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Oct 21 · 7 min read

Villes flottantes : rêve ou réalité ?

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“Le changement climatique a le potentiel de remodeler les villes, les économies, les rivages et des régions entières du globe”.

Ces mots sont ceux de Scott Kulp, auteur principal d’une étude scientifique consacrée au réchauffement climatique, publiée par Climate Central.

Mais ce remodelage a déjà commencé. Ouragans, cyclones, tempêtes et inondations dévastatrices se multiplient ces dernières années à cause du réchauffement de la planète. Et leurs effets sont d’autant plus destructeurs que le niveau des océans ne cesse de monter et que des villes entières se noient sous les eaux.

Cette réalité est une menace imminente pour un minimum de 100 millions de personnes dans le monde qui habitent sur les littoraux ou des zones géographiques situées sous le niveau de la mer. Et ce n’est, selon les études, qu’un début.

Pour héberger toute la population concernée, “il nous faudrait construire l’équivalent de l’infrastructure de la ville de Paris toutes les semaines pendant 40 ans” précise Marc Collins Chen, ancien ministre du tourisme en Polynésie Française et PDG de la société Oceanix qui est à l’origine d’un projet de ville flottante dont le prototype sera très prochainement en construction.

Un projet pour un film de science-fiction ou un futur très très lointain ? Malheureusement, non.

Au Bangladesh par exemple. C’est aujourd’hui le pays où le réchauffement climatique fait le plus de victimes. On compte 700 000 déplacés climatiques par an depuis 10 ans et 8000 morts chaque année.

Et les pronostics sont sombres : dans 30 ans, 30 % du pays sera sous l’eau.

Les spécialistes y voient le portrait de l’avenir de notre planète; le banc d’essai des catastrophes climatiques qui guettent le reste du monde.

Car le Bangladesh est pris en étau entre deux phénomènes incontrôlables: la fonte des glaciers de l’Himalaya au nord du pays — qui augmente les crues des rivières qui sillonnent le pays — et la montée de l’océan indien au sud.

Surnommé le “pays de l’eau”, ou encore celui “des fleuves fous”, le Bangladesh est quadrillé par plus de 200 cours d’eau sur une surface quatre fois plus petite que la France; dont le puissant Brahmapoutre et le tempétueux Gange. Avec 10% du pays en dessous du niveau de la mer, et un relief presque inexistant, le pays a toujours dû faire face aux inondations, aux intempéries violentes et à l’érosion des berges.

Mais à cause du réchauffement de la planète, le rythme s’est très nettement accéléré ces dernières années. Cyclones, tempêtes, et crues dévastatrices… les habitants n’ont plus le temps de reconstruire qu’il sont de nouveau touchés. Sans compter la montée du niveau de l’océan indien au sud du pays qui a pour résultat l’érosion du littoral, la salinisation des terres arables (qui deviennent non cultivables), l’apparition de nouvelles maladies face à la surconsommation de sel…

Alors les habitants se battent. Ils s’habituent à reconstruire leurs toits, ils apprennent à se réfugier dans des abris anticycloniques. L’association Friendship a même amarré un navire transformé en hôpital dans la région des chars, au nord du pays. Une façon de garantir l’accès aux soins, même si la ville est sous l’eau.

Face à la montée du niveau de la mer, d’autres pays doivent trouver des solutions encore plus radicales. L’Indonésie a ainsi décidé de déménager sa capitale.

Jakarta, avec ses 11 millions d’habitants, est l’une des villes les plus vulnérables face à la montée du niveau des océans. Une partie est déjà d’ailleurs sous l’eau, d’après les dernières images aériennes, et la mer simplement retenue par une digue. En 2050, un tiers de la ville sera engloutie.

Le gouvernement a donc décidé de déménager la capitale à plus de 1000 km de là sur l’île de Bornéo, loin de cette menace imminente. Mais l’emplacement choisi est aujourd’hui recouvert d’une forêt et les travaux s’annoncent monumentaux et destructeurs pour toute la faune et la flore locale. Un ministre a été nommé pour mener le projet à bien. Mais cela suffira-t-il ? Il a annoncé pouvoir y accueillir les premiers fonctionnaires en 2024. La promesse semble d’autant plus irréaliste que Jakarta n’est pas le seul lieu concerné par la montée des eaux en Indonésie.

Revenons en Europe où certains pays ont déjà commencé depuis bien longtemps à vivre avec l’eau, où certaines villes sont déjà quasiment aquatiques.

