Bienvenue (?) dans l’anthropocène !

École Urbaine de Lyon
Oct 27 · 17 min read

Par Michel Lussault, directeur de l’Ecole Urbaine de Lyon

Earth at Night, Asia and Australia (2016). NASA Earth Observatory

An English translation of this text can be found below.

Qu’est-ce que le Monde, cette réalité globale — un espace social d’échelle terrestre — que la mondialisation installe[1] ? Un nouveau mode de spatialisation des sociétés humaines, une mutation dans l’ordre de l’habitation humaine de la planète, c’est pourquoi il est judicieux d’écrire ce terme avec une majuscule, pour réserver le mot avec minuscule à ce qui ressortit du mondain, du social. Et cette mutation possède une cause majeure, un vecteur principal : l’urbanisation, tout à la fois mondialisée et mondialisante, est la principale force instituante et imaginante du Monde. Instituante, parce qu’elle arrange de nouvelle façon les réalités matérielles, humaines et non humaines et construit les environnements spatiaux des sociétés. Imaginante, parce qu’elle installe les idéologies, les savoirs, les imaginaires et les images constitutifs de la mondialité.

Urbanisation généralisée

Il s’agit d’un phénomène dont on peut appréhender l’ampleur par quelques données démographiques simples. La population urbanisée a connu une croissance spectaculaire au xxe siècle, passant de 220 millions à 2,8 milliards d’habitants — quand la population totale de la terre progressait de 1,7 à 6,1 milliards. En 1900, 1 humain sur 8 était urbain ; ils étaient 3 sur 10 en 1950, tandis que se lançait la phase d’urbanisation la plus puissante. En 2008, pour la première fois depuis que l’être humain a commencé à imprimer sa marque sur la planète, plus de 50 % de la population du globe, c’est-à-dire au bas mot entre 3,3 et 3,5 milliards de personnes, vivaient dans des ensembles urbains. Cette barre franchie, la population urbaine continue de croître.D’ici à 2030 toutes les régions du globe seront plus urbaines que rurales, et en 2050, 70 % des 9,7 milliards d’habitants escomptés sur terre (selon l’hypothèse médiane de l’ONU), soit 6,7 milliards, résideront dans un ensemble urbain : l’Asie accueillera alors plus de 50 % de la population urbaine mondiale et l’Afrique 20 % ! Alors qu’en cent cinquante ans (1900–2050), la population mondiale aura été multipliée environ par 6 — ce qui est déjà considérable –, la population urbaine l’aura été au moins par 30 ! Et l’on voudrait ne pas considérer cela comme un bouleversement majeur, qui change toutes les conditions d’existence, individuelles et collectives ?

Au-delà de la seule statistique, l’urbanisation consiste aussi et surtout en un remplacement des modes d’organisation des sociétés, des paysages et des formes de vie qui furent dominants (la ville pré-industrielle, puis industrielle, et la campagne) par de nouveaux modes, paysages et formes de vie : celui de l’« urbain » généralisé. L’économie est nouvelle, les structures sociales et culturelles connaissent des mutations profondes, les temporalités sont bouleversées, des logiques inédites d’organisation et de pratiques spatiales s’épanouissent à toutes les échelles, un état de nature spécifique est créé par le mouvement même d’urbanisation… En quelques générations, Homo sapiens est bel et bien devenu Homo urbanus[2]. Un autre Monde s’est installé via l’urbanisation ; il constitue l’état historique contemporain, différent de tout ce qui a précédé, de l’écoumène terrestre — l’écoumène étant un concept essentiel de la géographie, qui désigne l’espace de vie construit et habité par les êtres humains, à quelque échelle qu’on le considère.

