Les monuments historiques dans les espaces urbains peu denses : des réservoirs de biodiversité à protéger.

Par Bruno Phalip, Professeur d’Histoire de l’Art et d’Archéologie du Moyen Âge, Université Clermont Auvergne

École Urbaine de Lyon
Mar 12 · 15 min read
Faouet (Morbihan), enclos de l’église Sainte-Barbe, lichens, mousses et fougères

Introduction :

Par le biais de son blog Anthropocène 2050, l’École Urbaine de Lyon, développe un programme de recherche s’intéressant aux enjeux urbains du XXIe siècle et m’a proposé de réfléchir sur la thématique de la tension possible entre demande sociale croissante de végétalisation des villes et entretien du patrimoine historique.

La question est centrale pour un monument historique. Cependant, il peut être important de la poser autrement, ou sur un autre plan. Les villes investissent pour l’entretien, la restauration, la mise en valeur, l’accès facilité de ce patrimoine, de même que pour le développement de recherches innovantes (réalité augmentée ; Cluny). Les études centrées sur le biologique, ou plus largement la biodiversité sont néanmoins rarement investies par les scientifiques, à quelques exceptions près comme c’est le cas pour les cathédrales de Cologne, Lyon ou Tournai qui bénéficient de cet investissement.

En ce qui concerne les monuments historiques des centres urbains, les protections, puis les restaurations, y ont été à la fois anciennes et fréquentes, avec un impact des activités humaines fort. Les nettoyages, traitements par biocides ou produits hydrofuges y sont communs et passent inaperçus, tant ils sont fréquents, habituels et jugés indispensables pour rendre les monuments attractifs esthétiquement par rapport à un imaginaire type de la ville, non sans un arrière-fond de pensée hygiéniste. La « mise en valeur » n’est alors jamais le fait du hasard. Nous pourrions ainsi définir les monuments historiques des centres urbains comme des sites caractérisés par une biodiversité basse du fait des restaurations réalisées en régime de pollutions haut du fait de la morphologie urbaine et des activités qui y ont lieu. L’environnement appauvri du monument est alors le plus souvent un décor, au mieux un écrin végétal recomposé pour un édifice constamment blanchi et rajeuni artificiellement. Mais, qu’en est-il pour le monument historique des lointains ? Dans quelle mesure est-il encore support de biodiversité ? Placé en milieu ouvert, ou de faible densité, isolé ou abandonné, le monument est porteur d’un plus grand potentiel en ce qui concerne la relation du vivant avec le bâti, et ce du fait de pollutions comparativement plus basses et d’une biodiversité comparativement plus élevée. Sans faire preuve de trop d’idéalisme, car les monuments des espaces urbains peu denses ou ruraux sont souvent sommés de se plier aux mêmes usages patrimoniaux que ceux des centres urbains historiques, il est néanmoins possible de réfléchir à leur réensauvagement, et ce à un moment où l’on s’interroge tous azimuts sur les changements à mettre en place pour limiter la sixième extinction de masse en cours.

Tenter d’appréhender différemment la prise en compte du vivant dans l’approche du monument restauré ou entretenu en milieu urbain peu dense ou en milieu rural peut surprendre tant les formes dominantes de mise en valeur ont, en effet, su s’imposer partout sous leurs formes pétrifiées et blanchies, visions momifiées qui restent préconisées par les restaurateurs et aménageurs et qui sont antinomiques avec les réalités de l’ordre du biologique. “Réensauvager” suppose d’admettre la nécessité de valoriser, de conserver, d’accepter en les maîtrisant, le couvert forestier, le couvert lichénique et le peuplement bactérien, mais aussi la faune et la flore qui peuplent ces constructions, comme s’il s’agissait de falaises ou d’escarpements placés en milieu naturel. Or, la coupure entre le vivant et le monument historique est une caractéristique de l’édifice restauré en France. Tout paraît alors à refonder dans les théories et les pratiques de l’entretien des monuments historiques. La présentation suivante souhaite apporter une contribution à la discussion. Elle est le fruit de réflexions assises à partir d’observations et de recherches menées en Europe, en Israël et Territoires palestiniens, à Chypre et Malte, comme au Cambodge. Les édifices médiévaux y sont largement représentés en comprenant leurs parties restaurées aux XIXe et XXe siècles.

