Lectures urbaines anthropocènes #2020_1

berenice gagne
Feb 24 · 15 min read
Des étagères chargées de paquets sont déplacées par des robots à l’intérieur d’un entrepôt d’Amazon dans le New Jersey ©Demetrius Freeman, The New York Times

#2020_1 et quelques découvertes tardives

AGRICULTURE

Marc DUFUMIER, De la terre à l’assiette — 50 questions essentielles sur l’agriculture et l’alimentation (Allary, 2020).

Pourquoi la plupart des tomates n’ont-elles plus de goût ? Doit-on l’explosion du nombre de cancers aux produits chimiques présents dans nos aliments ? Peut-on avoir encore confiance dans les labels bio ? Dans cet ouvrage, l’agronome Marc Dufumier répond à 50 questions sur l’agriculture et notre alimentation.

ARTS

Ignacio ACOSTA, Copper Geographies (2010–2016) (Rm, 2018).

Découverte tardive : l’ouvrage présente une recherche documentaire sur le cuivre sous forme de cartes, photographies et textes, et propose un imaginaire spatial critique pour repenser les géographies du cuivre. Il invite le spectateur à un voyage du cuivre de la matière première à la valeur boursière, des produits fondus, de la richesse en capital et des matériaux recyclés. Des paysages transformés du désert d’Atacama à un voyage repensé au Pays de Galles et à la ville de Londres, le projet documente les espaces de circulation, les perturbations environnementales, les protestations et les échanges, et rend visible le retour du cuivre caché dans les dispositifs technologiques à son origine géographique.

Elizabeth M. DELOUGHREY, Allegories of the Anthropocene (Duke University Press, 2019).

L’art et la littérature des peuples autochtones et postcoloniaux des Caraïbes et des îles du Pacifique luttent contre l’énormité du colonialisme et du changement climatique anthropique en recourant à l’allégorie comme moyen de comprendre les complexités multiscalaires de l’Anthropocène et de critiquer la violence du capitalisme, du militarisme et de l’état postcolonial. DeLoughrey montre comment l’anthropocène et l’empire sont mutuellement constitutifs et établit l’importance vitale de l’art et de la littérature allégoriques dans la compréhension de notre crise environnementale mondiale.

Bruno FERT, Refuge. Dans l’intimité de l’exil (autrement, 2019).

« Habiter est ce que nous avons tous en commun. Que nous soyons nomades ou sédentaires, nous habitons tous. Les abris temporaires des populations migrantes reflètent leur personnalité, tout comme nos appartements et nos maisons parlent de nous ». Depuis 2016, Bruno Fert parcourt les camps de réfugiés de Grèce, d’Italie, de France, pour y photographier l’habitat provisoire où ceux qui ont fui leur pays recréent une intimité, une attache, une identité.

Julia WATSON, Lo — TEK. Design by Radical Indigenism (Taschen, 2019).

Dans un monde exacerbé par les changements climatiques et les hautes technologies, Lo — TEK est un mouvement du design fondé sur la philosophie indigène et les infrastructures locales pour créer des technologies inspirées par la nature.

BD - ROMANS GRAPHIQUES

Tiitu TAKALO, Moi, Mikko et Annikki (Rue de l’échiquier, 2020).

À Tampere, en Finlande, les habitants du quartier historique d’Annikki promis à la démolition unissent leurs forces face à la rapacité des promoteurs et de leurs complices politiques. Une chronique autobiographique en image de la communauté en résistance, au service d’une idée aussi vitale qu’universelle : et si la richesse et l’âme d’une ville résidaient d’abord dans son patrimoine, et que sa préservation était la clé de nos identités collectives comme de nos avenirs possibles.

ECONOMIE

Revue de l’OFCE, n°165 : « Écologie et inégalités » (sous la direction d’Éloi Laurent), janvier 2020.

« La transition juste : un nouvel âge de l’économie et de l’environnement » Éloi Laurent ; « Inégalités sociales et écologiques : une perspective historique, philosophique et politique » Dominique Bourg ; « Inégalités mondiales et changement climatique » Céline Guivarch, Nicolas Taconet ; « Quelle justice climatique pour la France ? » Jean Jouzel, Agnès Michelot ; « Les dividendes du carbone : le cas des États-Unis » James K. Boyce ; « La fabrique des inégalités environnementales en France : approches sociologiques qualitatives » Valérie Deldrève ; « Soutenabilité des systèmes urbains et inégalités environnementales : le cas français » Éloi Laurent.

