Ne passez pas par la case départ

Ne recevez pas 20000 F

Hasard (ou complot), mes dernières lectures/heures perdues sur Youtube/ podcasts radio ont tous évoqué à un moment donné ce drôle de sujet : la prison.

Causons donc de l’idéal carcéral révolutionnaire, des fiches de paie en taule et de la difficulté de mettre du soin en prison.


Entrez libre, exposition dans le greffe de l’ancienne maison d’arrêt de Nantes (photo : Floriane Brémond)
“Ce n’est qu’avec l’idéologie des Lumières que la prison a émergé comme une forme généralisée de contrôle social”

Le Labo des Savoirs a enregistré une émission au sujet de l’enfermement en juin dernier avec la présence de David Niget, maître de conférence à l’université d’Angers. Ses travaux de recherche portent sur la jeunesse délinquante et les lieux d’enfermement.

Figurez-vous que mettre des gens en prison n’est pas une idée si anodine. Il fut un temps où les réfractaires à la loi étaient punis par l’exil ou par la peine de mort. L’emprisonnement était réservée à un délit bien particulier : l’endettement. Les proches mis sous pression payaient alors pour libérer le prévenu de ses arriérés.

C’est là une des idées des Lumières. La démocratie participe à l’émancipation des citoyens en leur garantissant libertés et droits. Quiconque n’en est pas responsable sera alors privé de son droit le plus fondamental : la liberté. Il s’agissait d’établir un punition équitable. Et de pousser la société à l’autodiscipline face aux peurs que la prison peut provoquer. Bref, bien se tenir de peur d’être envoyer au trou.

Bon ça c’est pour la partie idéal. Mais dans la pratique, les prisonniers sont privés de bien plus que de leur liberté : peu de droits leur restent, leur dignité est mise à mal et l’objectif de la prison devient finalement de détruire cet ennemi qui s’est créé à l’intérieur même de la société.

Vous l’aurez compris, une émission très riche où il est question des lieux d’enfermement en général, de leur effet sur le corps et l’esprit. Et d’anticipation : comment la prison va-t-elle évoluer ?

Le lien entre art et prison est aussi discuté tout au long de cette conversation qui évoque le projet “Entrez libre” du Voyage à Nantes. Des artistes se sont enfermés dans la maison d’arrêt du centre ville, désaffectée depuis 2012, afin de faire sentir à leur façon l’univers carcéral.

La suite, c’est par ici :


Fais pas de connerie, paie tes dettes (image : ccPixs.com)
“Les règles qui sont prescrites pour organiser l’économie en prison sont assez peu respectées. Les règles sont tellement strictes qu’il est en fait presque impossible de les faire respecter totalement. En tolérant certaines pratiques, l’administration pénitentiaire se réserve le droit et la possibilité de serrer la vis à un certain moment et de sanctionner certaines pratiques interdites.”

La chaîne Stupid Economics a récemment publié une interview de Melchior Simioni, doctorant en sociologie économique. Il étudie les échanges économiques au sein des prisons.

Peut-on être fauché en prison ? Il faut savoir que la circulation de l’argent n’y est pas autorisée : les prisonniers disposent d’un pécule, une sorte de compte courant géré par l’administration. Il va permettre de pouvoir acheter certains biens de consommation durant la détention : des cigarettes, de la nourriture pour améliorer la qualité des repas, de la lecture, un frigo, une télévision, etc. Ce pécule est alimenté par des virements extérieurs, certaines aides de l’état ou par le travail du prisonnier.

Car oui, les prisonniers travaillent ! Environ 50% des personnes incarcérées en maison centrale (peines longues et détenus difficiles) travaillent. Ce chiffre diminue dans les établissements pour les peines courtes. Certains vont être affectés à des tâches au sein même de la prison alors que d’autres seront placés dans des ateliers pour des entreprises. Cette vie active ne donne pas droit à un contrat de travail, et apporte une rémunération faible (légalement entre 20% et 45% du SMIC).

Et devinez quoi, on retrouve le même schéma que dans la vraie vie : des inégalités de richesse, des aides proposées pour subvenir aux besoins courants, des dettes et le foisonnement d’une économie informelle. Cette situation est alors utilisée par l’administration comme levier de contrôle supplémentaire sur les prisonniers.

La suite, c’est par ici :


La Prison en chiffres — Jochen Gerner et Manon Paulic (Le 1)
La réinsertion est un mot qui n’existe pas en prison. Il n’y a pas de réinsertion. La prison est un lieu de gardiennage. On essaye d’y tenir les gens au calme, avec des cachets si besoin, mais rien n’est fait pour qu’ils aillent mieux. Si vous n’étiez pas fou avant d’entrer, il est possible que vous le deveniez là-bas…

Pour finir, c’est l’hebdomadaire Le1 qui consacre un numéro à la prison, en convoquant comme à chaque fois plusieurs points de vue : littérature, philosophie, politique, journalisme et science. La parole est donnée notamment à Véronique Vasseur, membre de l’Observatoire International des Prisons. Elle a été médecin-chef à la prison de la Santé durant 8 ans.

Ainsi, depuis 1993, le code pénal fait la différence entre abolition et altération du jugement par des troubles psychologiques. Dans le premier cas, le prévenu est condamnable, mais sa peine pourra être réduite du fait de circonstances atténuantes. Dans le second cas, le prévenu n’est pas considéré responsable pénalement et il sera envoyé en hôpital psychiatrique. C’est donc sur cette frontière ténue que va se différencier un prisonnier d’un patient. Sachant que l’un peut être l’autre.

Aucune statistique sérieuse ne permet de savoir exactement la proportion de personnes réellement atteintes de troubles profonds en prison. Ce problème est très compliqué à prendre en main, car même si des dispositifs particuliers ont été mis en place, ils ne peuvent aujourd’hui accueillir qu’un nombre restreint de personnes.

A priori, relativement peu de personnes avec ces handicaps se trouvent en prison. Mais de nombreuses autres sont dépressives, anxieuses, accro, etc. Contraintes budgétaires, situations tendues, complexités administratives, surpopulations : tous ces facteurs empêchent une réelle prise en charge des pathologies psychiques dans le monde carcérale. Et la possibilité pour les prisonniers d’aller mieux. C’est pourquoi les cachets sont utilisés à tout va : près de 70% des détenus de la prison de la Santé étaient sous traitement au départ de Véronique Vasseur.

Plus de détails sur ce sujet, des témoignages, des chiffres et des idées à la pelle dans ce numéro de l’hebdomadaire Le1 consacré à ce sujet :


Pour aller plus loin