Le XIXe siècle, à l’origine de la coupure entre la biodiversité et le monument en Europe occidentale

L’orgueilleuse opulence des villes occidentales, en comparaison avec le reste du Monde, constitue un obstacle de taille au développement du réensauvagement des monuments, quand une grande simplicité, peu dispendieuse permettrait pourtant d’allier lent vieillissement des matériaux et biodiversité en équilibre. Critiquées naguère, les pratiques de restauration du XIXe siècle, trouvent leurs équivalents dans les pratiques les plus contemporaines, aussi interventionnistes que par le passé. En fidèles continuateurs des restaurateurs du passé, les politiques patrimoniales cherchent à rendre les monuments attractifs en se conformant à un horizon d’attente international sous-jacent qui recherche le développement d’un tourisme culturel standardisé. Elles imposent des définitions régularisées, expurgées de tout ce qui gêne à l’exemplarité « pédagogique » des patrimoines.

Dans le temps long de lentes sédimentations, les sites, les quartiers ont trouvé des équilibres sur cinq, dix, quinze à vingt siècles : Rome, Venise, Split, Jérusalem. Or, à partir du milieu du XIXe siècle, le défaut d’entretien aidant, des considérations prophylactiques sont venues se greffer aux nouvelles visions urbaines aérées et magnifiées, bouleversant l’ordre ancien des lacis de ruelles, des étroits parvis et des matériaux disparates. Ruskin et Morris en Angleterre ; Chateaubriand en France et, dans une moindre mesure, Victor Hugo, s’insurgent déjà contre le nettoiement généralisé des monuments qui secoue l’Europe de fièvres chroniques jusqu’à l’actuel. Les quartiers anciens sont détruits ; leurs populations déplacées et les architectures aux allures disparates sont débarrassées d’adjonctions plus tardives ou de l’ordre du vernaculaire par déclassement social d’un quartier (d’anciens quartiers bourgeois deviennent « populaires » à Carcassonne, ou Périgueux). L’unité immaculée se doit de régner. L’édifice roman voit alors ses adjonctions gothiques disparaître (Périgueux, Nevers) ; celui gothique voit ses témoins architecturaux romans corrigés ou détruits (Clermont-Ferrand). Tout est redressé et régularisé pour correspondre à la définition académique souhaitée, qui favorise une vision propre et pasteurisée de l’histoire. L’authenticité des lieux en sort affaiblie en dépit des théories et pratiques anglaises, autrichiennes ou italiennes (Ruskin, Morris, Riegl, Boito), plus prudentes et nuancées. Les deux conflits mondiaux accentuent ces excès par les nécessités de la reconstruction, analysées par exemple par Louis Grodecki dans la revue des Monuments Historiques de la France (1964, N°4) : Berlin, Varsovie.

La cité de Carcassonne en 1891 ; populations des lices, venelles et ruelles (base Mérimée)
Carcassonne. Le même lieu actuellement, expression de la minéralisation des sites.

Biocides

Pour en venir à présent de manière plus concrète à la manière dont les pratiques d’entretien et de restauration des monuments nuisent à la biodiversité, celle-ci dépend d’abord du degré d’intervention restauratrice et des aménagements qui lui sont associés. Face aux multiples défaillances de l’entretien régulier et obstiné, toute restauration fait appel à des matériaux exogènes destinés à remplacer ceux que l’on estime dégradés, des pierres plus denses, des ciments Portland au lieu des mortiers de chaux, des résines et silicones, des tirants métalliques, presque tous inadaptés au lent vieillissement des maçonneries ou aux ensembles sculptés. Les techniques industrielles de nettoyage, de gommage, la cryogénie par microabrasion, l’hydrogommage avec poudre abrasive, les poudres d’alumine et fine de verre, attaquent les surfaces encore pourvues de leur calcin, de leur patine et de leur biofilm. Les pratiques mécanisées de l’extraction des pierres en carrière (train de sciage et débit calibré), le travail au marteau pneumatique (taille ou rejointoiement, décrépissage) sont traumatisants pour les matériaux de restauration comme pour les parties de l’édifice en place. Tous contribuent à bousculer les équilibres, à modifier les réactions des maçonneries anciennes aux pollutions automobiles et industrielles, au salage des sols étanchéifiés environnants lourds de conséquences sur les remontées d’eau par capillarité, aux trépidations des circulations automobiles, aux sollicitations permanentes par éclairage et projections d’images apportant sons et lumières au cœur même de la nuit, à “l’adaptation” des anciens monuments dédiés aux jeux et spectacles aux nécessités actuelles (câblage, espaces de circulation et cavea échafaudées à Nîmes, Arles, Orange, Fréjus, Lyon, Vaison-la-Romaine…).

