L’art de la patience comme voie de guérison

Patients, une leçon de vie pour apprendre à ne pas se décourager. Guide pratique d’une tranche de vie où Grand Corps Malade passe de la dépendance totale à la quasi-autonomie.

Patient, terme qui désigne à la fois le calvaire et la clef du parcours de Fabien Marsaud, vrai nom du chanteur. Être patient prend tout son sens dans l’art d’attendre. Les hospitalisés ne peuvent littéralement pas être pressés puisque soudainement dans leur quotidien chaque infime habitude devient un exercice de temps et de patience. Grand Corps Malade indique lui-même il faut être pote avec la grande aiguille de l’horloge. La patience s’acquiert au fil des années pour récupérer le plus de faculté possible. Arrivé à l’hôpital sous assistance respiratoire, il vit aujourd’hui quasiment en totale autonomie.

Devenu “tétraplégique incomplet” à la suite d’un plongeon dans une piscine pas assez pleine, la tête de Fabien Marsaud touche le fond et lui fracture une vertèbre cervicale qui se loge dans la moelle épinière.

Malaise social

Paupières qui s’entrouvrent puis se referment par intermittence sur un plafond quadrillé de néons à la lumière blafarde, entrée dans le monde cru de l’hôpital qui marque l’arrivée en centre de rééducation. Le quotidien en centre présente des jours qui se ressemblent, balayés par des bribes d’améliorations. Un personnel médical qui parle du patient comme d’un objet dépourvu de conscience et de vue, “Il est à qui, ce tétra, là ?Le lecteur pense aux hospitalisés en mauvais état, souvent considérés comme “légumes. Livre en mains, il se serait cru au marché…

L’auteur évoque l’intimité, terme qui disparaît dans l’indépendance. Il dévoile ainsi un pan de l’hospitalisation que le lecteur n’a que trop peu l’habitude de connaître. Notre degré d’intimité va dépasser tout ce que j’imaginais, s’exclame-t-il. Qu’il s’agisse de téléphoner ou de se doucher, l’autre est nécessaire. Maniant l’humour pour décrire des situations cocasses, Fabien indique : “Et on va pas être très loin de se frotter l’un à l’autre”.

De la difficulté de revivre

Rêves brisés, Fabien Marsaud doit se rendre à l’évidence que son projet professionnel lié au sport est terni. Car après la chute dans la piscine, plus rien ne sera comme avant. Dure prise de conscience pour celui qui adorait le basket. Une page doit se tourner. Et l’ancien tétraplégique Fabien Marsaud devient Grand Corps Malade et sort son premier album en 2006. Depuis, il signe une véritable prouesse professionnelle de par ses qualités de compositeur, chanteur et scénariste pour l’adaptation de son roman en long-métrage.

Grand Corps Malade doit surtout faire face à une dépendance totale qui va s’effriter au fil des mois jusqu’à ce qu’il marche à nouveau. Mais arrivé en centre, il comprend que chaque moment de sa journée dépend des soignants, “quand tu les appelles, tu peux parfois attendre longtemps” précise-t-il. Fabien apprend à vivre au ralenti, sa vie coule au compte-gouttes parmi les différents moments de la journée qui deviennent des épreuves. Quand tu n’es pas autonome, tu passes plus de temps à attendre qu’à faire des choses décrit-il dans Patients.

Éminemment positif

A mille lieues des larmoyantes scènes auxquelles le lecteur est en droit de s’attendre dans un hôpital regroupant des tétraplégiques, des paraplégiques ou encore des malades souffrants de troubles mentaux, Patients détonne et montre un tout autre visage du milieu hospitalier, loin de l’imaginaire collectif où l’humour se jouxte parfaitement aux moments de réflexions. Des petites blagues d’autodérision entre handicapés aux difficultés du quotidien, Grand Corps Malade signe ici une ode à la vie, invite à se bousculer pour aller de l’avant. Immersion dans une dure réalité où l’injustice du handicap sème le trouble dans la vie de jeunes qui avaient la vie devant eux. A lire absolument pour mieux comprendre le handicap et “la fragilité de l’existencecomme le conclut l’intéressé dans son livre.