Premiers secours : combattre les premiers signes de burnout

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Vous vous sentez épuisé-e depuis quelques temps, votre travail vous pèse, vous reportez tout à plus tard et avez levé le pied sur les sorties entre amis, voire abandonné votre petite session de course à pied habituelle. Vous avez mal partout, vous attrapez tous les virus qui passent et vous faites souvent des rêves où tout va mal au travail…

Notre génération d’actifs souffre de tout un tas de petits tracas liés de près ou de loin au travail. Parfois, ces tracas se transforment en montagnes et vous ne savez plus par quel bout prendre les choses. Certains symptômes peuvent sembler anodins, d’autres se cumulent et deviennent vite ingérables. Dans tous les cas, il faut agir vite avant de sombrer plus bas.

Ce billet est le développement des 5 actions à court-terme élaborées par Marie-Cécile et Goulven pour la conférence “Guérir le burnout, c’est possible !”, d’après leurs lectures et recherches sur le burnout. Ce sont 5 conseils pragmatiques qui peuvent permettre, selon eux, de soulager un tant soit peu une personne en souffrance, quel que soit son degré d’épuisement professionnel.

Exprimez-vous !

Quel que soit son degré, le burnout est souvent accompagné d’un déni de l’état dans lequel on se trouve. Pourtant, la souffrance est là, et quand les symptômes sont à leur pic, on a du mal à les contenir. Dans le fait de vous exprimer, de verbaliser votre souffrance, vous trouverez peut-être plusieurs déclencheurs efficaces :

  • vous ne serez plus seul-e face à vos symptômes,
  • votre entourage prendra conscience de quelque chose qui était invisible pour eux jusqu’à présent,
  • vous pourrez prendre conscience vous-même de votre état d’épuisement,
  • vous pourrez donc solliciter de l’aide autour de vous.

Écrivez, parlez, faites sortir votre ressenti. Ne restez pas seul-e dans votre souffrance. Nous pouvons accueillir votre témoignage, anonyme ou pas, dans notre communauté d’entraide.

Dans l’isolation qui accompagne le burnout, on ne voit plus que dans notre entourage, il peut y avoir des personnes tout à fait disposées à nous aider. Seulement, on s’interdit de leur en parler : la pression sociale à la perfection et à la force mentale sont des obstacles immenses à l’acceptation de notre propre vulnérabilité, symbole de faiblesse (pourtant à tort). Sollicitez votre manager, votre patron, votre supérieur-e : peut-être feront-ils/elles preuve d’une bienveillance et d’une compréhension que vous n’aurez pas anticipé ! Votre médecin peut également se révéler d’une grande écoute et peut parfois être très bien sensibilisé-e à la problématique de l’épuisement professionnel. Si vous vous sentez à l’aise avec cela, parlez à votre entourage : le simple fait de dire “je ne vais pas bien, j’ai besoin d’aide” peut suffire à déclencher une procédure de sauvetage et de survie, et vous faire le plus grand bien. Rendez-vous à l’évidence que votre souffrance vous pèse : acceptez d’appeler à l’aide et acceptez l’aide qu’on vous propose.

Soufflez, prenez du recul, éloignez-vous

Le burnout nous emporte dans une spirale dont on ne voit aucune issue. Dans la mesure de ce qui est faisable, il va vous falloir agir rapidement pour vous extraire de l’environnement qui vous fait souffrir et alléger vos journées de la tension qui vous handicape.

Prendre du recul peut passer par de petites mesures très simples : libérez-vous pendant une semaine ou deux de tous les engagements que vous aviez prévu, sorties, rendez-vous, voyages, contraintes mineures. Le simple fait de libérer son agenda peut soulager considérablement et stopper la sensation d’en avoir par-dessus la tête.

Tentez de prendre quelques jours de congés, ne serait-ce qu’un week-end prolongé où vous ne prévoirez rien : parfois, cela suffit à libérer un peu de tension et à se forcer à réapprendre l’oisiveté. En situation de burnout, on est à 150% en permanence, notre cerveau est en mode “survie” et on ne se rend même plus compte qu’on n’arrive plus à se reposer. Cela voudra peut-être dire que vous aurez besoin de vous forcer à ne rien faire : mais il n’est pas impossible qu’un bon vieux marathon Star Wars (en) vous fasse le plus grand bien, au corps et à l’esprit ;-)

Votre médecin peut vous aider : il arrive que l’état des personnes malades nécessite un arrêt de travail. Ne culpabilisez pas, les arrêts de travail sont là pour soulager les malades et leur permettre de se reposer, de se reconstruire en les préservant de leur environnement classique, même si celui-ci n’est pas forcément toxique.

Le recul que vous pourrez prendre en levant le pied et vous isolant un tant soit peu de votre environnement habituel pourra être consacré à prendre soin de vous. Et cela est primordial pour lutter à très court terme contre le burnout.

Écoutez votre corps.

Lorsque l’on parle du burnout, on met souvent le doigt sur les comportements des individus touchés : “elle devrait prendre des cours de yoga…” “pfou, il a loupé sa séance de méditation pour être aussi infect aujourd’hui ?” Yoga, méditation, danse, relaxation sont souvent pointés comme le remède à tout. Ils ne le sont clairement pas mais, au cas par cas, ils peuvent vous aider à reprendre un peu le dessus sur votre souffrance.

