Une SexTech peut-elle changer le monde ?

SexTech save the world !

En présentant cet objectif dans des pitchs avec la fameuse phrase “Make the world a better place”, les réalisateurs de la série “Silicon Valley” ne se sont pas trompés : il est dans l’espoir de ces jeunes entrepreneurs de pouvoir changer quelque chose dans le monde avec leurs idées et leurs énergies. Parfois juste leurs comptes en banque, répondront cyniquement certains, évidemment; mais vraiment, aussi, et de façon bien ingénue, avoir un vrai impact sur la vie des gens, en l’améliorant.

Pourquoi ce désir? Déjà, parce que l’on constate bien ce qui ne va pas à notre échelle, que l’on sent que nos parents se sont ramassés en suivant les voies royales — hautes études, grandes entreprises ou administrations, travail acharné…- et surtout parce que nous sommes, depuis la génération X, des humains qui ne supportons plus l’injustice, le clientélisme et la hiérarchie par l’ancienneté.

Ce désir s’applique t’il à une SexTech ?

Oui ! Totalement oui ! D’autant plus lorsqu’il s’agit d’un sujet aussi profond, humain et complexe que celui du sexe !

Lorsque nous avons débuté Gentle avec Jb et Romain, il s’agissait certes de résoudre un souci initial d’offre inadéquate sur un marché de dating adulte. Mais en discutant entre nous, nous avons constaté que nos aspirations réelles étaient toutes autres, bien plus matures, et incontestablement plus utiles.

Et c’est ainsi que Gentle est porté par une vraie envie de changer la vision des choses dans l’univers du sexe et de la relation intime entre deux êtres humains, majeurs et consentants.

Lorsque j’évoque cette ambition, les gens sont sceptiques, ne comprennent pas en quoi une SexTech révolutionnerait le monde, voire sont carrément moqueurs, persuadés qu’au mieux, nous ne permettrons qu’un meilleur orgasme — ce qui ne serait déjà pas mal, convenons-en.

Sauf que voilà, cela ne me porte pas, ce genre d’ambition; et à la place, laissez-moi vous exposer les sujets sociétaux, comportementaux, de santé et de sécurité qu’une SexTech peut être amenée à transformer :

  • Consolider les liens du couple
  • Diffuser une éducation sexuelle de qualité
  • Lutter contre la misère sexuelle
  • Apaiser les relations entre les communautés sexuelles
  • Combattre le harcèlement sexuel sous toutes ces formes

Consolider les liens du couple

Le nombre de divorce explose et les familles mono-parentales sont en croissance folle, mais cette expansion n’est en rien une bonne nouvelle.

Chez Gentle, nous pensons sincèrement qu’un couple a le droit de vivre, si possible le plus longtemps possible. Et pour cela, le sexe est tout indiqué pour tisser des liens solides, profonds et qui seront une arme contre la lassitude qui peut s’installer avec le temps dans un couple, comme nous l’évoquons dans notre blog.

Il y a tout un tas de facteurs qui peuvent expliquer l’éloignement de deux êtres, mais les conséquences sociales, financières et parentales sont telles, que nous estimons que cela vaut largement la peine de dire que si, par une approche intime du couple, nous pouvons sauver 0,01% des couples, c’est autant de partenaires trompés qui ne souffriront pas, ou d’enfants qui conserveront leurs parents. Vœux pieux, me direz-vous? On dit “chiche, ça se tente, vu les enjeux !”.

Diffuser une éducation sexuelle de qualité

Alors là, c’est un peu une Lapalissade. A part vous expliquer qu’il faut une gamète mâle qui s’introduise dans une gamète femelle pour faire des bébés, l’éducation sexuelle en France n’enseigne absolument rien sur la profondeur intime de la sexualité. Les parents n’aidant évidemment pas, et je ne parle même pas des obscurantismes religieux qui peuvent en plus s’y greffer.

Donc, les divers moyens de jouir de ces organes sexuels ne sont jamais évoqués — ah, le temps béni du Kamasutra — ; les diverses sexualités comme l’homosexualité ou la transsexualité, n’en parlons même pas; alors vous pensez bien, l’évolution des sexualités dans un couple avec les divers jeux, seul, à deux, à plusieurs… là, vous nagez en pleine science-fiction salace.

Or, le fait est que si la sexualité pouvait être démystifiée par un enseignement sain assez tôt, il pourrait apparaître des comportements plus apaisés dans les comportements adolescents et les rapports entre les sexes et les sexualités.

Des chaînes YouTube comme Sexpedition sont le parfait exemple de ce qui est en train d’émerger et de s’affranchir du poussiéreux et gênant cours d’éducation sexuelle en classe.

En outre, la sexualité, c’est de l’ordre de la formation continue ;)

Lutter contre la misère sexuelle

Cette “misère” peut être de plusieurs ordres:

  • Vous pouvez être seul(e) depuis trop longtemps, et ne vous sentez plus en confiance dans votre corps ou votre tête pour envisager une relation intime avec un autre être humain
  • Votre condition physique ne vous permet plus d’avoir des rapports sexuels facilement : handicap, maladie ou âge
  • Vous avez du mal à rencontrer des partenaires : timidité ou physique difficile pour attirer

Que ces raisons d’isolement soient d’ordre physique ou psychologique, ces raisons peuvent provoquer une frustration sexuelle — entre autre, on ne minimise pas les autres carences en relations humaines, mais on traite celle-ci ici — , plus ou moins forte selon votre libido. Et cela s’en ressentira dans tous les aspects de votre vie, car la sexualité fait parti des besoins humains difficiles à contourner.

