entretien avec Gautier Marin, Cosmos Product Engineer
Cosmos, un pas de géant vers l’adoption de masse de la blockchain ?

La technologie blockchain souffre de nombreuses limites qui freinent son adoption par le grand public. Cosmos se présente aujourd’hui comme une solution qui pourrait accélèrer considérablement la diffusion de cette innovation. On vous explique comment avec Gautier Marin, ingénieur produit chez Cosmos Network.
Bitcoin a inventé la blockchain, Ethereum l’a ouverte aux développeurs, quelle évolution entend offrir Cosmos Network ?
Nous avons 3 buts principaux, qui découlent des 3 problèmes majeurs auxquels l’écosystème blockchain fait face actuellement:
- Permettre aux développeurs de développer leur propre blockchain. Aujourd’hui, la plupart des développeurs développent leurs applications décentralisées sur des blockchains pré-existante comme Ethereum. Nous pensons que pour beaucoup de cas d’usages, il est plus intéressant de développer son application sur sa propre blockchain. Une application pour une blockchain.
- Permettre aux blockchains de communiquer entre elles. Actuellement, les blockchains évoluent en silos. Cela signifie qu’il n’est pas possible de faire communiquer deux blockchains de manière décentralisée. Nous souhaitons rendre la communication inter-blockchain possible et, à terme, construire un nouvel internet, un internet de blockchains.
- Permettre aux blockchains de monter à l’échelle. La fameuse problématique de la scalabilité. Nous proposons de la résoudre par deux moyens. D’abord, en passant les applications sur leur propre blockchain et en améliorant la technologie qui les sous-tend. C’est ce qu’on appelle la scalabilité verticale. Ensuite, en exploitant l’architecture multi-chain de Cosmos pour augmenter le débit de chaque application. C’est ce qu’on appelle la scalabilité horizontale.
Vous parlez de permettre aux développeurs de construire leur propre blockchain ? Comment rendez-vous cela possible, et pourquoi n’était-ce pas possible avant ?
De manière très simplifiée, une blockchain possède 3 couches. La couche réseau, la couche consensus, et la couche application. En 2014, construire une blockchain impliquait de construire les 3 couches depuis le début, ce qui représentait une quantité de travail conséquente. Nous avons donc développé un produit permettant de simplifier le processus de développement: Tendermint. Tendermint fournit les couches réseau et consensus, de telle sorte que les développeurs n’ont plus qu’à se concentrer sur la couche application. Le fait qu’ils n’aient plus qu’à se concentrer sur la couche application leur économise des centaines d’heures de travail. Ce n’était pas possible avant car personne n’avait construit de “moteur blockchain” similaire. Nous avons d’autres outils logiciels permettant de simplifier encore plus le développement de blockchain, comme le Cosmos-SDK, mais Tendermint reste le bloc principal. Avant, développer une blockchain prenait des mois. Maintenant, cela prendra des jours.
Quels seront les bénéfices de Cosmos pour le grand public ?
Nous sommes un protocole bas niveau. Cela signifie que notre cible principale sont les développeurs. Le grand public bénéficiera de Cosmos au travers de toutes les applications qui seront développées en son sein. Nous voulons donner les moyens au développeurs de développer des applications décentralisées qui soient rapides et interopérables et, par conséquent, utilisables par le grand public. Nous pensons que c’est indispensable pour atteindre une adoption de masse.
Vous décrivez Cosmos comme un « internet des blockchains », pouvez-vous expliquer l’architecture de Cosmos comme si vous l’expliquiez à votre grand-mère ?
Tout d’abord, il faut préciser que Cosmos est le nom qui désigne le réseau de blockchains. Cosmos n’est donc pas une blockchain. Dans ce réseau, il y a une multitude de blockchain qui font chacune tourner un ou plusieurs services décentralisés. Pour connecter les blockchains entre elles, nous avons développé un protocole appelé IBC (Inter-Blockchain Communication Protocol). Ce protocole permet d’établir une connexion directe et décentralisée entre deux blockchains.
Nous savons désormais connecter deux blockchains entre elles de manière décentralisée. De là, comment passer à un réseau, à un internet ? Une solution simple serait de connecter chaque blockchain avec toutes les autres. Malheureusement, établir une connexion n’est pas gratuit, et connecter toutes les blockchains entre elles ne serait pas soutenable à long terme. Si le réseau comportait 100 blockchains, cela ferait 4950 connexions!
