Beyond Tellerrand — un événement sur le web, design, dev,… (édition 2018)

Ma·e
Ma·e in BeCode
May 10, 2018 · 12 min read

Pourquoi parler de ce qui s’est passé à Beyond Tellerrand ? Parce que c’est une expérience humaine, pas seulement pour les gens du web ou du design mais pour tous à mon avis. On y apprend et on y comprend beaucoup sur comment penser out of the box. En 2018, dans un monde où on ne peut pas se permettre de toujours faire pareil, où on doit se renouveler, progresser, évoluer, s’adapter et aussi innover, participer à ce grand rassemblement de gens non conventionnels est particulièrement inspirant.

Ça a commencé comme ça :

Alex : Il faut qu’on aille à Beyond Tellerrand. Moi j’y vais et je pense que tu devrais venir avec. moi : Hum cool. Alex : On peut boire des bières avec ses designers préférés, les conférences sont super intéressantes, on découvre énormément de choses, c’est super inspirant. moi : Ok, cool. Alex : Le premier soir on vide les frigos donc on boit des bières gratos, c’est trop bien. moi : Enfin moi, je bois pas mais bon… Alex : En plus, y’a un super quartier japonais où on va manger, c’est super bon. moi : SAYBONJEVIEN !!!

J’ai reparlé de cette conversation à Alex quand on était à Düsseldorf, de comment j’avais jamais vraiment compris de quoi il me parlait quand il me bassinait avec son design, sa data visualisation, son three.js. Pour moi, on avait été engagé pour former les concepteurs des websites de demain et c’était déjà un gros morceau à traiter. Mais Alex n’a jamais vraiment lâché le morceau. Et comme Alex n’est pas du genre à se passionner pour de la merde, je me suis promis qu’un jour, j’arriverai à comprendre pourquoi il me parle de ça et surtout en quoi ça me concerne. L’argument du restaurant japonais a été comme l’appât qui allait me mener vers mon épiphanie… Et putain, quelle épiphanie !

Un vrai road trip ne se déroule jamais comme prévu

Alex avait également réussi à convaincre d’autres BeCodeurs de se joindre à l’aventure avec nous. On s’est organisé en covoiturage parce que c’est moins cher et parce que c’est plus cool.

Toi aussi, t’as vu pleins de films et tu sais qu’un vrai road trip part toujours en couilles. On avait la caisse la veille, tout était en ordre. On avait notre point de rendez-vous, l’heure de rendez-vous. Le jour même, tout le monde était prêt et dans les temps. Puis soudain, le téléphone sonne. « La voiture n’est plus là ». La devanture de magasin devant laquelle la bagnole était garée n’était pas une devanture de magasin mais un garage étonnamment impeccable pour le quartier. La bagnole était à la fourrière. Sauf que le proprio de la voiture n’est pas l’un d’entre nous. Et le plus fun c’est que le proprio de la bagnole est littéralement à l’autre bout du monde. Pas grave, on va y aller en train. Sauf que c’est la période annuelle (lol) des grèves. Y’a pas de train. Pas grave, on va y aller en bus. Trop compliqué, trop chiant, trop tard. Dernière solution : la bagnole de loc’.

On arrive à 7h30, à l’ouverture des bureaux de l’agence de location pour venir retirer notre bolide. « Pas avant 10h ». Après quelques clins d’œil et quelques sourires complètement inefficaces on a compris que non, y’aurait pas moyen de moyenner. 10h, c’est 10h. Bah tant pis, attendons 10h.

Et à 10h, alors qu’on s’attendait à une nouvelle surprise du genre alerte à la bombe, invasion extraterrestre ou une déclaration de gastro incapacitante (j’étais pas loin parce que j’avais mangé des trucs chelous la veille), on a finalement réussi à partir pour putain de Düsseldorf !

Let’s get the real shit started

À peine arrivés à l’événement, on nous remet un tote bag (tu sais, les sacs en tissu) avec pleins de bordel dedans. Un t-shirt, des chaussettes, des livres, une tasse, des stylos, des stickers… Et parmi les bouquins, il y avait “24 Work Hacks… we wish we had discovered sooner” de Sipgate.