Pour apaiser ces manques, la masturbation existe comme exutoire et les sextoys amènent aussi leurs lots de sensation à se prodiguer seul. Mais cela n’enlève en rien le désir, le fantasme, le toucher… que peut prodiguer et / ou instiller un partenaire sexuel.

Mais les nouvelles évolutions que sont la Réalité Virtuelle (VR) couplée à de nouveaux sextoys, voire l’avènement de robots sexuels, peuvent permettre d’aller plus loin et de plonger ces personnes dans un ersatz de relation sexuelle suffisamment abouti leur permettant de mieux s’affranchir du manque physiologique, alors que certes le psychologique sera encore en attente de relations réelles.

Mais c’est déjà mieux que le néant offert actuellement !

Je fais une aparté ici pour parler du cas particulier du handicap, qui subit de plein fouet l’ostracisme des “valides”. Il se trouve que je travaille encore aujourd’hui pour une structure dans le médico-social qui s’occupe de centre pour handicapés, souvent venus chez eux suite à un accident. L’un des médecins m’expliquait qu’une des choses les plus dures qu’il avait à faire, c’était d’annoncer à un jeune adolescent, parfaitement apte du point de vue sexuel, mais peut-être tétraplégique, que sa vie sexuelle qui n’avait jamais commencé venait de se terminer. La réaction du patient est en général plutôt difficile…

La législation française interdisant l’assistance sexuelle, les solutions alternatives que pourraient proposer les SexTech, d’un point de vue technique, comme d’un point de vue des rencontres entre valides et non valides, me paraissent ouvrir des réponses humaines pour sortir de ce no man’s land dans lequel nous imposons l’asexualité aux handicapés.

Apaiser les relations entre les communautés sexuelles

Un bref coup d’œil sur les déchirements récents du Mariage pour tous nous permet de dire que les relations entre hétérosexuels, homosexuels et transgenres, sont très loin d’être apaisées.

La technologie n’ayant pas de préférence sexuée ni religieuse, elle peut arriver à faire se comprendre et communiquer des communautés sexuelles qui ont bien du mal à subsister avec les clichés, les à priori ou les haines viscérales qui animent ces groupes en conflit.

Déjà, la bisexualité ou le polyamour commencent à mélanger les genres — c’est le cas de le dire… — et nous assistons à l’émergence de pratiques, autrefois tabous, que les sextos et autres Snapchat peuvent désormais véhiculer avec moins de peine.

Combattre le harcèlement sexuel sous toutes ces formes

C’est sur ce sujet que les changements peuvent être les plus profonds, et où il devient alors évident à tous qu’une SexTech peut vraiment faire du monde un endroit meilleur.

Entrons dans le dur avec les “formes” dont on parle :

  • Harcèlement verbal ou psychologique
  • Harcèlement physique ou viol
  • Pédophilie
  • Prostitution subie

La principale caractéristique de ces harcèlements est l’homme. Pas celui avec un grand H, mais avec un petit h. Tout petit en fait.

Il semble — c’est à la science de le dire — que l’homme a un problème profond et inextricable avec sa libido, qu’il a du mal à retenir. Certains parleront d’inné — testostérone plus haute que chez les femmes — d’autres d’acquis — système patriarcal dominant — . Soit. En combinant les deux, on voit le résultat…

Sauf qu’on reste sur des guerres de division et de parole. La science, les pouvoirs publics, les gens… ne veulent pas vraiment savoir pourquoi c’est ainsi, ni essayer de modifier cela à la source.

Non, beaucoup semble préférer vouloir punir les actes, à posteriori. Ou les prévenir juste avant qu’ils n’arrivent. Ou les éviter par des biais de comportements de protection. Comme si tout cela semblait inéluctable.

Et bien moi, je pense que l’homme — ou la femme à la libido incontrôlable, ne généralisons pas trop vite — peut être amélioré, aidé, stoppé et enfin, éduqué, pour que cela n’arrive plus à l’avenir !

Des SexTech peuvent émerger pour :

  • protéger les enfants, femmes et hommes harcelés
  • vivre des fantasmes virtuels acceptés
  • apaiser le stress qui semble agiter des hommes trop tournés vers leurs gonades

Un dernier mot sur la prostitution — histoire de cliver un peu plus, je pense que je n’en ai pas énervé assez…- : j’accepte parfaitement les différences entre la prostitution subie — proxénétisme — , la prostitution financière et la prostitution affirmée : il me semble possible que des personnes adultes consentantes puissent exercer ce type d’activités rémunérées. Il faudrait pouvoir bannir les deux premières sans jeter l’opprobre sur la troisième. Ici aussi, une SexTech pourrait proposer des solutions.

Conclusion (évidente)

Si après lu cela, vous n’entrevoyez pas l’extraordinaire impact que peut réellement avoir un projet SexTech sur la vie des gens dans le monde, je ne sais pas trop quoi vous dire, mais on peut en discuter.

Si des entrepreneurs, en mal de projets, m’ont lu, alors j’espère que vous verrez ce que votre force du “faire” peut apporter à un projet SexTech avec une vraie vision des enjeux !

N’oubliez pas “Sex is not porn !”. Ne vous laissez pas décourager par les blocages, c’est à nous de les lever et il y a fort à faire !

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