Global Change

En lien avec cette mondialisation puissante, le grand public s’est vu aussi de plus en plus confronté, en quelques années à peine, à l’émergence d’une nouvelle force, qui travaille le Monde en profondeur et le (re)configure à toutes les échelles –et dérange bien des certitudes et des habitudes : le changement global. Nous découvrons que nous sommes entrés dans la période anthropocène, qui est en passe de redistribuer les cartes. En réalité, l’alerte avait été lancée depuis longtemps, en même temps que s’enclenchait la phase la plus puissante d’urbanisation globalisante. En 1972, la conférence de Stockholm sur l’environnement s’est en effet conclue par une célèbre déclaration, qui faisait de la question écologique une des principales que les pays de l’ONU devaient affronter collectivement. Le fameux rapport de Dennis Meadows, au Club de Rome, The Limits of Growth, date également de 1972 : c’est une des premières occurrences des analyses critiques de la surexploitation des ressources et des logiques de la croissance infinie, qui mèneront ultérieurement, à la diffusion de la problématique de la décroissance, mais aussi, par exemple, à celle de l’empreinte écologique excessive due à l’occupation humaine. La conférence de Stockholm ouvrit la série des « Sommets de la terre » et, depuis lors, les appels à la prise en compte des effets environnementaux des activités humaines n’ont pas cessé. Le Giec (Groupement intergouvernemental pour l’évaluation du climat), créé dès 1988, joua un rôle décisif en cette matière, ainsi que, quoique moins médiatisé, l’IGBP, International Geosphere-Biosphere Program, créé quant à lui en 1987 et qui a terminé son activité à la fin 2015. Du coup, on peut même se demander pourquoi il a fallu tant tarder pour que les problèmes afférents se trouvent enfin au centre des préoccupations de la sphère publique mondiale.

Peut-être parce que l’on a longtemps voulu sous-estimer l’ampleur des bouleversements liés au Global change et qu’on a peiné à comprendre à quel point il allait nous falloir modifier nos manières de voir, de penser et d’agir. Désormais, un changement de paradigme est en cours. Alors que le concept de crise environnementale renvoie à l’idée classique que les sociétés humaines ont à gérer un incident de parcours momentané, pour lequel on trouvera nécessairement les parades, celui d’anthropocène a le mérite de souligner l’existence d’une bifurcation, dont nous sommes en passe de vivre et d’éprouver les premières conséquences systémiques. Et ce pour une raison simple : « L’humanité, notre propre espèce, est devenue si grande et si active qu’elle rivalise avec quelques-unes des grandes forces de la Nature dans son impact sur le fonctionnement du système terre ». Ainsi, « le genre humain est devenu une force géologique globale[3]». La planète-terre, en raison des activités humaines, s’est continûment anthropisée, d’abord à bas bruit, avant que l’anthropisation ne s’accentue et ne prenne un tour spectaculaire, lié à l’urbanisation, à partir du xixe siècle. Cet anthropocène, défini comme une nouvelle « époque » géologique, témoignerait de l’influence directe et prééminente de certaines grandes activités humaines sur le système bio-physique planétaire, en particulier des activités liées à la phase d’urbanisation massive enclenchée après la Seconde Guerre mondiale.

Le terme Anthropocène (dont on peut tracer les origines depuis le début du XXème siècle) avait été proposé dans les années 1980 et 1990, par le biologiste Eugène F. Stoermer et le journaliste Andrew Revkin. Mais son importance s’affirme à partir de 2000, lorsqu’il est repris et diffusé par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen qui, quant à lui, estime qu’il s’enclenche à la fin du xviiie siècle ; il fait de la machine à vapeur de James Watt, datant de 1784, l’indice de l’ouverture de l’ère nouvelle. Cette datation ne fait pas l’unanimité. Lors du 35e Congrès mondial de géologie organisé à Cape Town, du 27 août au 4 septembre 2016, une commission de travail a suggéré de considérer l’anthropocène comme une nouvelle « époque » (au sein de la « période » quaternaire de « l’ère » cénozoïque, pour reprendre les termes exacts), avec le choix de la faire débuter après 1945, notamment en raison de l’apparition des dépôts de particules nucléaires, mais aussi de l’impact de l’exploitation intense des phosphates et de l’utilisation des nitrates, tout cela devenant de véritables marqueurs stratigraphiques. Même si les géologues n’ont pas encore tranché, un grand nombre de chercheurs penchent aujourd’hui pour identifier ce qu’on nomme une « grande accélération » post 1945 des phénomènes de Global Change. C’est-à-dire une période synchrone de l’enclenchement de la phase contemporaine de l’urbanisation massive. Des recherches plus récentes promeuvent quant à elle l’idée d’un « early anthropocene » débutant dès le néolithique voire à la fin du paléolithique.