Indépendamment du problème réel de la stabilité des édifices (Tournai en Belgique), les marques d’altérations ou d’érosion ont fait l’objet d’interventions continuelles depuis le milieu du XIXe siècle. Les monuments français (Auvergne, Poitou, Val de Loire, Picardie, Alsace…), ou européens (Italie, Roumanie, Allemagne, Belgique, Angleterre), ont vu leurs pierres et sculptures remplacées à hauteur de 20 à 30 % en moyenne, souvent plus selon les parties considérées. Parmi les effets contre-productifs, il faut noter qu’un matériau jeune interagit mal avec l’ancien en étanchéifiant certaines parties des murs et en modifiant les flux de l’eau dans les murs (processus de dessiccation-humectation). Cela se fait presque toujours au détriment de l’ancien. L’accroissement de la vitesse de l’érosion en est le résultat qui appelle alors à d’autres interventions augmentées et plus rapprochées qui nuisent à tous les peuplements, bactériens, lichéniques, fongiques et, a fortiori, à la faune.

Couvert bactérien et biofilm

Chaque restauration ou nettoyage touche donc au vivant et contribue à la disparition du couvert bactérien et végétal présent sur les parements et sculptures d’un monument. Les bactéries et cyanobactéries couvrent généralement les murs au bout de 9 à 15 mois. Les microalgues, les lichens, marqueurs de pollutions, s’installent quant à eux deux à quatre années après la pose des pierres. Ces temporalités permettent bien de se rendre compte de la volonté irréaliste de présenter en permanence des édifices nettoyés et blanchis ! Contribuant ensuite à la création d’un paléosol, les mousses complètent ce peuplement. Dans le temps long de la vie d’un monument, érosion chimique (fonte des ciments intergranulaires des granits et des grès) puis physique (épaufrures, éclats, fissuration…) alternent en s’équilibrant. La pierre, polytraumatisée à la suite de son extraction et de la taille (plus encore de la sculpture qui multiplie les surfaces et interfaces pierre/eau/air), se constitue alors un bouclier protecteur, le calcin, considéré diversement par la communauté scientifique ; protection pour les uns, premier signe de l’érosion pour les autres. Dans le temps long également, les jeunes organismes s’installent d’abord dans une phase active caractérisée par la production d’acides (hyphes fongiques et thalle des lichens), afin de s’attacher aux surfaces fragilisées au préalable par les agents climatiques (gel, neige, pluie ou grêle ; écarts thermiques). Lichens et mousses sont considérés par la majorité des chercheurs et des institutions qui en commandent les études comme des « salissures » participant à l’érosion. Toutefois, une autre partie de la recherche définit le tapis de lichens et de mousses comme protecteur (Nicolas Concha-Lozzano, 2012 ; Gadd et Dyer, 2017 ; Paul-Edgard Genet 2019). La patine elle-même peut être considérée, tour à tour, protectrice ou dangereuse. De son côté, la colonisation des surfaces parementées par les lichens occupe le réseau poreux superficiel d’un dense réseau d’hyphes. Ce réseau constitue un bouclier intergranulaire ou un manteau protecteur qui imperméabilise et renforce la pierre sur du long terme en limitant les fracturations physiques. À cette fonction de manteau protecteur s’ajoute des dynamiques de bioremédiation et de bioprotection, d’imperméabilisation et/ou de respiration (porosité relative qui laisse la pierre exsuder son trop plein d’eau) de la pierre dont l’épiderme est stabilisé ; de colonisation des microfracturations de surface par les hyphes fongiques ou les rhizines du lichen ; et enfin de cimentation des épaisseurs poreuses.

