Une petite déprime à 331 millions d’euros

Pourquoi les scientifiques commencent à s’inquiéter. Et pourquoi d’autres devraient en faire autant.

#makeourbudgetgreatagain

Depuis une petite semaine, la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) comment à s’agiter, notamment sur la toile. Et pour cause, les restrictions budgétaires annoncées par le gouvernement annoncée par la ministre.

Cela sonne très mal, après l’annonce de la “sanctuarisation” du budget de la recherche et la volonté d’augmenter les moyens des universités par Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle.

Cédric Villani a rapidement publié un communiqué sur son blog. Lui qui avait notamment signé une tribune dénonçant “un suicide scientifique et industriel” en mai 2016 lorsque des mesures semblables étaient envisagées par le gouvernement précédent, est maintenant député de la majorité et président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Il s’empresse de dissocier les deux situations :

Capture d’écran du blog de Cédric Villani

Finalement ce chiffre serait un peu exagéré selon lui, et le resserrement du budget de la recherche “stricte” serait moins ample que ce qui se lit dans les journaux.

Bon, alors qu’en est-il exactement ?

Il y a en effet, deux types de programmes : ceux pilotés exclusivement par le ministère de la recherche (formation universitaire, vie étudiante, financement de la recherche, spatial) et ceux en collaboration avec d’autres ministères (défense, industrie, environnement et agriculture).

Voici ce que donne la répartition des économies sur ces différents programmes :

Vu que les intitulés ne sont pas forcément super clair, en voici un autre avec un plus de détails :

De prime abord, tous les secteurs liés à l’innovation sont touchés. Pas uniquement la recherche.

Des programmes qui concernent aussi le transfert technologique, les pôles de compétitivité, les énergies renouvelables, le militaire, la fiscalité liée à l’innovation, etc.

Après, vous en vous en doutez bien, les crédits du ministère ne sont pas répartis uniformément. Voici donc pour illustrer l’impact du coup de rabot sur les différents programmes :

Comme nous l’avait dit Cédric Villani, les programmes “stricts” du MESR sont ceux qui sont les moins touchés. Les programmes touchant aux missions interministérielles (notamment le transfert vers l’industrie) sont quant à eux les plus sollicités.

Néanmoins, des fonds initialement prévus pour financer des projets de recherche, des formations universitaires (et les personnels dédiés) et des initiatives de transfert sont juste supprimés.

Le plus incroyable étant qu’une partie non négligeable soit présentée comme “mise en réserve”. Une réserve de 160 millions, cela commence à occuper un gros tiroir.

Pour rappel, 160 millions d’euros, c’est environ 40% du budget de l’ANR (Agence Nationale de la Recherche, principale source de financement public de la recherche). C’est aussi 100 millions d’euros de plus que le montant des subventions distribuées dans le cadre de l’opération #MakeOurPlanetGreatAgain pour attirer les chercheurs étrangers…

Mais prenons un peu de hauteur, cet objectif d’accroître l’investissement dans la recherche ne date pas d’hier :

Parce que cela paraît très compliqué de mettre en avant sans cesse la nécessité d’innovation et d’y mettre effectivement les moyens, le collectif RogueESR nous invite à envoyer un message de soutien à la ministre Frédérique Vidal.

Et de lui rappeler sa déclaration :


Le mot de la fin pour rigoler :


Affaire à suivre :


Merci à Clément pour ses relectures attentives.

Pour aller plus loin :

  • le financement via l’ANR, un grosse loterie incontournable mais avec peu de budget (article de 2014, toujours d’actualité)
  • parce qu’il faut reconnaître que les coupes budgétaires sont un poil plus préoccupantes aux US