
[REPORT] I LOVE TECHNO : DES SONORITES QUI FONT TREMBLER LE SUD
Le week end dernier se tenait la toute première édition d’I Love Techno Europe, une fusion des festivals I Love Techno et I Love Techno France. Plus de 20000 adeptes de musique électronique attendaient cet événement avec impatience, non sans appréhension. L’année dernière, les festivités furent annulées quelques heures avant l’ouverture des portes, un goût amer qui a laissé les intéressés au début de l’apéro.
Après ces péripéties, l’équipe organisatrice Live Nation se devait de concocter pour les plus féroces amateurs de techno, une programmation à la hauteur des déceptions. L’annonce des premiers noms, nous faisait déjà saliver à l’idée d’admirer ces têtes d’affiches faire leur show. Paul K, Nina Kraviz ou encore Tale of Us, des artistes ayant mixé dans les plus grands clubs de la planète. Notamment au Berghain, l’un des rendez-vous nocturnes les plus prisés de la capitale berlinoise.
Impatients, nous arrivons le samedi peu après le lancement des premières sonorités dans le Parc des expositions de Montpellier. Dès l’entrée dans le tramway qui nous emmène tout droit vers le paradis de la techno, l’ambiance prend déjà une allure très énergique. Pour une fois, le trajet se déroule sans incident majeur, conjuguant joie, excitation et bonne humeur. La foule qui chantait au début, finie par crier et s’esclaffer à la fois. C’est avec entrain que l’on se dirige vers l’entrée du site et que l’on observe, surpris, les pompiers qui stationnent au point d’arrivée. Une organisation préventive et très rassurante qui s’accompagne, à l’intérieur, d’une sécurité discrète mais bien présente. Les points d’eaux sont nombreux et placés de manière très stratégique. Pour le moment rien ne manque à l’appel.

L’enceinte est vaste et ressemble à une fourmilière ou encore à un vrai labyrinthe. Dans le hall d’entrée, tout le monde cherche son chemin. Certains s’arrêtent pour savourer une dernière cigarette tranquillement, pendant que d’autres se dirigent vers la grande salle où se déroule le début du show. Le DJ montpelliérain EFIX ouvre la cérémonie depuis la Red Room, plus grande salle du festival. Un clin d’oeil qui ne le laisse pas indifférent puisque l’artiste arbore un sourire honoré derrière ses platines, à l’occasion de ses 26 ans. A 20h, c’est un public puriste qui l’accueille dans son set rythmé de basses imposantes et entrainantes.
De là, s’enchaine un marathon entre les trois salles. La foule se mélange, les âges s’entremêlent, celui qui attend ses potes au bar sympathise avec celle qui commande sa bière.. Les passionnés jonglent entre Red, Green et Blue Room où se produisent pour la suite des hostilités Tomsize, DJ Tennis, Alesia et N’to. De la dubstep à la techno, le panel de sonorités en satisfait plus d’un.
A 22h30, l’arrivée de Paul K à la Red Room lance un mouvement de foule gigantesque. Ses titres Aaron et Sky and Sand laissent un suspens intense à un public déjanté, en totale adéquation avec l’espace environnant. Le maitre s’impose et obnubile la salle en mélangeant ses classiques et ses nouveaux morceaux. Le set nous guide vers la scène mais il est difficile d’y accéder sans se faire piétiner et balader entre les corps en trance.
L’artiste transporte les spectateurs à la manière de Tale of Us. Le duo italien procède à une montée en puissance identifiée par une ambiance très psychédélique. Des visuels totalement abstraits, une musique légèrement planante… Tout coincide parfaitement, jusqu’au boum explosif qui lance une vague d’excitation dans la fosse dansante.

Au même moment, Bambounou et French Fries s’emparent de la Green Room à la manière d’un featuring majestueux. Les compères s’évadent dans une musique aux tendances minimales qui varie des propositions avancées depuis quelques heures. Mais la transition ne choque en rien et laisse une liberté de plus dans le thème de la soirée afin que chacun y trouve son compte. Il en est de même à la Blue Room où Savant et Borgore imposent un style un peu plus « brut de décoffrage », de quoi défouler et ravir les plus intenables. Des rythmes plus saccadés et plus rapides se font ressentir. Il est 1h30, on retrouve un peu de convivialité dans la Green, les Birdy Nam Nam vont bientôt faire leur apparition.
Ces derniers devancent Vitalic. Les shows transpirent la pêche et le professionnalisme mais une chose nous gêne et subsiste : la déception quant à leurs productions, dépassées comparé au line-up « jeune » et aux réalisations « contemporaines ».
Après mûre réflexion, l’envie de filer vers d’autres horizons se fait ressentir. Aux alentours de 2h15, on tombe sur un attroupement qui ne sait sans doute pas ce que veut dire le mot « immobile ». Dégageant des vapeurs de Drum’n’Bass, le DJ et producteur londonien Wilkinson orchestre une interaction avec les amateurs de basses. Dans la Red Room, Len Faki crée la même relation avec son public. L’ambiance y est plus énervée. Les sonorités semblent reprendre Confusion de New Order, titre remixé à la manière d’un son rave dans le film Blade, un moment dark sans prétention (sans le bloodbath, s’il vous plaît).

04h30 : Un rafraichissement s’impose avant de nous imprégner des derniers instants avec en prime, un live de Nina Kraviz. Après quelques minutes d’attente, le stock de bières est épuisé. C’est l’une de leurs principales recettes, nous avons du mal à croire que l’organisation se soit trompées dans les calculs. Les points d’eaux sont assaillis, une douche collective va bientôt prendre forme, la pluie se chargera des détails manquants.
Pour finir ce festival en beauté, nous décidons de partager notre temps. Nina de 4h à 5h et à la suite, Paranoid London jusqu’à 6h. A l’apogée de la nuit, la Djette projette une ambiance de rêve et laisse le son transporter les corps dans un mécanisme de fluidité et de souplesse absolue. Plus personne ne semble concentré ou attentif, à l’image d’une séance d’acupuncture ou d’hypnose. Un vrai voyage à travers les différends mondes que la jeune russe ne semble pas avoir de difficulté à distinguer.
C’est à 5h pour clore le spectacle que l’on rejoins la Blue Room, espace dans lequel nous n’avons pas encore trouvé la pépite qui saura ravir nos oreilles. Paranoid London en pleine action, nous surprend. Nos corps sont happés par des fréquences poignantes et acharnées qui ne nous laisse pas d’autres choix qu’être transportés dans un groove rythmé et démentiel, au-delà des cieux, tels des robots. Plus rien ne se commande de la même manière que le spectacle de Nina Kraviz. Les deux sets sont en concordance et propose une continuité auditive à qui voudra divaguer entre les espaces.
Même si la programmation d’I Love Techno Europe ne fut pas la meilleure dans la totalité des éditions, les têtes d’affiches ont donné un coup de punch au line-up et fait pétiller plus d’un regard. La répartition des artistes dans les Red, Green et Blue Room ne fut pas celle des années précédentes. Un détail qui a supprimé l’équilibre des styles mais qui a néanmoins donné plus d’identité à chacune des salles. Le public y a, semble-t-il, trouvé son bonheur. Bercé par l’énergie des DJs participants et des sets enflammés, ce festival continue de séduire, au point d’en devenir un mythe à l’international.
Mélissa Blum