If not now…
then when? : voilà le thème de la Dutch Design Week (DDW pour les initiés) cette année.
La Dutch Design Week est un événement trop méconnu en France… c’est pourtant l’un des plus importants du secteur en Europe, avec plus de 120 expositions dans toute la ville d’Eindhoven, pendant une dizaine de jours.

L’intérêt de cette semaine est de pouvoir découvrir des projets de tous les types : du projet étudiant au concept commercial, en passant par des démarches plus artistiques. L’acception du mot “design” est aussi extrêmement large : elle va de l’alimentation à la mode en passant par la céramique, les matériaux ou l’urbanisme.

Les lauréats des Dutch Design Awards de cette année sont bien représentatifs de cette diversité. Parmi les projets distingués cette année, on trouve aussi bien un tapis en textile recyclé conçu pour Adidas, que la “Puccini Method” (un guide qui fixe tous les principes pour la conception d’espaces publics de la ville d’Amsterdam), en passant par un framework open source pour des artistes ou une datavisualization pour BMW.
J’ai identifié trois grands thèmes cette année : les matériaux et matières de demain, la circularité et la résilience. Trois sujets liés à la transition écologique, et qui finissent par se rejoindre.

Les matières de demain : bio-sourcées, recyclées, vivantes
Une robe en cuir de pomme, des sacs en cuir de champignon, de la fourrure en chanvre, de la laine issue de la pulpe de bois… le végétal inspire la mode et pourrait s’imposer comme une alternative au cuir ou à la fourrure. Ces innovations restent encore au stade de l’expérimentation et beaucoup d’obstacles techniques restent à lever, mais les progrès réalisés année après année sont encourageants.
Les idées de nouveaux modes de production “circulaire” pour la mode ou la constructions foisonnent : réutilisation de la laine des pulls invendus, recyclage des “boues rouges” issues de la production de l’aluminium, emploi des mites pour recycler les fibres textiles, utilisation des résidus de la culture de la tomate, recyclage des capsules de café pour en faire un bar imprimé en 3D… Reste à voir ce qui pourra être généralisé.
Enfin, avec la fourrure végétale qui pousse sur les vêtements, un bâtiment en champignon qui “grandit”, des couleurs qui évoluent avec le temps, ou des t-shirts au charbon actif qui filtrent la pollution, faut-il se préparer à faire une place à des matières “vivantes” dans notre quotidien ?
Je passe aussi sur des concepts plus artistiques que réalistes, comme les vêtements en carton, en papier ou en céramique… À noter : un retour en force du carton, comme alternative au plastique.

La circularité : vers de nouveaux modes de consommation
Le recyclage et la réutilisation de matières premières illustrent bien le défi de la “circularité”. Mais d’autres projets (plus ou moins enthousiasmants) vont aussi dans ce sens, comme le “BoeteBurger”, avec des vers permettant de composter le polystyrène… avant d’être transformés en burgers.
Dans un autre genre, le projet Re:Source, à Rotterdam, cartographie, à l’échelle de la ville, les déchets et résidus urbains pour leur trouver de nouveaux usages. Re:Use Material propose de lister les différents composant d’un bâtiment pour anticiper leur ré-emploi lors d’une démolition future (en utilisant la Blockchain et le BIM). A noter : le gouvernement des Pays-Bas a fixé l’objectif ambitieux de basculer dans une économie totalement circulaire d’ici à 2050…
L’achat d’occasion et la réparation sont aussi des pratiques de plus en plus populaires. Le projet étudiant Studio Mend, propose ainsi un concept de réparation de vêtements, quand la designer Chloe Severien imagine des habits qui se renouvellent de façon permanente.

La résilience : anticiper et résister au changement climatique
Cette année, les designers semblent avoir acté l’irrémédiabilité du changement climatique. Si les matériaux biosourcés ou le développement d’une économie circulaire peuvent laisser espérer une réduction des émissions de CO2, ce ne sera pas suffisant. Pour alerter, Matthijs Geurds présentait une installation apocalyptique (“Posthistorical Gallery”), tandis que le “storyteller” Ingmar Schröder imagine une histoire autour d’un parapluie.
Plus enthousiasmant (quoique), l’Urban Eden Lab développe des concepts et des solutions pour adapter les villes au réchauffement climatique, en les végétalisant. A Amsterdam, “Schoonship”, dont la construction est en cours, se présente comme un prototype de ville résiliente, avec 46 maisons flottantes (pour résister à une éventuelle montée des eaux ?), qui produisent de l’énergie et se la partagent grâce à la blockchain…
Bref, le thème de la crise climatique n’a pas finit d’inspirer (et c’est une bonne chose) : espérons que des idées viables puissent émerger rapidement et se généraliser, au risque de sombrer dans le défaitisme et le fatalisme.

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Benoit Zante
@bzante