La difficulté réside dans le fait que d’assez nombreuses recherches tablent sur des faciès permettant de relever les seules valeurs exceptionnelles d’érosion ou d’altération et non les valeurs communes bien plus basses et établies sur le temps long. Au sein de cette bibliographie très spécialisée, une forme d’illusion documentaire émerge alors avec des études qui se renforcent et se confortent les unes les autres, tout en étant dénoncées par une part de l’historiographie anglaise : Robin G M Webster, Ingval Maxwell ou Nicolas Ashurst.

En revanche, le biofilm (cyanobactérie, lichens et mousses) ne reste pas inerte. Il réagit aux polluants et disparaît lorsque ceux-ci sont fortement présents ou concentrés (espaces urbains pollués ou espaces ruraux des agricultures intensives). Au contraire, les microalgues et les moisissures sont nourries par les polluants agricoles (phosphates, nitrates ; Notre-Dame-de-l’Épine de Châlons-en-Champagne) ; aussi, ils ne tardent pas à réinvestir et verdir les monuments à peine nettoyés (microalgues vertes et rouges de Bretagne). Cette végétation, dite « inférieure » (dépourvue de système racinaire), est définie comme nuisible par les restaurateurs. Le couvert végétal, allié au calcin et à la patine, qui protège le mur des agressions climatiques sur le long terme, est également mal considéré pour des raisons « esthétiques ». Dans un second temps, la production d’acides par les mousses, comme par les lichens, constitue un autre obstacle ; elle est destinée à mieux ancrer les hyphes et thalles sur la pierre (biopitting pour certains marbres antiques et certains lichens sur vingt siècles). Mais, là encore, deux échelles sont à considérer. Sur le temps court, les jeunes organismes sont les plus dynamiques ; ils profitent des faiblesses superficielles de la pierre pour la coloniser. Cependant, les vieux organismes (3 ou 4 siècles) ne croissent presque plus et se nourrissent de ce que la pluie et le vent leur apportent en nutriments. Ces derniers peuplements stables de lichens, présents depuis des siècles, disparaissent après traitement par biocides, au profit de jeunes organismes en pleine croissance, ce qui entre en contradiction avec les volontés de conservation avancée. L’édifice est alors dénudé et fragilisé, mais aussi brutalisé par les différentes étapes restauratrices qui doivent être renouvelées en un ballet incessant d’interventions tentant de corriger les effets néfastes des précédentes.

Biodiversité et couvert forestier

De rares études menées par les entomologistes, ornithologues et biologistes montrent comment la végétation et le couvert bactérien des monuments aident à la protection des insectes (termites au Cambodge dans l’enceinte archéologique d’Angkor Vat ; scarabées dans le lierre…), des petits rongeurs et des oiseaux, toujours définis comme nuisibles (becs, griffes et serres). Le cas du pigeon est plus délicat, mais l’usage raisonné de grillages discrets suffit à en maîtriser les concentrations de peuplement : ouvertures, baies, trous de boulin… En revanche, l’usage de vastes filets, de systèmes électro-répulsifs ou de pics anti-pigeons suppose l’emploi de colles, de silicones, de moyens d’accroche métallique qui n’épargnent pas les zones sculptées (Cathédrales d’Exeter et de Nuremberg) et se dégradent eux-mêmes rapidement, en contribuant à des usures (frottement des filets par l’action du vent) et dégradations par fracturation physique (points d’accroche). Combien d’espèces protégées peuplent pourtant les élévations d’églises, de châteaux ou de maisons ? Les ornithologues investissent désormais mieux les monuments afin d’observer et de protéger certaines espèces : martinets ou hirondelles ; nids de cigogne en Lorraine, Alsace, Roumanie ou en Israël.

