Education : le remède est à notre portée.

A nous de nous en emparer, enfin.

Remembering a legend, by Pallab Seth

Le grand marronier de l’éducation est la publication d’études faisant le bilan de son état. 2016 n’a évidemment pas échappé à la règle. Depuis le rapport CEDRE sur les compétences langagières sorti fin décembre 2015 jusqu’au dernier volet PISA, en passant par l’étude TIMSS et les différentes publications du CNESCO et de l’Institut Français de l’Education, celle-ci a été particulièrement riche en déconvenues : notre système semble être l’un des plus inégalitaires parmi les pays de l’OCDE, incapable de transmettre les compétences élémentaires en compréhension écrite et orale, en mathématiques et en raisonnement scientifique.

A chaque nouvelle publication, un flot d’articles sur l’éducation inonde les média nationaux. Si nous prenons le dernier rapport PISA sur les compétences en mathématiques et raisonnement scientifique, celui ci a fait l’objet d’au moins une vingtaine d’articles dans les grands journaux français (dans Le Monde, dans Marianne, dans Le Figaro, dans Le Point, dans Le Parisien, etc.). Tandis que pour l’édition précédente, l’ambiance était à l’alarmisme révolté, cette année tous ont le ton tiède de la lassitude.

Post PISA, école triste.

Les années passent et malgré l’engouement que ces résultats suscitent, rien ne semble changer. Alors que les problèmes de notre système éducatif font grand bruit et déclenchent une série de déclarations, de projets, d’initiatives locales ou globales, un nouveau rapport vient invariablement confirmer le statu quo. Les appels à l’action des enseignants, des parents, des experts restent sans réponse. Et les failles de l’éducation française semblent insolubles.

Pourtant, des solutions existent.


En France, de nombreux laboratoires travaillent depuis des années sur les enjeux liés à l’éducation. En sciences cognitives, en sciences de l’éducation, en neuropsychologie de l’enfant, une masse imposante de résultats scientifiques est publiée chaque année. Les chercheurs apportent des résultats concrets sur la perception, l’attention, la mémoire, le comportement social, le développement cognitif, l’apprentissage de la lecture et des mathématiques… tous les ingrédients d’un apprentissage réussi.

Si ces recherches étaient appliquées, leurs effets sur l’apprentissage seraient considérables. Pourtant, elles dépassent rarement le cadre des journaux spécialisés dans lesquels elles sont publiées. Plus surprenant, ces recherches précèdent parfois d’une décennie les rapports officiels pointant les problèmes éducatifs auxquels elles pourraient répondre, comme dans le cas de la méthode syllabique et de PISA 2012.

Cette année le constat est le même. Voici quelques réponses qu’apportent les chercheurs aux problèmes pointés par la cuvée 2016 des études PISA, TIMSS et consorts.

39% des élèves sont incapables d’identifier le sujet principal d’un texte à la fin de l’école primaire.”

Hélène Labat mène des recherche sur l’apprentissage de la lecture. Elle a montré que l’enfant apprend mieux les correspondances entre les sons et les lettres s’il sollicite pour ce faire plusieurs de ses sens. Or, cette correspondance lettre/son est un pré-requis essentiel de la lecture et son entraînement améliore la capacité des enfants à lire. En proposant des supports et des méthodes qui mobilise plusieurs des sens de l’élève lors de l’acquisition des correspondances lettre/son, nous pourrions améliorer son apprentissage de la lecture et la compréhension des textes lus.

“22% des élèves sont peu performants en raisonnement scientifique.”

Calliste Scheibling-Sève réalise une thèse sur la flexibilité cognitive. Elle a développé une méthode d’entraînement qui améliore la capacité de l’élève à analyser de plusieurs manière une situation donnée. Cela lui permettra ensuite de choisir le point de vue le plus pertinent en fonction du problème à résoudre. En proposant à l’enfant des exercices qui entraînent cette flexibilité, nous pourrions améliorer la qualité des raisonnements scientifiques qu’il produit.

“Les enfants vivant dans des familles culturellement et socialement défavorisées disposent d’un environnement moins favorable au développement du langage.”

Nawal Abboub a consacré ses recherches à la capacité du très jeune enfant à analyser et manipuler les sons de la langue. Celle ci permet à l’enfant de différencier les mots prononcés au sein d’une phrase. En stimulant cette capacité chez le jeune enfant, nous pourrions d’une part améliorer la compréhension de sa propre langue mais aussi faciliter l’apprentissage des langues étrangères.

“L’incidence des nouvelles technologies sur la performance des élèves est mitigé.”

Sandra Nogry étudie la manière dont enseignants et élèves s’approprient les technologies numériques en classe. Elle a notamment suivi pendant 2 ans et demi une classe mobile de primaire à Saint-Denis. Elle a co-écrit un rapport dans lequel sont analysés les facteurs qui favorisent ou entravent l’utilisation du numérique en classe. En prenant en compte ce type de recommandation de manière systématique dans l’actuel déploiement du numérique à l’école, nous pourrions améliorer son impact sur les apprentissages.

“L’école française amplifie les inégalités sociales.”

Pour enrayer le déterminisme social, une grande majorité d’étude recommande la mise en place de pédagogies différenciées adaptées au besoin de chaque élève. Le professeur devant délivrer simultanément le même enseignement à un grand nombre d’élèves, c’est un objectif difficile à atteindre sans support approprié.

Jean-Marc Meunier est un chercheur qui étudie la structure des connaissances et la conception d’environnements d’apprentissage. Il travaille actuellement au développement d’une ontologie pour aider à l’apprentissage des statistiques. Cet outil structure différentes ressources pédagogiques en fonction de leur relation. Une fois abouti, ce projet permettra le développement de dispositifs d’apprentissage adaptatif, proposant à l’élève la ressource dont il a besoin en fonction du travail qu’il produit. En encourageant le développement de ce type de support de cours, nous pourrions proposer aux enseignants des outils réellement innovants pour lutter contre les inégalités.


Ces solutions sont capables de faire avancer l’éducation dans le bon sens et ne demandent qu’à être appliquées. Les chercheurs qui en sont à l’origine vous les présentent le 20 janvier lors de la soirée BeyondLab Education. Pour que ces projets puissent aller encore plus loin, ils ont besoin d’expertises et de compétences complémentaires aux leurs.

Venez apporter votre expérience d’enseignant, d’entrepreneur, de designer, d’ingénieur, de chercheurs en informatique, en traitement du signal, en intelligence artificielle... Amenez votre regard neuf, déterminé et passionné, aiguisé par l’envie d’améliorer durablement l’éducation.

Le remède aux limites de l’éducation ne se trouvera pas dans un ailleurs idéal, un passé embelli ou un futur utopique. Il s’élabore ici et maintenant.

En serez-vous ?

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