James K. BOYCE, Petit manuel de justice climatique à l’usage des citoyens (Les Liens qui libèrent, 2020).

Le projet de dividende carbone de l’économiste James Boyce propose de donner un prix au carbone afin de limiter les émissions de CO2 mais surtout d’en répartir les recettes fiscales sous forme de dividendes égaux pour toutes et tous. Concrètement : un bonus-malus reversé directement à chaque citoyenne et citoyen qui contribuerait à atténuer à la fois la crise climatique et la crise des inégalités.

Emmanuel SAEZ, Gabriel ZUCMAN, Le Triomphe de l’injustice : richesse, évasion fiscale et démocratie (Seuil, 2020).

Les 2 économistes français décortiquent les inégalités générées aux Etats-Unis par le capitalisme. Une des sources principales du problème qu’ils identifient est l’«injustice fiscale», c’est-à-dire « le déclin de la progressivité des impôts, dans un contexte de montée des hautes rémunérations et d’explosion des grandes fortunes », une situation qui n’est pas spécifique aux Etats-Unis.

ENJEUX POST & DECOLONIAUX

Aurélia MICHEL, Un monde en nègre et blanc. Enquête historique sur l’ordre racial (Seuil, Points, 2020).

L’historienne retrace toute la trajectoire historique de l’occident, de l’esclavage et de la « race » considérant que l’histoire de l’esclavage tire le fil de la construction de l’Europe et révèle l’ordre racial qui régit notre monde contemporain. Elle montre comment la « race » fut la construction idéologique nécessaire lorsque l’esclavage ne fut plus tenable comme système social, pour en perpétuer le partage des richesses et des rôles.

Deborah Bird ROSE et Libby ROBIN, Vers des humanités écologiques. Suivi de “Oiseaux de pluie” (Wildproject, 2019).

Un manifeste écologique et décolonial de l’ethnographe australienne pour une rénovation radicale de nos humanités. Nos savoirs sont profondément modifiés par l’écologie, dans leurs objets comme dans leurs méthodes. En s’appuyant sur les savoirs écologiques autochtones, elle propose un programme théorique et politique ambitieux à ces «humanités écologiques» émergentes.

Maboula SOUMAHORO, Le Triangle et de l’Hexagone : réflexions sur une identité noire (La Découverte, 2020).

Cet ouvrage hybride est le récit autobiographique d’une chercheuse qui raconte un parcours personnel à la lumière d’une histoire façonnée par la traite négrière transatlantique et la colonisation française, qui s’immisce jusque dans les familles et l’intime.

GEOGRAPHIE

Renaud DUTERME, Petit manuel pour une géographie de combat (La Découverte, 2020).

L’auteur met au jour les logiques capitalistes à l’œuvre dans les phénomènes spatiaux qui constituent les objets d’étude de la géographie, à savoir la mondialisation, les inégalités de développement économique, mais aussi l’aménagement du territoire, les replis identitaires, les mouvements migratoires et les questions écologiques.

Michel FOUCHER, Les Frontières (CNRS éditions, Documentation photographique, 2020).

Alors que le monde n’a jamais été aussi perméable à la circulation des personnes, des biens et des images, les frontières non seulement ne s’effacent pas mais connaissent en plusieurs points du globe un processus de fermeture et de durcissement. Ce dossier apporte une définition claire des frontières et met en évidence leur extrême variété en fonction du degré d’ouverture ou de fermeture, du type de tracé et du support.

HISTOIRE

François JARRIGE, Alexis VRIGNON, Face à la puissance. Une histoire des énergies alternatives et renouvelables à l’âge industriel (La Découverte, 2020).

Longtemps, l’histoire de l’énergie a été ramenée à l’essor de la puissance rendu possible par le progrès technique. Mais ce récit rassurant, qui n’a cessé d’accompagner la modernité, se fissure désormais : la croyance dans l’abondance énergétique et la quête de puissance infinie qui la porte se heurtent aux limites planétaires, en dépit des utopies abstraites qui continuent de promettre l’énergie abondante et gratuite.

Pascal PICQ, Sapiens face à Sapiens. La splendide et tragique histoire de l’humanité (Flammarion, 2019).

