasion de repenser une utilisation optimale de la masse de liquidités abondante dans toute l’Europe.

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[1] Les Études de la nature, 1784, Étude XII.

[2] Jean-Marc Jancovici, Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie, Odile Jacob , 2017, p.35.

[3] Ibid

[4] https://theshiftproject.org/article/rediriger-lepargne-privee-en-faveur-du-climat-le-shift-et-la-fondation-nicolas-hulot-pour-mobiliser-lassurance-vie/#_ftnref4

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