Toujours-déjà vulnérable

Quoi qu’il en soit, une « convergence » vers ce concept encore en discussion est désormais assumée par un nombre croissant de spécialistes du monde entier, qu’ils soient issus des sciences expérimentales ou des sciences humaines et sociales, sans oublier le droit et la philosophie. Dans la perspective de l’Ecole Urbaine de Lyon, l’Anthropocène s’avère d’ailleurs moins une grille de lecture exclusive qu’un métaproblème qui informe et questionne aujourd’hui tous les champs de la société, à toutes les échelles. Comme la question de l’urbanisation généralisée avec lequel il est profondément lié, il incite à développer une pensée systémique. Insistons bien sur un point : l’urbain n’est pas qu’un espace où se projetteraient les symptômes d’un anthropocène qui serait nourri essentiellement par la « carbonisation »[4] des activités et des sociétés. L’urbanisation en tant que processus global et globalisant, qui intègre toutes les dimensions des sociétés, de mise en place du Monde et l’urbain en tant que système complexe, sont bel et bien les opérateurs de l’entrée historique dans l’anthropocène. Ce postulat impose de développer une compréhension nouvelle des faits à la fois globaux et locaux relatifs à l’organisation des espaces mondialisés/urbanisés et à la vie quotidienne des habitants de la planète.

Nous connaissons donc bel et bien et aurons de plus en plus à connaître un nouvel état de l’humanisation de la Terre, directement liée à l’urbanisation mondialisante, marqué par l’impact massif de certaines activités sur le système biophysique planétaire et caractérisé en particulier :

i. par le réchauffement climatique et ses effets multiscalaires ;

ii. par l’épuisement des ressources non renouvelables et même renouvelables ;

iii. par une réduction rapide de la biodiversité à l’échelle terrestre ;

iv. par une modification inédite des métabolisme des systèmes biotiques (sols, océans, eaux) en raison à la fois des trois premières évolutions et des impacts des activités humaines en termes de polluants et de diffusion de molécules chimiques de synthèse.

Cette entrée dans l’anthropocène nous fait prendre conscience d’une situation paradoxale : jamais les villes n’ont paru si puissantes et dominantes (songeons à ces mégapoles et métropoles qui constituent des centres mondiaux majeurs et déploient leurs infrastructures sophistiquées et leurs architectures spectaculaires) et pourtant jamais elles n’ont semblé si vulnérables. Par vulnérabilité, j’entends l’exposition et la sensibilité à l’endommagement (qu’il soit d’origine « naturelle », technologique, sociale, économique, géopolitique…) d’un système spatial quelconque. Il n’existe pas d’exemple, dans l’histoire, d’implantation humaine qui n’aurait pas été frappé du sceau de la fragilité ; d’ailleurs, cette même histoire fourmille de cas de sociétés importantes disparues, détruites — même si on connaît très mal, en général, les causes qui expliquent de tels phénomènes. Durant de nombreuses décennies, les enthousiasmes liés à la croissance économique et les certitudes prométhéennes qui accompagnaient le développement des ingénieries de construction et de maîtrise des espaces habités ont sans doute occulté cette réalité élémentaire. Cependant, depuis quelques années, la vulnérabilité est redevenue un enjeu cognitif, culturel, politique.

S’impose alors un constat sans appel : les espaces humains en général et urbains en particulier, du local au global, sont tous et toujours-déjà vulnérables, en raison même de ce qu’ils sont, et il faut faire avec. Bien sûr, certaines formes contemporaines d’urbanisme et d’aménagement semblent plus exposées à l’endommagement que d’autres, notamment celles qui se caractérisent par le rejet de toute sobriété et versent dans la démesure. En ce sens, il est évident que la mondialisation installe, en même temps que sa propre puissance, des états de fait qui rendent possible, paradoxalement, la « fin du Monde » : non pas la fin de l’humanisation de la Terre, mais la fin de cette forme particulière et historique d’écoumène que le Monde urbanisé représente. Cependant, de plus pauvres ou rudimentaires installations s’avèrent tout aussi fragiles, de même que le resteraient celles pourtant plus adaptées aux conditions de l’anthropocène.

On doit assumer cette condition vulnérable, l’affronter sans prétendre la supprimer et en tirer quelques conséquences en termes de stratégies d’habitation. En effet, la vulnérabilité des systèmes spatiaux urbanisés les met sous tension en permanence tout en constituant un ingrédient de leurs dynamiques. Elle est autant constructrice que destructrice ; ce n’est pas tant un fléau dont il faudrait se prémunir, qu’une caractéristique du système dont on doit s’imprégner pour permettre à celui-ci d’évoluer.