L’étonnante adaptabilité des humains depuis plus d’un million d’années pourra-t-elle servir notre adaptation dans un monde urbanisé, connecté, pollué et aux écosystèmes dévastés ? C’est la dimension tragique de cette immense histoire, puisque le succès inégalé de Sapiens le rend désormais seul responsable de son devenir.

HUMAIN - VIVANT - NON-VIVANT

Damien DEVILLE, Pierre SPIELEWOY, Toutes les couleurs de la Terre — Ces liens qui peuvent sauver le monde (Tana Editions, 2020).

Juriste et anthropologues, les auteurs élaborent le cheminement théorique et politique de l’écologie relationnelle, et nous incitent à redécouvrir la complexité du vivant, des individus et des cultures. Ils appellent à renouveler notre façon d’habiter les mondes et à redéfinir la juste place de l’humanité dans la grande fresque du vivant.

Baptiste MORIZOT, Manières d’être vivant (Actes Sud, 2020).

Désormais incapables de considérer le vivant autour de nous autrement que comme un décor à notre usage, le philosophe appelle à transformer nos manières de vivre et d’habiter en commun pour réapprendre, comme société, à voir que le monde est peuplé d’entités prodigieuses, des oiseaux aux espèces végétales ou bactériennes. Des interprètes et des diplomates des interdépendances sont alors nécessaires pour traduire les comportements et relations qui tissent le vivant.

Deborah Bird ROSE, Le rêve du chien sauvage. Amour et extinction, traduit par Fleur COURTOIS-L’HEUREUX (La Découverte, 2020).

L’anthropologue nous propose ici de penser, sentir et imaginer à la manière des dingos, ces chiens sauvages d’Australie cibles d’une féroce tentative d’éradication. En apprenant des pratiques aborigènes pour se connecter aux autres vivants, elle interroge l’amour, cette capacité de répondre à l’autre, cette responsabilité : que devient-il quand il s’adresse à tous les terrestres ? Elle fait sentir que le non-humain continue d’insister silencieusement et que cet appel, perçu par Lévinas dans les yeux d’un chien rencontré dans un camp de prisonniers en Allemagne nazie, n’en a pas fini de nous saisir et de nous transformer.

LITTERATURE

Caroline LAURENT, Rivage de la colère (Les Escales, 2020).

Un roman qui relate l’histoire de l’archipel des Chagos, dans l’océan Indien : relié à l’île Maurice jusqu’en 1967, il a été vendu aux Britanniques lors de l’indépendance de Maurice et vidé de ses habitants pour l’installation d’une base militaire étatsunienne. Aujourd’hui, le drame est toujours en jugement devant la Cour Internationale de Justice de La Haye.

Ursula K. LE GUIN, Danser au bord du Monde (mots, femmes, territoires) (Éditions de l’Éclat, 2020).

Un recueil de textes des années 80 dans lequel l’écrivaine livre des réflexions aux échos contemporains sur le féminisme, les peuples autochtones, la création littéraire, l’utopie ou encore la technologie.

Ian McEWAN, Une machine comme moi (Gallimard, 2020).

Le quotidien d’un jeune couple est déstabilisé par l’adoption d’un androïde doté de l’IA la plus puissante au monde, créée par un Alan Turing qui serait encore en vie (Margaret Thatcher aussi).

James A. McLAUGHLIN, Dans la gueule de l’ours (Rue de l’échiquier, 2020).

Un roman noir qui nous confronte à des questions essentielles : comment la nature et l’humain se transforment-ils mutuellement ? Quelle est la part d’animalité en chaque être humain ? Un retour à la vie sauvage est-il possible pour l’humain occidental ?

Gísli PALSSON, Ma maison au pied du volcan, traduit de l’anglais par Carine Chichereau (Gaïa éditions, 2020).

L’anthropologue islandais raconte un village aux prises avec une éruption volcanique des mois durant, en 1973.

Antoinette RYCHNER, Après le monde (Buchet/Chastel, 2020).

Un récit des origines qui raconte l’avant et l’après-catastrophe, soulevant concrètement des interrogations politiques, humaines et sociales. Il dit quelque chose de nos nouvelles angoisses universelles en leur donnant chair.

NUMERIQUE

Bernard E. HARCOURT, La Société d’exposition (Seuil, 2020).

Professeur de droit à Columbia University, il publie un essai sur les nouvelles formes de la société de surveillance. « La société numérique repose sur la folle divulgation de nous-mêmes ».

Julia LAINAE, Nicolas ALEP, Contre l’alternumérisme (La Lenteur, 2020).