Nous avons donc proposé une autre architecture pour Cosmos. Cette architecture s’appuie sur deux types de blockchains: des Hubs et des Zones. Les Zones sont des blockchains faisant tourner une ou plusieurs services décentralisées. Les Hubs quand à eux, sont des blockchains construites spécifiquement pour connecter les Zones entre elles. Par conséquent, si je crée ma blockchain sur Cosmos, je n’ai qu’une seule connexion à établir avec un Hub pour avoir accès à toutes les blockchains qui lui sont attachées. Nous sommes actuellement en train de développer le Cosmos Hub, qui sera la premier Hub dans Cosmos et donc le déploiement marquera le lancement du réseau.
Pouvez-vous nous raconter comme est organisée la communauté Cosmos ? Quels sont vos financements et quel est son fonctionnement ?
Bien sûr ! Comme les autres plateformes pour développeurs, nous sommes une communauté décentralisée. Toute personne qui lance son application sur une blockchain connectée aux autres via les outils fournis par Cosmos est considérée membre de l’écosystème.
Chaque blockchain dans Cosmos constitue son propre sous-écosystème indépendant des autres blockchains. C’est d’ailleurs un des principaux points forts de Cosmos. Toute blockchain peut se connecter avec les autres tout en gardant sa souveraineté. La gouvernance est spécifique à chaque blockchain. Les décisions de l’une n’impactent pas celles des autres.
Enfin, en ce qui concerne le financement, nous avons fait une levée de fond publique en Avril 2017. Les tokens qui ont été distribués sont appelés Atoms, et permettent de sécuriser le Cosmos Hub. Les fonds levés ont été donnés à une fondation appelée Interchain Foundation, dont le rôle est de garantir le développement de l’écosystème. Tendermint, l’entreprise pour laquelle je travaille, est actuellement contractualisée par la fondation pour développer le Cosmos Hub, mais toute entreprise peut prétendre à être financée par la fondation sous réserve qu’elle travaille à développer l’écosystème Cosmos.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les différents tokens de Cosmos?
Cosmos sera un écosystème multi-tokens. Nous pensons que chaque blockchain qui se lancera dans Cosmos aura un ou plusieurs tokens, et nous pourrons également ramener les tokens existants comme Bitcoin ou Ether sur le réseau.
Pour ce qui est du Cosmos Hub, la première blockchain dans Cosmos, le token principale est Atom. Les Atoms permettent de sécuriser le Hub via la preuve d’enjeu (Proof-Of-Stake). Ceux qui bloquent leurs Atoms pour participer à la sécurisation du Hub seront récompensés en Atom nouvellement créés ainsi qu’en récoltant les frais de transactions des utilisateurs du Hub. Il n’y a pas de minimum d’Atom à posséder pour participer.
Il y aura d’autres tokens sur le Hub. En réalité, les frais de transactions pourront être payés dans une multitude de tokens. L’un de ces tokens s’appelle le Photon, et sera distribué aux détenteurs d’Ethers lors d’un évènement unique appelé Hard Spoon. La date du Hard Spoon sera annoncée après le lancement officiel de Cosmos.
Une fois que le main network sera lancé, quelles seront les grandes lignes de votre stratégie « go-to-market » ?
Notre but est d’avoir la plus grande communauté de développeurs possibles. Cela passe tout d’abord par le développement d’outils de grande qualité et d’une bonne documentation.
Dans le même temps, nous nous attacherons à garantir la sécurité du Cosmos Hub. Le Cosmos Hub sera la première blockchain dans le réseau Cosmos, et servira probablement de point de connexion pour toute les blockchains à court et moyen terme (après, d’autres Hubs émergeront probablement). Cela deviendra donc une colossale pool de liquidités, et il nous faudra garantir son intégrité.
Ensuite, nous allons connecter l’écosystème Cosmos avec les autres écosystèmes blockchains. Le premier écosystème que nous allons connecter sera l’écosystème Ethereum. Cela passera par le développement de peg-zone, pour connecter la chaîne Ethereum principale, et de Ethermint, une blockchain faisant tourner la machine virtuelle de Ethereum et compatible avec IBC.
Enfin, la fondation se chargera de garantir la pérennité de l’écosystème à travers la production de matériel éducatif et d’investissements stratégiques.
Un dernier mot pour ceux qui iront s’informer sur Cosmos après la lecture de cette interview ?
Pour ceux qui souhaitent creuser plus en détails, je conseille ces trois ressources:
- https://blog.cosmos.network/understanding-the-value-proposition-of-cosmos-ecaef63350d
- https://blog.cosmos.network/why-application-specific-blockchains-make-sense-32f2073bfb37
- https://cosmos.network/docs/resources/whitepaper.html
Et bien sûr, n’hésitez pas à visiter notre site et à nous suivre sur Twitter
Propos recueillis le 06/08/2018 à Paris.
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