Un ex-agent secret en plein jour
Mercredi 04 novembre 2015, Pierre Martinet est venu à HEJ Lyon pour une conférence auprès des élèves, sur ses 7 ans d’exercice au sien de la DGSE.

Un passé militaire
Si il a été agent secret, Pierre Martinet n’en a cependant pas décidé dès le bac. En effet, l’homme originaire de Pignans (Var) a d’abord fait partit de 1982 à 1994 du 3 ème RPIMa de Carcassonne (régiment de parachutistes d’infanterie de marine), c’est à l’âge de 19 ans qu’il connaît sa première expérience de la guerre lorsque son unité est envoyée à Beyrout, pendant la Guerre du Liban. On est en 1983, Pierre côtoie la violence de la guerre « l’odeur de la mort, et la misère », il n’y a pas d’état d’âme « on fait le job ».
Cette même année, c’est l’opération Drakkar, c’est la première fois que la France subie un attentat contre son armée, le bilan est lourd 58 morts. En 94, il quitte l’armée et un an plus tard il intègre le Service action de la DGSE composé uniquement de militaires, on est en autarcie il n’y a aucune interaction, à l’époque, avec les forces d’intervention publiques, afin de garantir la sécurité des agents et la confidentialité des informations.
« Un métier de voyous fait par des gentlemans »
Mais, avant 95 Pierre Martinet a déjà tenté de rentré à la DGSE en 88 mais il est recalé, en effet rentrer aux services secrets n’est pas si simple. La sélection se fait par dossiers puis les candidats sont soumis a des évaluations. Après son admission l’agent suit une formation d’un an au cours de laquelle on le « démilitarise », c’est-à-dire que l’agent sort du cadre militaire et se fond dans la masse. Il apprend à se créer une légende, une fausse identité, et lorsque l’on demande à Pierre Martinet si gérer sa vie privée a été difficile, il répond que non puisque à l’époque son épouse a occupé le même emploi. Mais qu’il a déjà vu des membres du services partir, car mentir à leurs proches était impossible, parfois le mensonge est tellement dure que l’on peut être à la limite de la schizophrénie. Aujourd’hui, l’ex-agent juge que les réseaux sociaux sont une catastrophe vis-à-vis de la protection de la vie privée, car il y a beaucoup de failles.

Dans le métier d’agent secret les légendes servent pour les missions d’infiltration, et Pierre Martinet en a effectué beaucoup dans les zones de conflit d’Afrique du Nord. Une infiltration peut se faire de deux manières : officielle, qui demande du travail en amont sur la légende, il faut un métier qui justifie une vie de bohème comme photographe ou maître d’hôtel free-lance, puis on est aidé par un honorable correspondant pour être crédible en cas d’arrestation qui durerai deux ou trois jours. La deuxième voie est clandestine, elle demande toute une préparation technique car il faut infiltrer un avion, puis être largué en parachute sur le terrain où l’on rejoint des contacts. Quand on lui demande comment on vit une infiltration, Pierre Martinet déclare qu’avec l’utilisation de fonds spéciaux, les espions ont les moyens de leurs ambitions, que tout ce qui est fait est illicite et donc excitant « C’est Noël tous les jours ».Sur place son travail consiste à obtenir des renseignements et monter des dossiers pour faire arrêter ou tuer des terroristes, il ne connaît pas la finalité.
A la question le permis de tuer existe-t-il, il répond que ce n’est qu’une fiction, c’est tué ou être tué, on tue pour la France ou pour un client quand on est une SMP, société militaire privé, sans que cela ne remonte au commanditaire et aux services.
En tant qu’espion il a aussi été confronté au fait d’être pris en otage, dans ces cas là, on est préparé par des stages mais ils ne représentent que 25 % de la réalité. Grâce à ça on résiste mieux au traumatisme et on a plus le contrôle. Quand on l’a torturé, Pierre Martinet dit que au bout d’un moment notre instinct de survie prend le dessus, et qu’il dit à son bourreau « Tue moi, je dirai rien. » et là ce dernier a baissé les yeux et l’agent est ramené dans sa cellule. Une fois là, Pierre Martinet compte les jours car ne pas avoir de notion du temps est une torture terrible. Après de tels événements la reconstruction peut se faire par la psychanalyse ou l’écriture, pour Pierre Martinet il faut faire avec.

Retour à la vie civile
Lorsque l’on a voulu savoir si quitter la DGSE a été difficile pour lui, Pierre Martinet a dit que non, il a simplement été voir son chef de bureau pour lui annoncer son départ et ce dernier a dit « ok ». Après la DGSE, Pierre travaille pendant un temps pour Canal + comme consultant, avant de finalement se lancer dans différents métiers. Puis en 2005 il publie Un agent sort de l’ombre, livre dans lequel il révèle le quotidien des agents du renseignement en France, et casse le mythe de l’espion à la James Bond, il est le premier à le faire sous son vrai nom. Il est condamné par la justice pour violation du secret-défense, il n’a pas de rancœur, il assume totalement.
Aujourd’hui il travail comme directeur des opérations pour Corpguard, une société de renseignement privée et de cyber-sécurité. Cependant même si il ne travail plus pour le pays il reste patriote, même si « Aujourd’hui quand on est patriote on est mal vu. ». Il continue de servir la France. Enfin, il note avec justesse que si en France on condamne un ex-agent qui publie son passé, au Royaume-Uni on le félicite.
Adrian Guigue.