L’ouvrage interroge la croyance en un autre numérique possible. Il appelle à s’extraire de l’utopie numérique et à refuser radicalement la numérisation du monde.

Olivier TESQUET, À la trace. Enquête sur les nouveaux territoires de la surveillance (Premier Parallèle, 2020).

Une enquête qui livre une cartographie des nouveaux territoires de la surveillance et décrit sans les fantasmer les mécanismes des systèmes opaques qui exploitent notre vie privée avec notre consentement.

PHILOSOPHIE-SOCIOLOGIE

Serge AUDIER, L’Âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques (La Découverte, 2019).

Au travers d’un vaste panorama d’histoire des idées, le philosophe Serge Audier propose une généalogie de la pensée écologique. Il montre que c’est au début du XIXe siècle que se dessinent pour la première fois les enjeux de la « cause environnementale ».

Pierre CHARBONNIER, Abondance et liberté. Une histoire environnementale des idées (La Découverte, 2020).

Le pacte entre démocratie et croissance est aujourd’hui remis en question par le changement climatique et le bouleversement des équilibres écologiques. Le philosophe « appelle à sauver le projet démocratique en le découplant de notre mode de vie destructeur. La tâche est immense, tant nos imaginaires et nos institutions ont été marquées par le pacte entre croissance et autonomie. Si les notions d’abondance et de liberté ont marché main dans la main depuis trois siècles, ce long compagnonnage est aujourd’hui remis en cause ».

Régis DEBRAY, Le siècle vert. Un changement de civilisation (Gallimard, 2020).

Le philosophe salue la mobilisation contre le dérèglement climatique mais craint une nouvelle «idolâtrie» de la nature au détriment de la raison.

Achille MBEMBE, Brutalisme (La Découverte, 2020).

Brutalisme, c’est le nom donné par le philosophe, professeur d’histoire et de sciences politiques, à l’âge de l’être fabricable dans un monde fabriqué, le grand fardeau de fer de notre époque, le poids des matières brutes. La transformation de l’humanité en matière et énergie est le projet ultime du brutalisme. En détaillant la monumentalité et le gigantisme d’un tel projet, cet essai plaide en faveur d’une refondation de la communauté des humains en solidarité avec l’ensemble du vivant, qui n’adviendra cependant qu’à condition de réparer ce qui a été brisé.

Xavier RICARD LANATA, La tropicalisation du monde (Puf, 2019).

Un appel à sortir du capitalisme que nous avons imposé au monde entier et qui se retourne contre nous, dans son appétit insatiable de rendement. Nous devenons les colonies dominées de ce capitalisme désormais affranchi de tout contrôle étatique et démocratique. L’ouvrage invite à penser avec les Suds et à s’inspirer de leurs luttes pour fonder une économie réconciliée avec l’écologie qui intègre les biens communs.

Hartmut ROSA, Rendre le monde indisponible (La Découverte, 2020).

Le désastre écologique montre que la conquête de notre environnement façonne un milieu hostile. Pour le sociologue et philosophe, le fait de disposer à notre guise de la nature, des personnes et de la beauté qui nous entourent nous prive de toute résonance avec elles. Pour résoudre cette contradiction, cet essai nous engage à réinventer notre relation au monde.

Isabelle STENGERS, Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle (La Découverte, 2020).

La philosophe problématise la « défaite du sens commun » : face à un « public » qui contemple en spectateur, les « experts » sont placés dans le rôle de « ceux qui savent » et sont donc les seuls aptes à prendre des décisions. Elle propose de « faire sens en commun » de nouveau.

PLANETE TERRE

Glenn ALBRECHT, Les émotions de la Terre. Des nouveaux mots pour un nouveau monde (Les Liens qui Libèrent, 2020).

Spécialiste mondial de l’étude des émotions ressenties envers la Terre, inventeur de la « solastalgie », le philosophe de l’environnement explore les émotions qui accompagnent les bouleversements environnementaux actuels et notre relation au vivant. Il crée de nouveaux concepts qui décrivent les liens intimes entre notre psyché et la Terre pour modifier radicalement notre perception du monde, de notre avenir, et de notre place au sein du monde vivant. Une invitation à mobiliser nos émotions pour qu’advienne une nouvelle ère dont le nom est une belle promesse : le Symbiocène.

Shigeatsu HATAKEYAMA, La forêt amante de la mer (Wildproject, 2019).

