Atelier de recherche participative sur la mesure de la qualité de l’air (26 janvier 2019)

Studio “Ville Intelligente / Ville Apprenante” de l’EUL

Lou Herrmann
Sep 10 · 7 min read
Lou Herrmann (2019)

L’atelier a eu lieu dans le cadre de l’édition 2019 du festival « A l’Ecole de l’Anthropocène » de l’Ecole Urbaine de Lyon.

Se sont ainsi rencontrés pendant une après-midi de janvier un groupe d’une dizaine d’enfants entre 8 et 12 ans et un chercheur, Hervé Rivano, Professeur des Universités à l’INSA de Lyon, autour du thème de la pollution de l’air en ville.

L’idée de cette rencontre insolite s’appuie sur la conviction que les enfants, forts de leur nature curieuse et observatrice, peuvent contribuer à faire avancer la recherche en posant sur ses objets un regard nouveau et décalé. Inversement, les enfants, engagés auprès des chercheurs, développent leurs compétences et leur pouvoir d’agir pour devenir acteurs dans un monde toujours en changement. Les enfants ont ainsi été sensibilisés de manière active au phénomène de la pollution atmosphérique, à sa mesure, à sa perception et à ses enjeux. Ils ont été amenés à réfléchir dans un cadre ludique et créatif aux solutions pour améliorer la qualité de l’air.

L’atelier a été conçu et animé par l’association Imagineo, créée par des psychologues dans le but de promouvoir la créativité, les capacités d’innovation et le pouvoir d’agir chez l’enfant. Une frise graphique, réalisée en direct, rend compte du déroulé de l’atelier et des quatre outils imaginées par les enfants pour résoudre le problème qui leur a été posé : « Comment se protéger contre la pollution de l’air en ville ? » :

- une caisse de récupération des fumées polluantes à l’arrière des voitures, destinées à être analysées par les chercheurs ;

- un capteur connecté et volant de mesure de la pollution ;

- le « pollucelet », bracelet de mesure de la pollution et des réactions du corps à cette dernière ;

- un sac dos détectant les zones polluées et contenant un kit de protection anti-pollution.

Retour critique d’Imagineo

Quels sont les enjeux pour la réussite d’un atelier de recherche participative ?

La réussite repose d’abord sur l’élaboration commune de l’atelier avec le chercheur. Si Imagineo définit le cadre pédagogique et apporte son expertise méthodologique, le chercheur doit être en capacité de définir l’intérêt — pour sa recherche — de la tenue d’un tel atelier. Nous choisissons donc ensemble la manière dont sera abordée la thématique de recherche par les enfants. Ceci suppose une implication active du chercheur dans la construction de l’atelier.

Le second enjeu réside dans la capacité du chercheur à adopter une posture d’écoute vis-à-vis des propositions des enfants et à sortir de sa position de sachant. Il amène un cadre mais doit s’extraire d’une position d’enseignement descendante. La recherche participative s’appuie sur la reconnaissance de la valeur des savoirs citoyens. Il est donc essentiel que le scientifique adhère à cette posture d’ouverture. Le rôle d’Imagineo est alors de l’accompagner dans l’assimilation de cette posture.

Il faut également être vigilant et ne pas instrumenter les enfants dans une perspective mercantile. Pour se faire, nous veillons toujours à ce que la thématique abordée dans l’atelier soit un sujet d’intérêt général — ce qui était le cas pour les questions liées à la pollution atmosphérique.

Est-ce que l’atelier sur la pollution a répondu à ces enjeux ?

Ça a été une vraie réussite grâce à l’implication d’Hervé en amont, à la fois dans la définition de l’intérêt de l’atelier pour sa recherche (savoir comment les enfants perçoivent la pollution de l’air et sa mesure) et dans le choix du défi qui a été posé au groupe (comment se protéger de la pollution atmosphérique ?).

Son implication pendant l’atelier lui-même — au début pour présenter les enjeux et répondre aux questions, mais surtout à la fin lors de la présentation par les enfants de leurs outils –, a aussi participé à ce succès. Il a su prendre au sérieux leurs idées et les valoriser en les interrogeant. Cette valorisation est très importante pour que l’expérience de l’atelier alimente le pouvoir d’agir des enfants.

Par ailleurs, la création de la frise graphique a motivé le groupe tout au long de l’atelier : la vue de leurs échanges et de leurs idées formalisés sur le papier de manière ludique alimentait l’enthousiasme des enfants. De plus, la frise laisse une trace concrète du contenu de la matinée. Directement visible à la fin et présentée aux parents, elle participe également à la valorisation de leur travail.

Quels points auraient pu être améliorés ?

L’atelier sur la pollution a été élaboré sur le principe d’une ascendance stricte : on est parti de manière exclusive du référentiel des enfants — c’était d’ailleurs la question que se posait Hervé au départ : quel est l’état de la connaissance de ce public sur la pollution atmosphérique ?