Faucon crécerelle, enceinte de Famagouste (Chypre)

Le temps long du vieillissement

Nos monuments restaurés sont dénudés, minéralisés, placés hors du temps long de leur lent vieillissement. Le lierre, l’arbre, le couvert forestier, la fougère même, sont considérés des ennemis à combattre à Angkor Vat au Cambodge ou dans de nombreux endroits en France. À peine un site est-il mis en « valeur » qu’il devrait se plier à la règle de la désertification. Quoi qu’affirment leurs détracteurs, favorables au dégagement des sites et des monuments (Angkor Vat), la canopée, le végétal, tamponne les températures et les précipitations en créant une cloche protectrice peuplée. La pluie est fragmentée par le feuillage qui affaiblit la force des gouttes d’eau, la violence des pluies de mousson, mais également l’ensoleillement direct. L’expérience des sites dégagés du couvert forestier, qui s’y était installé depuis des siècles montre, montre une progression de la fracturation physique des sculptures et pierres de parements. Au Cambodge, sur le temps long (9 à 10 siècles), le taux d’érosion des sculptures des temples passe de 5% à 30% sur le dernier siècle, à la suite de la déforestation. Des résultats comparables sont vérifiés au Mexique sur les sites du Rio Bec (Cameche) (P.-E. Genet, 2019), comme sur l’essentiel des sites mexicains ou andins. Assez intelligemment, de grands massifs forestiers alsaciens sont mis en valeur (Club vosgien), tout en conservant sous la canopée de nombreux sites archéologiques : châteaux et enceintes de la période médiévale. Cela ne dispense nullement les acteurs privés ou publics d’un entretien vigilant visant à contenir les poussées végétales, la croissance fantasque d’un arbre ou encore un peuplement trop conquérant. Nous aurions maintenant besoin de plus de jardiniers patients et respectueux pour s’occuper de la biodiversité des monuments, d’ornithologues, d’entomologistes et de biologistes.

Dans d’assez rares cas, cette pratique d’un jardinage précautionneux existe, comme c’est le cas pour le temple de Ta Prohm dans la région archéologique d’Angkor Vat ou encore pour celui de Beng Mealea (province de Siem Reap). La présence des arbres, ou plus largement de la forêt, y est admise, contrôlée et, fait important, souhaitée par les visiteurs admiratifs et troublés par cette curieuse étreinte entre le minéral et le végétal.

Ta Prohm (Cambodge)

Conclusion :

Nous ne sommes pas contraints de nous enfermer dans les seules dichotomies du blanchiment immaculé ou de la salissure, de la brutale pasteurisation ou de la maligne érosion lente par les acides destructeurs des éléments naturels, du monument intégré dans le marché du tourisme mondialisé ou du monument lentement ruiné. Le lent vieillissement du monument reste une voie peu explorée. Trop de sites ruraux ou insérés dans des espaces naturels sont encore sommés de répondre aux protocoles conventionnels du “développement” touristique, assorti d’outils pédagogiques toujours plus intrusifs. Face à cela, il apparaît d’abord nécessaire de ne pas ajouter de polluants (résines, biocides, consolidants, produits hydrofuges…) aux pollutions industrielles et automobiles. Les abords d’un monument sont destinés à un autre avenir que celui d’omniprésents parkings. Sans doute est-il encore possible de concevoir un édifice dont la végétation contrôlée (soft capping) permettrait de réensauvager des sites brutalisés depuis un siècle et demi à la suite de la Révolution industrielle.

Tout ne peut être abordé ici. Avec intelligence et obstination, il est encore possible de lutter contre la minéralisation de sites intégrés dans le champ d’une valorisation à court terme. Des alternatives existent qui laissent voir des monuments dont la biodiversité enchante. Cela semble être compris à Stonehenge en Angleterre (parking très éloigné, site végétalisé respecté) ou encore à Carnac (Morbihan) pour lequel les politiques, lentes à se mettre en place, ont fini par porter leurs fruits. Il ne suffira pas de faire paître des moutons ou des chèvres en milieu urbain (Aubervilliers, Clermont-Ferrand) ou encore de poser des ruches sur les terrasses de quelques cathédrales (Clermont-Ferrand), pour retrouver un équilibre perdu. Mais, au-delà des initiatives ponctuelles, une réflexion de fond est en cours dans la recherche sur l’entretien du patrimoine bâti, qui mérite qu’on y prête attention.