Le récit poétique du combat de l’ostréiculteur Hatakeyama Shigeatsu pour sauver de la marée rouge un mode de vie et une baie où sa famille a vécu depuis des générations. Comprenant qu’un boisement riche en feuillus enrichit les eaux marines, il crée le mouvement populaire et citoyen de reboisement « La forêt amante de la mer » — Mori wa Umi no Koibito, qui établit un nouveau rapport des habitants à la baie de Kesennuma, et lui redonne vie.

Judith ROCHFELD, Justice pour le climat (Odile Jacob, 2019).

Une reconfiguration du droit pourrait être une des seules réponses contraignantes à la préservation du climat. De nouvelles luttes émergent : des procès sont menés à travers le monde contre des gouvernements, des régions, des grandes entreprises polluantes. De plus en plus de citoyens réunis en collectifs ou en associations demandent des comptes à nos gouvernants ou aux entreprises face aux dégâts de la pollution. Quels instruments juridiques pourraient faciliter la tâche et peut-être même nous amener à une relation protectrice avec la Terre ?

Laurent TESTOT, Laurent AILLET (dir.), Collapsus (Albin Michel, 2020).

Sous la direction du journaliste Laurent Testot et de l’expert en risques Laurent Aillet, l’ouvrage rassemble 40 spécialistes de toutes disciplines (les philosophes Dominique Bourg et Christian Godin, l’agronome Pablo Servigne, les historiens Jean-Baptiste Fressoz et Valérie Chansigaud, la militante écologiste Lamya Essemlali et la femme politique Delphine Batho, l’ingénieur Philippe Bihouix, la juriste Valérie Cabanes, le biologiste Pierre-Henri Gouyon, le journaliste Stéphane Foucart, l’économiste Gaël Giraud, etc.) pour dresser un état des lieux des menaces qui risquent de converger vers un effondrement global de la civilisation.

POLITIQUE-GEOPOLITIQUE

Revue Multitudes « Transformations énergétiques collectives » (Majeure 77, hiver 2019).

Un numéro sur les expériences de transformation énergétique radicale en cours pour s’interroger sur ce qui favorise ces transformations, ce qu’elles requièrent et quels sont leurs effets.

Mark ALIZART, Le coup d’État climatique (PUF, 2020).

Il n’y a pas de crise climatique, il y a une volonté politique que le climat soit en crise. C’est la thèse provocatrice défendue par l’auteur qui montre comment des individus parient sur l’effondrement du monde comme sur des valeurs boursières à la baisse. Il appelle à une révolution en faveur d’un véritable «écosocialisme» pour contrer ce coup d’état «carbofasciste».

Murray BOOKCHIN, L’écologie sociale. Penser la liberté au-delà de l’humain. Traduction de Marin SCHAFFNER (Wildproject, 2020).

L’anarchiste étatsunien, connu pour le « municipalisme libertaire », ancre sa réflexion dans l’écologie sociale et le lien entre dominations humaines et dominations écologiques. Ce recueil explore de façon critique les relations entre sociétés humaines et milieux naturels. Ce projet passe notamment par une archéologie de la domination, l’élaboration d’une philosophie de la nature, l’exploration des conditions et des formes de la liberté, des réflexions sur une technologie au service de la vie, et une décolonisation des imaginaires.

COLLECTIF, dir. Hervé KEMPF, L’Écologie du XXIe siècle (Seuil, 2020).

Entretiens avec des femmes et des hommes engagé.es qui dessinent un nouveau monde où la nature, la justice sociale, le bien commun, la sobriété, la technique retrouvent leur juste place.

Nicole LAPIERRE, Faut-il se ressembler pour s’assembler ? (Seuil, 2020).

La socio-anthropologue défend un comparatisme apte à constater l’évidence des différences sans les hiérarchiser. Elle inverse la proposition : qui s’assemble se ressemble (un peu), sans pour autant perdre sa singularité.

Matto MILDENBERGER, Carbon Captured. How Business and Labor Control Climate Politics (MIT Press, 2020).

Un examen comparatif des politiques climatiques nationales qui propose une théorie des différences transnationales dans l’élaboration des politiques climatiques nationales. Une étude sur la double contrainte que constituent les intérêts industriels (défendre les investissements) et syndicaux (défendre l’emploi) dans la lutte contre la crise climatique.