On pense désormais que dans une perspective de sensibilisation active et pour que les enfants puissent être plus pertinents dans l’innovation, il pourrait être intéressant de construire l’atelier sur quelques briques de connaissance apportées par le chercheur, de façon à les amener à dépasser leur propre référentiel. Cela pourrait aussi permettre de mieux intégrer les résultats de l’atelier dans le processus de recherche en ancrant les solutions imaginées dans la réalité. De cette façon les idées des enfants pourraient avoir une implication plus concrète pour le chercheur.

Retour critique d’Hervé Rivano

Quelles ont été vos motivations pour participer à cet atelier ?

Notre travail au sein de l’Ecole Urbaine de Lyon porte sur les notions de « ville intelligente et apprenante ». Nous souhaitons les explorer tant d’un point de vue académique, qu’expérimental ou artistique. En l’occurrence, le rapport des enfants à la révolution numérique, à l’instrumentation de leur environnement et aux questions anthropocènes vues avec un prisme numérique m’intéressent particulièrement. J’étais curieux de voir comment leurs perceptions du monde les amènent à aborder des problématiques qui mélangent science de haut niveau et le plus banal des quotidiens. La qualité de l’air et sa mesure étaient un terrain idéal, d’autant que nous les avions déjà travaillées, à la fois d’un point de vue technique et sociologique, mais avec des adultes.

Qu’est-ce que l’atelier/projet vous a apporté en tant que chercheur ?

S’adresser à un public non spécialiste est un exercice toujours difficile. Il faut trouver un équilibre entre les notions que l’on veut faire passer et les aspects qu’on accepte de simplifier ou de masquer sans pour autant dénaturer les enjeux. Avec des enfants, cela me paraissait presque infaisable. Du moins je ne savais pas par quel bout le prendre. Et puis il fallait accepter de lâcher prise pour laisser les enfants exprimer leur propre créativité sans exercer une influence qui aurait pu les paralyser. Heureusement l’accompagnement par Imagineo m’a permis de franchir ces difficultés qui me semblaient être des montagnes !
Cela m’a aussi permis de voir à quel point, quand on a le nez dans le guidon de ses recherches, on ne voit pas toujours tous les raisonnements qui peuvent se faire, en particulier les raisonnements analogiques comme ceux des enfants. C’est intéressant, même si on s’est rendu compte sur le moment qu’il aurait fallu mieux cadrer le sujet en amont : nous avions dit « pollution » quand on pensait « qualité de l’air », et une partie des enfants est partie sur la pollution de l’eau, des océans, le plastique. A posteriori c’était prévisible, mais dans l’action on ne l’avait pas vu venir.

Qu’est-ce qui vous a marqué dans l’interaction avec les enfants ?

J’ai été marqué par la capacité des enfants à se passionner pour un sujet dont ils n’avaient pas entendu parler 5 minutes plus tôt et à intégrer tous les éléments qu’on leur apporte au fur et à mesure de leur avancement. Surtout que, de manière totalement contradictoire, il y a des éléments culturels qui sont déjà profondément ancrés dans leur grille de lecture. Deux exemples m’ont marqué : le danger se représente en rouge, c’était unanime, et le fait que la pollution de l’air soit d’abord de grandes cheminées type industrielles — ce qui pour le coup est faux.

En quoi cette expérience peut-elle être source d’inspiration dans vos questionnements scientifiques ?

Le défaut de cadrage au démarrage a peut-être empêché que l’on aille suffisamment loin et que les enfants sortent une idée qui m’interloque vraiment. Par contre, ils ont imaginé à peu près la solution en cours actuellement pour mesurer les polluants qu’émet une voiture. Ce n’est pas mon sujet principal, mais ça devrait motiver quelques ingénieurs à essayer d’aller un peu plus loin ! Plus sérieusement, si ça m’a apporté quelque chose c’est de me rappeler qu’il faut savoir prendre du recul quand on travaille sur un sujet, s’autoriser à faire un pas de côté et prendre le temps d’aller au-delà des apparences.

Quelles limites avez-vous détectées concernant l’utilité des ateliers pour votre recherche ? Quelles pistes d’amélioration ?

La principale limite est de bien définir le point de départ. Celui qu’on donne aux enfants en premier lieu. Il faut qu’il puisse être à leur portée sans passer une demi-heure à leur expliquer des notions techniques. Mais il faut aussi qu’il ne repose pas sur des implicites trop fort, car les enfants risquent de ne pas avoir les mêmes.

Si vous deviez résumer l’expérience en trois adjectifs, lesquels choisiriez-vous ?

Intimidant (au début), passionnant (pendant), intrigant (après).

Anthropocene 2050

Un blog de recherche de l’Ecole Urbaine de Lyon pour réfléchir sur la dimension urbaine de l’Anthropocène. // An Ecole Urbaine de Lyon’s research blog to reflect on the urban dimension of the Anthropocene.

Lou Herrmann

Written by

Anthropocene 2050

Un blog de recherche de l’Ecole Urbaine de Lyon pour réfléchir sur la dimension urbaine de l’Anthropocène. // An Ecole Urbaine de Lyon’s research blog to reflect on the urban dimension of the Anthropocene.

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade