L’Aquarius continue de faire des vagues en Suisse

Photo Ruben Mishchuk sur Unsplash

Suite à ma tribune parue le 21 avril dans Le Matin Dimanche (Le verso du Verseau ou les zones d’ombre de l’Aquarius), SOS Méditerranée Suisse a adressé une réplique où l’on conteste certaines de mes affirmations:

1. L’Aquarius ne serait pas un «bateau pirate»

Car le Panama a accepté de lui prolonger son pavillon jusqu’à son inscription au registre allemand le 29 octobre. «Tant qu’il ne navigue pas, l’Aquarius continue donc à remplir toutes les conditions requises pour assurer la légalité de sa situation.» Manière ampoulée de dire que la seule légalité pour l’Aquarius consiste aujourd’hui à rester à quai!

2. L’Aquarius n’aurait pas sauvé des «centaines de milliers» de personnes mais «seulement» 29 523.

Au tarif que les rescapés ont dû payer aux passeurs pour s’embarquer sur la Méditerranée (3000 euros selon le grand reporter du Figaro Renaud Girard) cela fait tout de même 90 millions de chiffre d’affaires en trafic humain que l’Aquarius n’a pas contribué à enrayer, mais dont il a au contraire contribué à assurer le succès. Cela dit l’objection reste valable. Je faisais référence, «derrière l’Aquarius», à la flottille d’ONG travaillant en communauté d’intérêts à transporter des migrants vers l’Europe, mais j’ai omis de préciser que SOS Méditerranée n’était pas seule à la manœuvre. Il n’en reste pas moins que, selon les chiffres de l’Office des migrations de Genève, 617’113 migrants sont arrivés en Europe par voie de mer (et donc avec l’aide constante de la «passerelle» maritime des ONG) depuis le début 2016, soit moins de trois ans, tandis que 1’011’712 arrivaient par mer en 2015. Que ces passages aient été facilités par une seule ONG ou toute une constellation, ces chiffres sont énormes et relèvent de la démographie, non du sauvetage.

3. L’Aquarius aurait respecté la légalité en refusant de débarquer ses naufragés en Libye, bien qu’elle soit le port le plus proche, car le pays ne serait pas sûr.

C’est là une appréciation et non un fait, appréciation que le Panama, par exemple, a écartée. Pourquoi les Européens auraient-ils offert des vedettes au gouvernement libyen et investi des millions dans ses infrastructures s’il ne peut donner en contrepartie aucune garantie de sûreté?

4. «SOS Méditerranée ne reçoit pas de financements de l’Open Society Institute, le réseau de Georges Soros.»

Pourtant son partenaire capital Médecins sans frontières figure parmi les «lauréats (de financements) qui sont devenus au fil du temps des alliés dans la poursuite des parties cruciales de l’agenda open society», selon Open Society elle-même. Cela dit, derrière les pavillons de complaisance, on croise du Soros à chaque virement de bord dans le sauvetage en Méditerranée, ainsi que nous l’avons montré dans notre dossier «Aquarius, opération Tartuffe en méditerranée» (Antipresse n° 41, 21.10.2018).

5. «Klaus Vogel n’est pas le capitaine de l’Aquarius».

Le cofondateur de SOS Méditerranée, auparavant capitaine de porte-conteneurs, est ainsi appelé non par nous, mais par la grande presse. C’est certes un détail, mais on imagine que SOS Méditerranée aura rectifié, par exemple, auprès de Sud-Ouest.

Le plus intéressant dans la réplique de SOS Méditerranée suisse, toutefois, restent les points de mon article qu’on n’a pas contestés: l’étonnante identité de ses armateurs (des retraités de Brême), la proximité de sa direction avec Frontex, l’omniprésence allemande dans l’opération.

Au moins la filiale suisse de SOS Méditerranée, en dévoilant un peu plus le cordon ombilical reliant l’Aquarius à l’Allemagne, nous aura-t-elle clairement indiqué quel est le pays le plus à même de lui fournir un pavillon.