Fast think ou pensée faste?

En réponse à l’émission de France 3 Pièces à conviction

Pour savoir il faut analyser, procéder par étapes, avoir du temps sauf que certaines émissions n’en donnent pas. En effet il faut aller vite, se forger une opinion rapide sans connaitre tout le sujet. Pour savoir il ne faudrait pas faire un choix entre savoir et comprendre mais faire des liens. L’émission, quant à elle, avait pour objectif de faire savoir pour venir bousculer et pour faire réagir. Après l’avoir regardée, et si l’on désire réellement comprendre, il faudra confronter les choses que l’on a vues à d’autres sources d’informations sinon cela peut donner lieu à faire sans réfléchir.

Car oui, il reste urgent de travailler sur les problématiques que subissent les enfants pris en charge par la protection de l’enfance dont les décisions, ou l‘absence de décision en considération de la parole des enfants, ajoutent des traumatismes aux traumatismes de ces derniers alors qu’ils nous sont confiés. L’information doit malgré tout s’éloigner d’une simple polémique pour fournir une image suffisamment large pour être objective afin que le téléspectateur puisse se faire seul une opinion sans toutefois qu’elle soit orientée. De nos jours, un certain journalisme a la volonté de faire réagir en bousculant plus qu’il ne fournit matière à réflexion. C’est finalement au lecteur ou à celui qui regarde la télévision de prendre du recul, d’aller rechercher d‘autres connaissances, pour parvenir à en dégager une information complète.

Pour parler de notre profession , celle d’assistant familial, ce maillon qui fait parti de la protection de l’enfance, qu’en a t’on fait ressortir ?

A t’on compris en quoi sa mission consiste ? A t’on mesuré ses compétences au regard de ce que cela nécessite de “bien” accompagner un enfant ?

Par exemple : on peut finir par se décourager ou se révolter en voyant que lorsque le journaliste parle à cette professionnelle, il lui semble, au vue de la responsabilité de cette dernière, qu’elle a manqué de formations. Mais le spectateur a t’il compris les capacités qu’interrogent cette profession? A t’il perçu le savoir-faire de cette femme même si cette dernière n’a pas eu le temps ou l’opportunité de le faire savoir ? Comment le téléspectateur peut-il se faire sa propre opinion sur cette profession ou de ce qui se joue avec l’enfant pendant l’accueil entre ce qu’on lui montre et ce qu’il lui est donné à entendre au cours de l’émission ?

Lorsque la jeune avocate nous dit qu’elle ne connait pas à ce jour un assistant familial à qui l’on a ôté son agrément, le silence du journaliste ne risque t’il pas de nous amener à penser qu’aucun agrément en France n’est retiré à un assistant familial qui a commis une faute ? Ce qui, bien entendu, est faux mais la vérité semble toute relative par rapport à l’intensité du moment que provoque cette réponse . D’ailleurs, cette perception n’est pas propre à l’émission. En effet, le regard que l’on porte sur un assistant familial est soit admiratif parce qu’il est le sauveur qui va adopter l’enfant confié , soit à l’inverse il est “la tache sur le dessin”, “la mouche dans le potage” car finalement il a moins de diplôme et qu’il n’est pas vraiment accueilli comme un travailleur social. On en a besoin la nuit et le week-end ou encore pour se rendre à des rendez-vous avec l’enfant. Mais en quoi sa mission auprès de l’enfant consiste t’elle véritablement ? Et même au delà, quelle est sa place dans le vaste champ de la protection de l’enfance ? Bref devant sa télé, on pense rapide, on juge autant qu’on exulte.

Pourtant cela serait important qu’on parle de tout ceci, d’autant plus qu’il n’y a presque plus de familles d’accueil et que l’on donne 10 ans d’espérance de vie à la profession du fait de l’absence de recrutements durables. Non, il ne suffit pas de faire de bons gâteaux pour devenir assistant familial mais tout autant les diplômes et les connaissances ne feront pas de vous une famille d’accueil capable de transformer ce « placement » en un temps d’accueil et de soins qui permettra à l’enfant de continuer sa route plus sereinement qu’au départ. Il y a bel et bien des aptitudes réelles à avoir et des compétences que l’on développent avec l’aide des formations régulières, bien entendu, mais également grâce aux réflexions menées avec d’autres collègues qu’ils soient assistants familiaux ou éducateurs spécialisés, psychologues ou chefs d’un service. Cette mission est faite d’étapes de professionnalisation pour construire du savoir et de la déontologie. Elle nécessite de réelles capacités associées à des facultés d’adaptation extraordinaires pour réussir un accompagnement de qualité. Enfin, il demande de la conviction pour défendre sa légitimité au sein d’une équipe.

En définitif, le triste sort des enfants accueillis en protection de l’enfance pourra également s’améliorer si chaque professionnel impliqué au sein de l’équipe contribue à l’objectif commun qui est de prendre en considération cet enfant dans son individualité, au delà de la vision parcellaire qu’apporte chaque spécialité. Ces améliorations doivent également être encouragées par des moyens financiers.

Cette émission aura fait réagir ; peut-être en faisant bouger la protection de l’enfance d’un certain dogmatisme qui lui est devenu un peu familier ces dernières années. Mais elle n’aura apporté qu’un savoir superficiel incitant à réagir et non pas un savoir permettant de comprendre quels sont les enjeux réels et comment agir. Pourtant les enfants, eux, l’auraient mérités.