Recueil des super bonnes pratiques à mettre en place en entreprise pour ne pas s’encroûter

Ca commence fort. On est gâtés et on est gâtés avec des trucs déjà super inspirants et utiles. Crois-moi que j’ai pas encore fini de lire ce livre mais j’ai déjà envie de mettre en place la moitié des trucs chez BeCode, tant dans ma classe qu’avec les collègues. Rien que le conseil de faire venir des gens de l’extérieur régulièrement pour avoir un point de vue extérieur sur ce qui se fait ailleurs, c’est excellent. Je me rappelle qu’avant de commencer BeCode, on nous avait envoyé à Montreuil chez Simplon pour se former au métier de formateur. Je me rappelle qu’il y avait un tas d’idées que je voulais piquer et appliquer chez nous et d’autres que j’avais cerné comme étant de fausses bonnes idées. De la bonne matière pour savoir où on pouvait éventuellement aller et où ne surtout pas s’aventurer. Très instructif.

Non mais t’as vu la gueule des pass ??? Ils sont pas super classes !!! T’as ton nom, ta photo twitter et ton id twitter à l’endroit pour les gens que tu rencontres et le programme à l’envers pour que tu puisses zieuter rapidement sans te faire chier.

C’est avec beaucoup de déception qu’on a manqué la conférence sur les dangers d’être webdev. Heureusement, à peine l’évènement Beyond Tellerrand terminé, les vidéos des conférences sont disponibles sur Vimeo. Je suis actuellement en train de regarder la conférence et je dois bien avouer que ça n’a pas du tout le même impact sur moi en vidéo qu’en live.

À ceux qui se disent qu’une conférence peut se regarder sur youtube online, vous passez à côté de quelque chose d’essentiel. Toute la mise en scène de l’évènement est faite pour que vous soyez imprégné du discours du speaker. L’atmosphère, les lumières, la foule qui vous entoure, les rires complices du public jouent énormément dans le discours énoncé. L’émotion, ça joue énormément.

Je pense que jamais je n’aurais regardé la vidéo de la conférence de Mike Monteiro en ligne. Ou pas en entier. Pourtant, je te raconterai un peu plus tard combien cette conférence m’a fait beaucoup de bien à différents niveaux.

D’une situation de merde on peut toujours tirer parti

La première conférence à laquelle j’ai eu la chance d’assister était celle de Vic Lee : “No effing Failure”. Vic commence la conférence en nous expliquant qu’il a travaillé en agence de manière assez classique mais qu’à force de bosser comme une brute sur trop de projets, il a eu le besoin de prendre quelques mois de vacances. Vic n’est pas parti en vacances. Vic a profité de ce temps pour redécouvrir le plaisir de dessiner avec de simples stylo-feutres.

Aujourd’hui, Vic est illustrateur. Il a fait des illustrations sur des murs de bureaux, sur les murs de sa ville, sur des brochures pour des musées,… Et c’est lui qui a dessiné l’illustration de Beyond Tellerrand pour l’édition Düsseldorf 2018 qui se trouve sur les t-shirts qu’on nous a distribué quand on est arrivé.

Dans une certaine mesure, il m’a beaucoup fait penser à Poppy Mili, l’illustratrice qui a décoré les murs de mon actuelle salle de classe il y a un an et que j’ai l’immense joie de compter parmi mes amies.

Hacker l’obsolescence programmée

Beyond Tellerrand, c’est un évènement qui regroupe plusieurs conférences. En dehors des conférences, il y a des stands d’artistes. Les images que tu vois au-dessus sont des photos que j’ai faites au stand de Jean-Philippe Côté. Jean-Philippe est un programmeur/artiste canadien. À Düsseldorf, il a apporté une vieille bécane datant de 1986 qui allait finir aux ordures. Jean-Philippe l’a transformé en portraitiste.

Le principe est simple : une caméra te prend en photo, un ordinateur traite l’image par contraste, puis la vieille bécane, armée d’un stylo feutre, dessine ton portrait à la manière de Chappie.

Pas mal pour du matos de récupération !

Wesley Grubbs — ce moment où j’ai enfin compris Alex (partie 1)

La conférence de Wesley Grubbs portait sur l’importance de savoir dire stop, de reconnaître ses échecs et d’apprendre d’eux-même. D’où le titre de la conférence : The Importance of Failing Successfully. Mais au-delà de ça, il nous a montré ses travaux en data visualisation et j’ai compris pourquoi Alex avait tant insisté depuis un an pour qu’on propose à nos juniors de faire de la data visualisation. Parce que c’est également un des nombreux métiers du web.