Reconnaître la vulnérabilité, c’est admettre la fragilité intrinsèque de l’espace humain, mais aussi chercher les voies de sa plus grande résistance à l’endommagement inéluctable et d’une meilleure capacité d’adaptation ultérieure à un épisode de crise. L’anthropocène serait alors ce moment réflexif, culturel et esthétique, où les individus et les sociétés humaines (re)prennent conscience de leur condition vulnérable, à la fois et intégralement globale et locale, ainsi que de leur implication directe dans cette vulnérabilité systémique et de la nécessité de redéfinir nos façons d’occuper et de ménager la Terre. Mais comment faire de cette vulnérabilité un vecteur d’action commune, notamment locale ? Que pourrait être une politique de la Terre urbaine vulnérable, reconnaissant donc la fragilité de nos espaces de vie, à toutes les échelles, et pouvant néanmoins garantir son habitabilité pour tous, à travers un soin nouveau apporté à notre environnement ? La question est bel et devant nous et c’est en ce sens que l’anthropocène est un défi majeur pour tous les terriens. Il n’en existe sans doute pas de plus important et nous n’avons plus de temps à perdre.


[1]Voir à ce sujet Michel Lussault, L’avènement du Monde. Essai sur l’humanisation de la Terre (Le Seuil, 2013)

[2]Pour reprendre le titre d’un livre de Thierry Paquot, Homo Urbanus. Essai sur l’urbanisation du monde et des mœurs, Paris, Editions du Felin, 1990, un des premiers auteurs a avoir repéré cette mutation globale, en méditant notamment les intuitions d’un Henri Lefebvre, qui publia La révolution urbaine en 1970, mais dans une perspective intellectuelle très différente.

[3]Will Steffen, Jacques Grinevald, Paul Crutzen et John McNeill, « The Anthropocene: conceptual and historical perspectives », Philosophical Transactions of the Royal Society A, vol. 369, 2011, p. 842–867.

[4]Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Political Power in the Age of Oil, Verso, 2011.

***

Welcome (?) in the Anthropocene ! By Michel Lussault, director of the Ecole Urbaine de Lyon. (Translation made with automatic translator DeepL.com/translator and revised by Lucas Tiphine. Please contact the editorial team for further translation help).

What is the World, this global reality — a social space of terrestrial scale — that globalization is creating[1]? It is a new mode of spatialization of human societies, a mutation in the order of human habitation of the planet, that is why it is wise to write this term with a capital letter, to reserve the word with a lower case for what is related to society. This mutation has a major cause, a main vector: urbanization, both globalized and globalizing. It is now the main institutive and imaginative force in the World. Institutional, because it redesigns the material, human and non-human realities and builds the spatial environments of societies. Imaginative, because it installs the ideologies, knowledge, imaginations and images that constitute globality.

Generalized urbanization

This is a phenomenon whose magnitude can be understood by a few simple demographic data. The urbanized population grew dramatically in the 20th century, from 220 million to 2.8 billion people — when the total population of the world grew from 1.7 to 6.1 billion. In 1900, 1 in 8 humans was urban; by 1950, 3 in 10 were urban, while the most powerful phase of urbanization was beginning. In 2008, for the first time since humans began to make their mark on the planet, more than 50% of the world’s population, at least between 3.3 and 3.5 billion people, lived in urban areas. By 2030, all regions of the world will be more urban than rural, and by 2050, 70% of the 9.7 billion people expected to live on Earth (according to the UN median assumption), that is 6.7 billion, will reside in an urban area: Asia will then host more than 50% of the world’s urban population and Africa 20%! While in one hundred and fifty years (1900–2050), the world population will have multiplied by about 6 times — which is already a considerable ratio -, the urban population will have been multiplied by at least 30! And we would not want to consider this as a major upheaval, which changes all living conditions, individual and collective?