Le site réensauvagé de Carnac
Nimrod (Golan Syrien), site fouillé et correctement mis en valeur, au cœur des contradictions entre les exigences de la Direction des Parcs d’Israël et celles de la visite contenue
Forêt-Fouesnant (Morbihan), calvaire avant traitement par biocide et brossage
Forêt-Fouesnant (Morbihan), pinacle et statue après traitement
Famagouste (Chypre), blés sauvages poussant sur le chemin de ronde de l’enceinte des Lusignan

Quelques repères bibliographiques :

ANDRÉ M.-F., PHALIP B. (2010), Evaluating rates of stone recession on Mediaeval monuments : Some thoughts and methodological perspectives. Cuadernos do Laboratorio xeoloxico de Laxe, A Coruña, 35, p. 13–40.

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ANDRÉ M.-F., PHALIP B., BENBAKHAR M. et CONSTANTIN C., 2010. Article associant archéologues du bâti, géographes et géochimistes ; le comportement dans le bâti de grès de construction analogues sur un temple angkorien dégagé de la forêt (Ta Keo) et sur des temples situés en ambiance forestière (Ta Nei, Beng Mealea et Koh Ker), Geomorphology, texte soumis le 15 avril 2010 et accepté.

ANDRÉ M.-F., PHALIP B., VOLDOIRE O. et MOREL D., 2011. L’abbatiale de Manglieu (63), monitoring climatique, archéologie du bâti et restaurations d’un édifice roman (milieu XIIe), Journal of the cultural Heritage ou Building and environment, 2011.

ANDRÉ M.-F., PHALIP B., VOLDOIRE O., VAUTIER F., GÉRAUD Y., BENBAKHAR M., CONSTANTIN C., HUBERT F., MORVAN G., 2011; Weathering of sandstone lotus petals at the Angkor site : a 1,000-year stone durability trial. Environmental Earth Sciences 63 : 1723–1739.

ANDRÉ M.-F., PHALIP B., VOLDOIRE O., ROUSSEL E., VAUTIER F., MOREL D., 2011. Quantitative assessment of post-restoration accelerated stone decay due to compatibility problems (St. Sebastian’s abbey church, Manglieu, French Massif Central). Proceedings of the 12th Conference on the Deterioration and Conservation of Stone, Columbia University, New York, oct. 2011.

ANDRÉ M.-F., VOLDOIRE O., ROUSSEL E., VAUTIER F., PHALIP B., HANG P., 2012. Contrasting weathering and climate regimes in forested and cleared sandstone temples of the Angkor region. Earth Surface Processes and Landforms 37: 519–532.

ANDRÉ, PHALIP B., 2012. « Regards croisés du géographe et de l’archéologue du bâti sur l’état de santé du patrimoine médiéval du Massif Central », L’organisation de l’espace médiéval : cadres de vie laïcs et religieux, hommage à Bernadette Barrière. Obazine 13–15 juin 2006, textes réunis par L. Ferran, Bordeaux, Aquitania, Ausonius mémoires, 2012, p. 341–354.

ANDRÉ M.F., PHALIP B., VOLDOIRE O., VAUTIER F., ROUSSEL, MOREL D., 2013. Impact of cement repointing on rates of sandstone decay in medieval churches of the French Massif Central. In Stone in historic buildings: Characterization and Performance (J. Cassar et al. eds), Geological Society London Special Publications 391, 18 pages, first published October 14, v. 391, p. 157–174.

Phalip B. et André M.-F., Programmes Techné et Citadel (MSH/Geolab/Chec). « Un Paradis perdu. Restaurer ou les effets de l’intervention humaine sur le cours du temps ; à propos de quelques réalités monumentales (France, Cambodge) ». Revue d’Auvergne, N° coll. MSH UBP, N°618, 2016, p. 149–171.

B. Phalip et J.-F. Luneau, Restaurer au XIXe siècle, Vol. 1. 2013 ; Vol. 2 2017 ; Vol. 3 2020, Presses Universitaires Blaise Pascal, Col. Histoires croisées, Clermont-Ferrand.

Bruno Phalip (dir.) et Fabienne Chevallier, Pour une histoire de la restauration monumentale (XIXe-début XXe s.). Un manifeste pour le temps présent, Presses Universitaires Blaise Pascal, Col. Histoires croisées, Clermont-Ferrand, en cours de publication, 2020.

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L’École Urbaine de Lyon (EUL) est un programme scientifique « Institut Convergences » créé en juin 2017 dans le cadre du Plan d’Investissement d’Avenir.

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