Chez BeCode, sur le papier, on forme des développeurs web. Mais le parcours est ainsi fait qu’on peut très bien former des gens à devenir project manager, community manager, testeurs, développeurs en sécurité, hackeurs, web designer, front-end dev, back-end dev, full-stack dev,… Donc oui, au final, ça a du sens de connaître certains outils propre à la dataviz pour permettre à ceux qui se destineraient dans cette voie de se faire les dents dessus.

D’autant que y’a pas à chier, c’est vraiment beau quand c’est bien fait. Et pour une adepte de la vulgarisation comme moi, faire comprendre des données ou des principes compliqués avec de simples images, c’est forcément un truc que je ne pouvais qu’adorer.

Les cubes de Jared Tarbell — ce moment où j’ai enfin compris Alex (partie 2)

Un des cubes de Jared Tarbell, offert au public. Il y en avait en nombre limité. Les plus brutes ont réussi à en choper un. Ici, celui de mon collègue Anthony.

Après la conférence sur l’importance d’échouer avec succès sur fond de dataviz, la conférence sur le generative design m’a donné un second écho par rapport aux discours d’Alex. En écoutant Jared parler, j’ai réalisé que j’avais déjà vu ces œuvres d’art générées grâce aux codes, mais jamais je n’avais pris le temps de les regarder et de les observer pour ce qu’elles sont : des œuvres d’art, de vraies de véritables œuvres d’art générées grâce à des règles très simples et du hasard par un ordinateur. Quelques lignes de code pouvaient créer des formes visuelles magnifiques.

Et tu vas me dire « mais du coup, c’est quoi cette histoire de cubes ? ». Jared a eu un jour l’idée de réaliser certaines de ses œuvres numériques IRL (in real life). Ça a donné des structures géométriques qui ressemblent à des cabanes de jeux pour les gamins, des huttes d’un nouveau genre et des cubes à géométrie parfaite. L’algorithmie a donné naissance à une nouvelle forme d’art numérique et réelle par le biais de Jared Tarbell. Et si nous aussi, on se donnait la peine d’aller plus loin, de penser au-delà du réel, out of the box, beyond tellerrand

Out of the box

Quand on parle de design, on pense design web, design d’intérieur, mais on pense rarement aux designs événementiels. Kate Dawkins réalise des live performances. Durant sa conférence, elle nous a exposé son travail sur la commémoration de la troisième bataille d’Ypres et également la réflexion autour de la réalisation du spectacle Fast and Furious Live.

Claire L. Evans a parlé de la place des femmes dans l’histoire de l’informatique et surtout comment, sans les femmes, l’informatique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.

Jan De Coster nous a confié comment lui est venu sa passion pour la conception de robots, comment petit à petit il s’est interrogé sur la conscience de ses robots

Une conférence un peu plus porté sur le code a été présentée par Miriam Suzanne. Elle a évoqué son propre système de grid (Suzy) mais explique pourquoi aujourd’hui, il est plus pertinent de ne pas utiliser de système de grid

Dans quel autre endroit peut-on parler d’intelligence artificielle, de code, de Fast and Furious et de l’histoire de l’informatique le même jour ? Bah maintenant tu sais : Beyond Tellerrand.

How to build an atomic bomb, by Mike Monteiro

Putain de Mike Monteiro…

Avant de monter sur scène, il rôdait devant les premiers rangs et nous observait. Il avait déjà l’air vénère. Durant la conférence, lorsque les gens applaudissaient ou riaient, tu voyais clairement que lui n’avait pas envie de rire, pas envie d’être applaudi. Il voulait réveiller les gens, il voulait partager sa frustration et sa douleur dûes à toutes les choses qui le révoltaient. Il voulait qu’on comprenne ce que lui avait compris depuis longtemps. Il voulait, je pense, enfin se sentir moins seul dans cette océan de cynisme et d’injustice. Sa colère nous a mené vers notre propre remise en question.