Beyond statistics alone, urbanization also and above all consists in replacing the dominant modes of organization of societies, landscapes and forms of life (pre-industrial, then industrial, and rural cities) with new modes, landscapes and forms of life: that of the generalized “urban”. The economy is new, social and cultural structures are undergoing profound changes, temporalities are disrupted, new logics of organization and spatial practices are flourishing on all scales, a state of specific nature is created by the very movement of urbanization… In a few generations, Homo sapiens has indeed become Homo urbanus[2]. Another World has taken shape through urbanization; it constitutes the contemporary historical state, different from anything that has gone before, of the terrestrial ecumene — ecumene being an essential concept of geography, which refers to the living space built and inhabited by human beings, on whatever scale we consider it.

Global Change

In connection with this powerful globalization process, the general public has also seen itself increasingly confronted, in just a few years, with the emergence of a new force, which works the World in depth and (re)configures it at all scales — also disturbing many certainties and habits: global change. We discover that we have entered the Anthropocene period, which is in the process of redistributing the cards. In fact, the alert had been issued long ago, at the same time as the most powerful phase of globalizing urbanization was underway. In 1972, the Stockholm Conference on the Environment concluded with a famous declaration, which made the ecological concern one of the main issues that the UN countries had to face collectively. The famous report by Dennis Meadows, at the Club of Rome, The Limits of Growth, also dates back to 1972: it is one of the first critical analyses of the overexploitation of resources and of the logic of infinite growth, which will later lead to the spreading question of decline, but also, for example, to that of the excessive ecological footprint due to human occupation. The Stockholm conference opened the series of “Earth Summits” and, since then, calls to take into account the environmental effects of human activities have not ceased. The IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), created in 1988, played a decisive role in this matter, as well as, although less publicized, the IGBP, the International Geosphere-Biosphere Program, created in 1987 and which ended its activity at the end of 2015. As a result, one may even wonder why it took so long for the related problems to finally become a central concern in the global public sphere !

Perhaps because we have long wanted to underestimate the extent of the upheavals linked to Global Change and have struggled to understand how much we will have to change the way we see, think and act. A paradigm shift is now underway. While the concept of environmental crisis refers to the classic idea that human societies have to deal with a temporary incident, for which we will necessarily find a way out, the Anthropocene concept has the merit of underlining the existence of a fork in the road, from which we are in the process of living and experiencing the first systemic consequences. And this is for a simple reason: “Humanity, our own species, has become so large and active that it now rivals some of the great forces of Nature in its impact on the functioning of the Earth system”. Thus, “humankind has become a global geological force[3]”. The planet Earth, due to human activities, was continuously anthropized, first at low noise, before anthropization intensified and took a spectacular turn, linked to urbanization, from the nineteenth century onwards. This Anthropocene, defined as a new geological “epoch”, would testify to the direct and preeminent influence of certain major human activities on the global bio-physical system, in particular activities related to the massive urbanization phase initiated after the Second World War.

The term Anthropocene (whose origins can be traced back to the early 20th century) was proposed in the 1980s and 1990s by biologist Eugène F. Stopping and journalist Andrew Revkin. But its importance was confirmed in 2000, when it was taken up and distributed by the Nobel Prize winner in chemistry Paul Crutzen, who believed that it began at the end of the Eighteenth century; he made James Watt’s steam engine, dating from 1784, the sign of the opening of the new era. This dating is not unanimously accepted. At the 35th World Congress of Geology held in Cape Town from 27 August to 4 September 2016, a working commission suggested that the Anthropocene should be considered as a new “era” (within the quaternary “period” of the Cenozoic “era”, to use the exact terms), beginning in1945, particularly because of the appearance of human produced nuclear particle deposits, but also because of the impact of the intense exploitation of phosphates and the use of nitrates, all of which became stratigraphic markers. Even if geologists have not yet decided, a large number of researchers are now leaning towards identifying what is called a “great acceleration” after 1945 of the Global Change phenomena. That is, a period synchronous with the onset of the contemporary phase of massive urbanization. More recent research also promotes the idea of an “early anthropocene” starting from the Neolithic period and even at the end of the Paleolithic.

