“C’est l’histoire de 3 réunionnais qui rentrent dans un bar. Le premier dit aux 2 autres…”

“C’est l’histoire de 3 réunionnais dans un bar”.

On croirait au début d’une blague. Une blague un peu foireuse qu’on essaierait de caler au milieu d’un repas de famille un peu coincé, entre le fromage et le dessert. Oui, ça pourrait être ça, mais non, ce n’est pas ça.

Ce n’est pas le début d’une blague, non; c’est le début d’une aventure géniale, une aventure gourmande, le commencement d’une épopée culturelle et épicée, une odyssée du goût et de l’art de vivre à la créole, les premiers pas d’un voyage des papilles dans un monde d’odeurs, de couleurs et de saveurs, une initiation aux plaisirs infinis du palais, une immersion euphorique dans un univers gastronomique. Et au passage, oui, une aventure entrepreneuriale.

Toute une histoire! Une histoire qui commence par trois amis réunionnais, qui rentrent dans un bar…

“Tout commence dans un bar”.

A vrai dire, ça aurait pu être dans un bar, un restaurant, sur une place, dans le métro. Ce genre de choses peut arriver n’importe où, n’importe quand, quand on est Réunionnais, et que l’on vit loin de son île. Mais il se trouve que pour nous, ça s’est produit dans un bar, un soir d’hiver, à Paris.

Ce qu’il s’est produit ce soir-là, c’est une révélation, toute simple, mais qui a chamboulé et activé beaucoup de choses. La révélation selon laquelle il est à la fois extrêmement difficile de trouver des “apéros” réunionnais sur Paris (apéros=tapas), et qu’il serait très intéressant de pouvoir en trouver, facilement, pour se remémorer des tranches de vie, des vacances entre amis, ou par curiosité. Bref, pour passer un bon moment, tout simplement.

On appréciait beaucoup cette idée. On l’a apprécié dès le départ.

A ce stade, la question était: on fait quoi avec ça, maintenant ?

On teste! Une idée ne devient bonne qu’une fois qu’elle a été approuvée. Et pour être approuvée, il faut d’abord être éprouvée. Au départ, mes compères et moi avions imaginé un service de livraison d’apéros réunionnais. Au départ, ça semblait clair. Puis le brainstorming est parti en samoussas.

“A combien on doit vendre le bouchons si on veut être rentable? Et à part les bouchons, on propose quoi? Oui mais comment on fait si on reçoit une trop grosse commande? Comment on réagit si quelqu’un demande son apéro livré en moins d’une heure? Comment on fait si on doit livrer deux clients, en même temps, aux deux extrémités de Paris? Et d’ailleurs, on livre que Paris ou toute l’île-de-France? Ou alors on teste un seul arrondissement, quoique non y aura jamais assez de commande à cette échelle…” Etc, etc.

Car dans une team, il y a toujours un mec pour imaginer le scénario catastrophe. Ce mec, c’est moi. Et heureusement, il y a aussi un autre mec pour tout analyser, et décider. Ce mec, c’est Anaël. Naturellement, il a pris la place de CEO, qui lui va à merveille.

“On va faire des livraisons. Samoussas bonbons piment et bouchons uniquement. Le week-end uniquement. Des pré-commandes uniquement. Paris et très proche banlieue uniquement.”

On avait un plan. Clair, net. Précis.

A ce stade, la question était à nouveau: on fait quoi avec ça, maintenant ?

Dans les team d’exception, y a toujours un mec d’exception. Ce mec, c’est Julien. C’est lui qui, au lendemain de cet échange, -qui littéralement et rappelons-le, est une discussion de comptoir,- nous a envoyé ce message:

“Yo, par rapport à ce qu’on s’est dit hier, j’ai codé un truc vite fait : vous en pensez quoi?”.

Le “truc”, c’était 3000 lignes de code. Est-il nécessaire de préciser que Julien a pris la place de CTO par la suite? En une nuit, il a donné vie à notre concept embryonnaire à travers un site internet minimal, mais très beau, et tout-à-fait fonctionnel. On pouvait démarrer!

“Oublie ta solution. Personne n’en veut.”

Les débuts ont été, il faut le dire, plutôt mitigés. D’un côté, on a profité de l’effet buzz de notre campagne marketing pour très vite atteindre notre limite de commandes. Là-dessus, on a été très agréablement surpris. Notre concept génère de la traction, c’est bon signe.

Puis, est arrivé ce moment où il a fallu sortir de derrière son écran d’ordinateur (un domaine où on est plutôt bon) pour enfiler le tablier de cuisine et se mettre aux fourneaux. Echange véridique entre nous :

“- Qui sait cuisiner des apéros? Parce que moi je ne sais pas faire.

-Moi non plus. -Ni moi. -…”

Heureusement, on vit dans un monde où l’information est partout disponible. Et on peut prendre des cours de cuisine, en ligne. On se croyait sauvé. Oui, on le croyait.

Mais préparer des apéros réunionnais ne s’improvise pas! Saviez-vous qu’il faut 48heures pour préparer des bonbons piment? Saviez-vous que les spots de vente de produits réunionnais sont très rares sur Paris? Saviez-vous que plier un samoussas est beaucoup plus technique qu’il n’en parait? Et pour finir, saviez-vous que livrer des apéros, de nuit, à Paris, en métro (oui, en métro), c’est tout sauf agréable et faisable?

Bref, autant de freins organisationnels, humains et techniques découverts sur le tas. Bien sûr, on a cherché à les résoudre. On s’est fait des workshops de fabrication de samoussas, on a étudié un business de livraison en vélib’, on a réfléchi a créer un stock, etc. Mais on partait de tellement loin que ces améliorations n’étaient que légères.

“Etre créatif, c’est créer du neuf dans un système. Innover, c’est penser à un système neuf”

Cette citation de Luc de Brabandère s’applique à ravir à ce qui s’est passé pour nous. Quelques semaines après avoir finalement pris la décision de pas aller plus loin avec notre concept de livraison, Julien (je vous avais dit qu’il était exceptionnel) est revenu avec un nouveau modèle. Pareil, mais différent. Différent, mais un peu similaire. C’est confus? Pour moi aussi ça l’était, puis il a expliqué :

“ Ce qu’on veut, c’est résoudre un problème, ok? Oui, ok. Pour ça, on a imaginé le concept de livraison. Pas vraiment un succès, pas vrai? Mais également riche d’enseignements, pas vrai? On a appris qu’il y avait un truc à faire (cuisiner et distribuer des apéros) mais qu’on était pas taillé pour le faire… “

A ce stade, la question était: on fait quoi alors, au final?

Facile! On fait ce qu’on sait faire!

C’est-à-dire? Mettre en relation des particuliers qui -contrairement à nous- ont un réel don et une réelle passion pour la cuisine réunionnaise, avec d’autres particuliers qui -comme nous!- ont un réel appétit pour les samoussas, bonbons piment et bouchons et autres joyeusetés que la gastronomie réunionnaise a à offrir!

Le fin mot de l’histoire ?

C’est donc l’histoire de trois réunionnais qui rentrent dans un bar. Le premier dit aux deux autres: “Et si on commandait des samoussas?”. Et les deux autres lui répondent : va sur appreciali.com !