Les Pays-Bas en sont l’emblème même. Avec 26% de ses terres sous l’altitude zéro, le pays est bien obligé d’être en recherche active de solutions et se protège de l’eau depuis toujours.

Depuis le raz de marée de 1953 qui y avait fait près de 2000 morts, les Hollandais ont repensé leur façon de vivre avec l’eau et le pays est devenu un exemple de prévention et d’aménagements face à la montée du niveau des océans.

Maîtriser les eaux, cela fait même plus de mille ans que les Hollandais s’y exercent. En gagnant du terrain sur la mer avec les fameux polders, en construisant des digues pour lutter contre les marées, en surélevant les bâtiments. Et plus récemment encore, en élargissant le lit d’un fleuve dans la région de Nimègue, pour absorber les futures inondations.

Avec l’expérience, le peuple Hollandais a appris à prévenir plutôt que guérir. Il ne réagit plus face à la montée du niveau de la mer, il l’anticipe et fait de l’océan son allié.

C’est dans cet état d’esprit que l’idée d’Oceanix City a germé. Une ville totalement flottante, résistante aux catastrophes naturelles, éco responsable et autosuffisante pour créer des extensions écologiques et durables aux villes déjà existantes.

La ville flottante par Océanix
La ville flottante par Océanix
La ville flottante par Océanix

Marc Collins Chen, le PDG de la société Oceanix, s’est entouré des meilleurs.

La ville-prototype a été imaginée par Bjarke Ingels, un célèbre cabinet d’architecture danois, et le projet est soutenu par ONU habitat, accompagnée du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et du club Explorers.

Il n’ s’agit d’ailleurs plus d’un simple projet mais bien d’une réalité. Dès que les permis et les accords seront finalisés, il suffira de 21 mois pour terminer la construction de la ville-prototype dont le lieu est gardé secret jusqu’à la finalisation de plan d’action.

Le rêve du capitaine Cousteau va se réaliser dans les prochaines années” selon Marc Collins Chen. Le navigateur légendaire qui rêvait d’un monde sous-marin va bientôt voir ses voeux exaucés.

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Imaginez. La ville sera composée de plateformes, tenues en place par un système d’ancrage, sous lesquelles des cages servent à cultiver et récolter des algues marines, des fruits de mer, des poissons. L’énergie y sera totalement renouvelable. Hydraulique, solaire, éolienne.

Pour se déplacer, il y aura des pédalos, des bateaux électriques, ou simplement la marche à pieds au coeur de chaque quartier qui fonctionnera comme un village de 300 âmes.

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Au total, la ville s’étendra sur 75 hectares et pourra accueillir 10 000 personnes. La clé de la réussite ? La proximité avec les lieux de travail selon Marc Collins Chen. Elle sera donc pensée comme l’extension d’une autre ville, ancrée à 1 km de la côte et très accessible. D’après les calculs, il suffira de 5 à 7 minutes en bateau électrique pour rejoindre le front de mer.

Utopique ? Non car toutes les technologies utilisées ont déjà été éprouvées. Pas besoin d’années de test en laboratoire, elles sont déjà à portée de main. Prenez l’exemple du recyclage total des eaux usées : c’est déjà une réalité en Tanzanie (technologie française d’ailleurs, par Veolia).

Mais surtout, Oceanix a vocation à être dupliquée des centaines de fois et réplicable autant que nécessaire. “Toute la démarche tend à résoudre cette question, cela n’aurait pas de sens sinon”, explique Marc Collins Chen. Car l’objectif est bien que ce projet ne soit pas réservé aux pays les plus aisés qui peuvent se l’offrir.

L’ancien ministre du tourisme en Polynésie a été très marqué par l’exemple des îles Kiribati dans l’océan pacifique. La plupart ne sont que des bancs de sable quasi déserts et paradisiaques mais très peu surélevés par rapport au niveau de la mer. L’une d’entre elle pour se protéger de la montée des eaux a donc érigé un mur de 3 mètres de haut tout autour d’elle-même. “Les habitants ne voient même plus la mer !” s’indigne Marc Collins Chen.

Oceanix pourrait donc bien être une partie de la solution. Mais est-on vraiment prêts à vivre sur l’eau ? Quid des malheureux qui ont le mal de mer ?

Pas d’inquiétude, la ville sera très stable. Et d’après les études, “l’être humain serait même plus habitué à vivre sur la mer, que sur la terre”.

Angell Mag (French)

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