Always — already vulnerable

In any case, a “convergence” towards this concept, which is still under discussion, is now being assumed by a growing number of specialists from all over the world, whether they come from the experimental sciences or the human and social sciences, without forgetting law and philosophy. In the perspective of the Ecole Urbaine de Lyon, the Anthropocene is less an exclusive reading grid than a meta-problem that informs and questions all fields of society today, at all scales. Like the issue of generalized urbanization with which it is deeply linked, it encourages the development of systemic thinking. Let us emphasize one point: the urban is not only a space where the symptoms of an Anthropocene are projected, which would be nourished essentially by the “carbonization”[4] of activities and societies. Urbanization as a global and globalizing process, which integrates all dimensions of societies, the establishment of the World and the urban as a complex system, is indeed the operators of the historical entry into the anthropocene. This premise requires the development of a new understanding of both global and local facts about the organization of globalized/urbanized spaces and the daily lives of the world’s inhabitants.

We are therefore well aware and will increasingly have to experience a new state of humanization of the Earth, directly linked to globalizing urbanization, marked by the massive impact of certain activities on the global biophysical system and characterized in particular:

i. by global warming and its multiscale effects;

ii. by the depletion of non-renewable and even renewable resources;

iii. by a rapid reduction in biodiversity on a global scale;

iv. by an unprecedented modification of the metabolism of biotic systems (soils, oceans, waters) due to both the first three developments and the impacts of human activities in terms of pollutants and the diffusion of synthetic chemical molecules.

This entry into the Anthropocene makes us aware of a paradoxical situation: never before have cities seemed so powerful and dominant (consider those megacities and metropolises that constitute major world centres and deploy their sophisticated infrastructures and spectacular architectures) and yet never have they seemed so vulnerable. By vulnerability, I mean exposure and sensitivity to damage (whether “natural”, technological, social, economic, geopolitical…). There is no example in history of human settlement that has not been struck by the seal of fragility; moreover, this same history is full of cases of major societies that have disappeared and been destroyed — even if we generally have very little knowledge of the causes that explain such phenomena. For many decades, the enthusiasm for economic growth and Promethean certainties that accompanied the development of engineering for the construction and control of inhabited spaces may have obscured this elementary reality. However, in recent years, vulnerability has once again become a cognitive, cultural and political issue.

It is therefore clear that human spaces in general and urban spaces in particular, from local to global, are all and always vulnerable, because of what they are, and we must deal with them. Of course, some contemporary forms of urban planning and development seem more vulnerable to damage than others, particularly those characterized by the rejection of any sobriety and pouring into excess. In this sense, it is obvious that globalization, together with its own power, creates situations that paradoxically make it possible for the “end of the World” to happen: not the end of the humanization of the Earth, but the end of this particular and historical form of ecumene that the urbanized world represents. However, poorer or rudimentary installations are just as fragile, as would those more adapted to Anthropocene conditions.

We must assume this vulnerable condition, confront it without pretending to eliminate it and draw some consequences in terms of housing strategies. Indeed, the vulnerability of urbanized space systems puts them under constant stress while being an ingredient in their dynamics. It is as constructive as it is destructive; it is not so much a scourge to be protected from, as a characteristic of the system to be imbued with in order to allow it to evolve.

Acknowledging vulnerability means acknowledging the intrinsic fragility of human space, but also seeking ways to make it more resistant to inevitable damage and better able to cope with it.

References :

1]See Michel Lussault, L’avènement du Monde, on this subject. (Paris, Le Seuil, 2013, not translated)
2] To use the title of a book by Thierry Paquot, Homo Urbanus. Essai sur l’urbanisation du monde et des mœurs, Paris, Editions du Felin, 1990 (not translated), one of the first authors to have identified this global mutation, meditating in particular on the intuitions of Henri Lefebvre, who published La révolution urbaine in 1970, but from a very different intellectual perspective.
3] Will Steffen, Jacques Grinevald, Paul Crutzen and John McNeill, “The Anthropocene: conceptual and historical perspectives”, Philosophical Transactions of the Royal Society A, vol. 369, 2011, p. 842–867.
[4] Timothy Mitchell, Carbon Democracy. Political Power in the Age of Oil, Verso, 2011.

Anthropocene 2050

Un blog de recherche de l’Ecole Urbaine de Lyon pour réfléchir sur la dimension urbaine de l’Anthropocène. // An Ecole Urbaine de Lyon’s research blog to reflect on the urban dimension of the Anthropocene.

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L’École Urbaine de Lyon (EUL) est un programme scientifique « Institut Convergences » créé en juin 2017 dans le cadre du Plan d’Investissement d’Avenir.

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