Kirkpatrick SALE, L’art d’habiter la Terre. La vision biorégionale. Traduction : Mathias Rollot et Alice Weil (Wildproject, 2020).

Traduction de l’ouvrage historique Dwellers in the land. The bioregional vision (1985). Il imagine un monde structuré par la diversité écologique et culturelle, plutôt que par des paramètres économiques et nationaux et il invite au développement réaliste de communautés biorégionales, à des échelles de territoires écologiquement salubres (celles des bassins-versants), attentives aux modes d’habitat et avec des systèmes économiques renouvelables.

Sophie SWATON, Revenu de transition écologique : mode d’emploi (PUF, 2020).

Un ouvrage pour accompagner les territoires et les acteurs/actrices vers la mise en place du revenu de transition écologique : un dispositif visant à verser un revenu à des personnes physiques, en contrepartie d’activités orientées vers l’écologie et le lien social.

SCIENCE

David MICHAELS, The Triumph of Doubt: Dark Money and the Science of Deception (Oxford Univ. Press, 2020).

L’épidémiologiste analyse la corruption systémique de la science au service d’industries (du tabac, de l’agroalimentaire ou des énergies fossiles) qui utilisent l’incertitude comme une arme. Les résultats indésirables sont ainsi qualifiés de fake news et contrés par des études truquées.

SOCIETE

Vincent CHABAULT, Eloge du magasin. Contre l’amazonisation (Gallimard, 2020).

Le sociologue revient sur la « Retail apocalypse », cette vague de fermetures massives de magasins aux États-Unis depuis une dizaine d’années, pour mieux souligner les fonctions symboliques et l’utilité sociale du magasin, qui reste un lieu d’approvisionnement central et un lieu social endossant d’autres fonctions capables de garantir son existence.

URBAIN

Béatrice BARRAS, Une cité aux mains fertiles — Quand les habitants transforment leur quartier (éditions REPAS, 2019).

Découverte tardive : c’est l’histoire des militant·es du développement coopératif en milieu rural qui composent la SCOP Ardelaine et installent son atelier de confection dans une cité HLM de la périphérie de Valence. Dans cette Zone urbaine sensible, ils et elles décident de vivre sur place et de partager leurs valeurs coopératives avec les habitant.es de la proximité.

Vincent BEAL, Nicolas CAUCHI-DUVAL, Georges GAY, Christelle MOREL JOURNEL, Valérie SALA PALA, Sociologie de Saint-Etienne (La Découverte, 2020).

L’ouvrage aborde une réalité souvent occultée : celle des villes dont la situation s’éloigne des récits vertueux sur la métropolisation. Saint-Étienne apparaît comme l’une des grandes perdantes des transformations du capitalisme contemporain. Pourtant certains habitants et collectifs se saisissent des ressources de la ville pour renouveler les pratiques sociales.

William CRONON, Chicago, métropole de la nature (Zones sensibles, 2019).

Paru en 1991 aux Etats-Unis et enfin traduit en français, ce classique, reconnu, cité et lu dans le monde entier est un ouvrage hors-norme, un livre sur Chicago et les Grandes plaines qui ne parle ni de Chicago ni des Grandes plaines mais de la façon dont la ville et la nature s’assemblent pour donner naissance à une métropole de rang mondial dans un contexte régional.

Antonio DELFINI, Rafaël SNORIGUZZI, Contre Euralille. Une critique de l’utopie métropolitaine (Les Étaques, 2019).

La critique va bien au-delà du grand projet urbain Euralille (opération commerciale, immobilier tertiaire financiarisé) pour s’étendre à «l’utopie métropolitaine» et ses formes architecturales, ses imaginaires politiques, son délire sécuritaire et sa fermeture aux pratiques jugées non conformes et aux populations indésirables. L’ouvrage propose également un répertoire d’actions pour réinvestir les centres métropolitains et y bâtir des contre-utopies.

Jean-Marc OFFNER, Anachronismes urbains (SciencesPo Les Presses, 2020).

Une déconstruction des dogmes hérités des Trente Glorieuses (qui continuent de gouverner les villes et les territoires) pour penser la ville de demain, mobile, connectée et soumise aux exigences environnementales.

Anthropocene 2050

berenice gagne

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Anthropocene 2050

Un blog de recherche de l’Ecole Urbaine de Lyon pour réfléchir sur la dimension urbaine de l’Anthropocène. // A Lyon Urban School’s research blog to reflect on the urban dimension of the Anthropocene.

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