🔧 Votre prochain (et dernier) garagiste vivra à Bombay

“Avec l’apparition du vĂ©hicule autonome, verrez-vous encore votre garagiste ?”
Le garagiste, symbole d’un Way of Life — ici avec Bruce Springsteen

Les garagistes auront plus de travail


La principale promesse de l’arrivĂ©e du vĂ©hicule autonome se rĂ©sume en quelques mots : la fin des accidents de la route. Avec la disparition des comportements Ă  risques au volant et le respect du code de la route rendu obligatoire par l’automatisation de la conduite, les rĂ©parateurs automobiles perdent leur principale source de revenus : les chauffards et la tĂŽle froissĂ©e. Pourtant contrairement Ă  ce que ce constat pourrait laisser croire, les garagistes risquent d’avoir davantage de travail. Pourquoi ?

Les voitures actuelles restent Ă  l’arrĂȘt 95% du temps ; pourtant, elles conservent le besoin d’un entretien rĂ©gulier. En partant du principe qu’un vĂ©hicule autonome sera partagĂ©, son taux de mouvement sera bien plus grand et l’usure mĂ©canique bien plus frĂ©quente. En France, une voiture roule en moyenne 17.000 km/an. Combien de kilomĂštres annuels seront parcourus par un vĂ©hicule autonome ? Sachant que des camions sont aujourd’hui conçus pour rouler un million de kilomĂštres, ne peut-on pas imaginer qu’il en soit de mĂȘme pour des vĂ©hicules autonomes qui seront de plus conduits par des algorithmes offrant une conduite souple en toutes circonstances ?

Pour autant, les vĂ©hicules autonomes seront, au moins dans un premier temps, bien plus chers Ă  fabriquer qu’un vĂ©hicule classique aujourd’hui. Cet aspect financier, en plus des points vus ci-dessus, laisse Ă  penser que ces nouveaux vĂ©hicules auront une durĂ©e de vie consĂ©quente au cours de laquelle l’entretien du vĂ©hicule sera multiple. Une aubaine pour les garagistes donc.


 mais un travail différent

Aujourd’hui, le diagnostic des garagistes est dĂ©jĂ  de plus en plus assistĂ© par ordinateurs. L‘arrivĂ©e du vĂ©hicule autonome ne ferait qu’accentuer cette tendance de contrĂŽles de moins en moins mĂ©caniques.

Tout d’abord, il faut imaginer qu’une part croissante des voitures sera Ă©lectrique, d’autant plus que ce type de motorisation, en plus d’ĂȘtre prochainement moins coĂ»teux, est davantage adaptĂ© Ă  une conduite automatisĂ©. Il est plus facile de faire varier des intensitĂ©s Ă©lectriques que des dĂ©bits d’essence. Aujourd’hui, les piĂšces les plus changĂ©es lors de l’entretien d’une voiture sont avant tout des piĂšces roulantes du moteur Ă  combustion : le passage Ă  l’électrique offre donc dĂ©jĂ  une premiĂšre rĂ©duction du mĂ©tier.

Moins d’accidents, plus d’usure liĂ©e Ă  l’usage : l’entretien des vĂ©hicules sera de plus en plus prĂ©visible et il pourra ĂȘtre identifiĂ© Ă  l’avance Ă  l’aide de capteurs intĂ©grĂ©s dans la structure de la voiture. Le garagiste pourrait trĂšs bien devenir l’exĂ©cutant d’une machine qui lui offre un diagnostic complet et qui lui indique les piĂšces Ă  changer. LĂ  encore, cela rĂ©duit considĂ©rablement la part de travail et des revenus du garagiste, puisque ses diagnostics sont des prestations facturables Ă  part entiĂšre.

Selon PwC, 50% des coĂ»ts de fabrication d’une voiture (vs 30% en 2010) proviendront des composants Ă©lectroniques. Le garagiste sera de moins en moins un spĂ©cialiste mĂ©canique et devra s’improviser expert Ă©lectronique, sans quoi il perdra potentiellement la moitiĂ© des rĂ©parations qui peuvent lui ĂȘtre confiĂ©es.