Je vais pas te raconter le propos, t’as qu’à regarder la vidéo. Mais pour ma part, ça m’a conforté dans mon idée de ne pas négliger les questions d’éthique avec mes stagiaires, d’en parler absolument, d’avoir des débats à propos de l’actualité, des nouvelles lois, de la neutralité du net, du GDPR, de la censure, de ce qu’on peut faire mais qu’on ne doit pas faire. En tant qu’architectes et constructeurs du web d’aujourd’hui et de demain, nous avons une responsabilité importante. Nous avons le devoir, comme tout citoyen, d’agir avec humanité, avec conscience, avec éthique.

Design Ethics de Mike Monteiro, distribué par lui en personne durant la conférence.

Même sa manière de distribuer ce livre était rempli d’émotion. Il était révolté que ça soit toujours les hommes qui se jetent vers la scène pour récupérer les goodies. Cette fois-ci, il a invité les femmes à se lever et à venir prendre un bouquin. Les hommes n’auront qu’à l’acheter, a-t-il ajouté.

Tout est une question d’éthique, de choix, d’engagement. Rien n’est insignifiant.

Et finalement, la bouffe dans tout ça ?

Comme je te le disais au début, on est arrivé méga à la bourre, on n’avait pas mangé, on avait faim. Parmi les gens présents, je dirai qu’il y avait un pourcentage non négligeable de francophones. Et tu peux être certain que la très très grosse majorité d’entre eux connaissent Alex parce qu’Alex va à Beyond Tellerrand depuis des années et qu’il est tellement fan du concept qu’il incite tout le monde à y aller ; les gens de BeCode mais aussi les gens avec qui il était à l’HEAJ. À peine arrivés, Alex salue donc déjà des potes à lui, qui ont faim également, et qui nous embarquent au Burger King local.

Yeah ! Burger King à Düsseldorf avec les employés qui te parlent comme si t’étais de la grosse merde !

Le soir venu, le soleil se couchant, les heures de fermeture des restaurants commençaient tout doucement à être largement dépassées. J’avais repéré un restau japonais du nom de Takumi sur Internet. Facile à retenir, il s’appelle comme le restau à Ixelles où j’aime bien aller.

Le Takumi de Düsseldorf est une tuerie. On s’est pointé à 22h passées, on a repéré qu’il y avait des barrières, probablement pour les gens qui font la queue pour rentrer. Mais à cette heure-ci, un lundi, y’avait quasiment plus personne. Les plats étaient succulents même si un de mes stagiaires a été surpris par le piquant du Kimchi proposé.

C’est une fois rentrés en Belgique qu’en poussant un peu plus la recherche, on a réalisé que le Takumi est un des établissements les mieux notés de la ville, que les gens font la queue sur tout le trottoir pour y avoir une place et que le rapport qualité/prix y est exceptionnel. Pas étonnant qu’on s’y soit régalé.

Takumi in Düsseldorf

Je ne suis pas quelqu’un qui petit-déjeune. Néanmoins, quand y’a moyen de bouffer et boire des chocolats chauds sans débourser un centime, tu peux être sûr que je suis jamais bien loin. Je te parlais un peu plus haut des stands d’artistes, des stands de ventes de t-shirts et autres mais sache qu’il y avait également des stands de sponsors. Accenture était là avec ses machines à boissons chaudes grâce à qui j’ai pu profiter d’un très bon chocolat chaud. Adobe était présent également pour présenter et permettre aux participants de tester Adobe XD en plus de se régaler de leurs excellentes gaufres. Publicis nous a offert un paquet de stylos billes pour pouvoir prendre des notes pendant les conférences. Mozilla nous a gâté avec pas mal de stickers, tout comme les autres sponsors dont j’ai malheureusement oublié les noms.

Bref, on a été gâtés.

Gaufres offertes par Adobe Xd et chocolat chaud offert par Accenture à Beyond Tellerrand

TL;DR (pour conclure)

Si tu te fais chier dans ta vie, si t’as peur de tourner en rond, de toujours faire la même chose, que tu veux simplement te laisser inspirer par des gens qui ont su faire “autre chose”, si le discours bullshit sur la “réussite” te casse les noix et que t’as envie d’entendre de vrais gens parler de vraies choses, viens à Beyond Tellerrand. Sérieux, viens putain.

Pour aller plus loin


Originally published at mae.ovh on May 10, 2018.

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