Le temps du “garagiste bricoleur” est rĂ©volu

La dématérialisation des réparations

Une inquiĂ©tude demeure cependant : dans une Ă©poque oĂč les communications et l’échange de donnĂ©es se font sans fil, peut-on imaginer une dĂ©matĂ©rialisation du secteur ?

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la maniĂšre avec laquelle Tesla a dĂ©bridĂ© Ă  distance les batteries de ses vĂ©hicules en Floride lors de l’ouragan Irma. Pour la premiĂšre fois, une intervention Ă  distance permettant, d’une certaine maniĂšre, de “dĂ©panner” les vĂ©hicules sans que le conducteur ne s’arrĂȘte chez un garagiste.

Avec la batterie de capteurs qui seront intĂ©grĂ©s dans les vĂ©hicules et si la lĂ©gislation l’autorise, on peut trĂšs bien imaginer des contrĂŽles techniques effectuĂ©s Ă  distance par un technicien qui analyserait les indicateurs d’usure du vĂ©hicule. Qui sera peut-lui mĂȘme remplacĂ©, Ă  terme, par un robot qui n’aurait qu’à valider, jour aprĂšs jour, les diffĂ©rents indicateurs remontĂ©s par le vĂ©hicule.

Au-delĂ  des contrĂŽles techniques traditionnels, le vĂ©hicule se comportera bientĂŽt comme un smartphone, comme une coquille hardware accueillant un software intelligent, son lot de bugs et ses mises Ă  jours logicielles. Alors que les parties mĂ©caniques du vĂ©hicule sont depuis longtemps maĂźtrisĂ©es par les constructeurs automobiles, ce n’est pas le cas des algorithmes qui conduiront les voitures autonomes. Il faudra corriger leur bugs et mettre Ă  jour le logiciel (mises Ă  jour du logiciel de conduite) et l’on peut trĂšs bien imaginer un opĂ©rateur, Ă  distance, communiquer avec la voiture et effectuer cette opĂ©ration pendant que le vĂ©hicule lui-mĂȘme roule. Comment ne pas penser que celui-ci pourrait se situer en Inde, pays en pointe sur les services d’externalisation grĂące Ă  son vivier d’ingĂ©nieurs ? Et comment ne pas penser qu’il sera, une fois la technologie maĂźtrisĂ©e et bien adoptĂ©e, remplacĂ© par une machine ?

Quel avenir pour les garagistes ?

Comme dans toute industrie en mouvement, les acteurs doivent s’adapter pour survivre. MalgrĂ© une possible “ubĂ©risation” de l’activitĂ© de rĂ©parateur automobile, il existe de nombreuses lueurs d’espoir pour le secteur.

Tout d’abord, on l’a vu, l’apparition du vĂ©hicule autonome ne signifie pas la fin de l’activitĂ© de la rĂ©paration automobile mais peut-ĂȘtre mĂȘme davantage de travail. Les coĂ»ts de maintenance seront de plus en plus Ă©levĂ©s du fait de la complexitĂ© croissante de la voiture et cela pourrait reprĂ©senter des revenus en plus pour les garagistes.

Face Ă  la menace que reprĂ©sentent la dĂ©matĂ©rialisation et la spĂ©cificitĂ© Ă©lectronique des vĂ©hicules, il faudra s’adapter. Les garagistes indĂ©pendants auront-ils les moyens de s’offrir les formations nĂ©cessaires pour s’adapter Ă  ce nouveau type de vĂ©hicules ? Ou bien survivront-ils grĂące Ă  l’appareillage technique et commercial qu’ils trouveront dans des rĂ©seaux et des partenariats avec les constructeurs automobiles ? Les alliances seront indispensables : le vĂ©hicule autonome n’ayant pas vocation Ă  ĂȘtre dĂ©tenu par un particulier mais utilisĂ© “à la demande”, les probabilitĂ©s sont grandes pour que les garages mĂšnent leur business directement avec des grands prestataires de services plutĂŽt qu’avec des particuliers. LĂ  encore, leur pouvoir de nĂ©gociation risque de se voir rĂ©duit.

Une chose est certaine : dans les prochaines annĂ©es, un marchĂ© Ă  25 milliards d’euros (en France uniquement) risque d’ĂȘtre profondĂ©ment bouleversĂ©.


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