Une des composantes du burnout est le détachement : on se détache émotionnellement des choses dans un réflexe désespéré de protection. Mais on se détache aussi énormément des signaux que notre corps nous envoie. Eh oui, ce mal de dos qu’on s’évertue à ignorer de semaine en semaine est en fait un message que votre corps hurle à vos oreilles, trop fatiguées pour entendre encore de quoi il retourne.

Pour écouter son corps, il y a mille façons. La plus simple, c’est encore de s’allonger dans un endroit où vous vous sentez bien, au chaud, couvert-e si besoin, avec de la musique ou sans, comme vous le voulez. En fermant les yeux (ou pas, c’est comme vous le sentez !), vous allez simplement faire quelques respirations lentes et profondes, en relâchant progressivement tous les muscles de votre corps. Ensuite, commencez par le haut de la tête, et tout doucement jusqu’aux pieds, passez lentement en revue votre corps. “Ah tiens, c’est vrai que mon cou est un peu tendu.” Ne cherchez pas à changer quoi que ce soit, scannez simplement vos sensations pour vous réapprendre à écouter ce qui se passe en vous. Cette mini-séance ne dure pas plus de 5 minutes et peut avoir lieu n’importe où, n’importe quand : elle vous permettra d’accéder rapidement à votre propre conscience de votre corps et à vous reconnecter à vos sensations. Sans le savoir, vous avez effectué une séance de méditation ;-)

Pour aller plus loin, vous pouvez bien évidemment approfondir la pratique de la méditation, si celle-ci vous convient (des personnes peuvent se sentir angoissées à l’idée d’être assis en silence, dans ce cas cette technique ne convient pas).

Toujours grâce au corps médical, vous pouvez consulter votre médecin ou un-e ostéopathe qui vous aideront à prendre conscience de votre souffrance physique et débloquer vos douleurs. Surtout, faites ce que vous voulez et ce que vous pouvez, tant que vous vous connectez à votre corps et écoutez ce qu’il a à vous dire. N’ignorez pas les symptômes que votre corps vous fait ressentir !

Aménagez.

Il n’y a pas toujours de lien direct entre surcharge de travail et burnout. Dans certains cas, c’est même le manque de travail et de mission qui est en cause (on appelle cela le bore-out). Néanmoins, il arrive souvent que notre liste de tâches représente une source substantielle de stress supplémentaire, voire en soit la cause principale. Il arrive aussi qu’un projet ou une mission précise soit l’une des principales causes du mal-être. Dans ce cas, essayez d’alléger votre charge : demandez de l’aide ou du soutien à vos collègues, interpellez votre hiérarchie. Comme évoqué dans le tout premier conseil, demander de l’aide et accepter le fait que nous soyons dans une situation de détresse peut déclencher une prise de conscience précieuse chez vous, mais aussi dans votre entourage professionnel.

Peut-être que votre équipe n’est pas consciente de vos difficultés, du fait de votre situation ou de votre isolement, ou du déni de détresse. Personne ne peut deviner ce qui se passe en nous si nous ne le communiquons pas, même chose dans les entreprises : votre hiérarchie n’a probablement pas conscience de vos difficultés si vous ne les avez pas fait remonter. Il n’est jamais trop tard pour en parler et tenter d’aménager votre poste dans l’immédiat pour vous soulager un peu.

En pratique, repérez les tâches récurrentes ou absurdes qui vous usent, essayez de voir où l’on peut vous soulager sur vos tâches du moment, sollicitez votre entourage professionnel, votre équipe, vos collègues proches pour qu’on vous dégage du temps et de l’espace.

Si vous n’avez pas de supérieurs (par exemple si vous êtes à votre compte ou dirigez vous-même l’entreprise), essayez de vous libérer quelques minutes par jour pour faire le point, seul-e. Vous sortir de votre environnement habituel et alléger vos journées et votre esprit ne pourra qu’être bénéfique à votre bien-être immédiat.

Débusquez les tensions. Fuyez la négativité.

Il arrive que les situations d’urgence face au burnout soient amplifiées par des faits ou des personnes, même sans que ces dernières en soient les responsables directs.

Il est possible que vous deviez couper temporairement le contact avec des gens ou des situations qui vous épuisent. Posez-vous la question, de vous à vous, de ce qui vous fait du mal au quotidien : un-e collègue très négatif-ve, un supérieur qui vous harcèle, un client particulièrement insistant, une personne qui exerce une forte emprise sur vous, ou simplement une famille très demandeuse en énergie… Un rythme de vie éreintant, un temps de trajet en transports en commun qui vous bouffe toute votre énergie, un endroit obligé où vous n’aimez pas vous rendre…

Parfois, c’est notre propre voix intérieure qui ressasse et jette un voile négatif sur tous les aspects de notre vie : c’est nous-mêmes qui n’avons pas la force de voir les choses sous un angle neutre ou positif, c’est notre fatigue profonde qui nous pèse sur les épaules.

Et si vous n’avez aucun pouvoir sur ces tensions ou ces points d’usure, essayez de lâcher prise en analysant si vous avez une influence sur les situations ou les gens. Si vous n’en avez pas, si ce n’est pas de votre ressort, si vous ne pouvez rien y faire sur le court terme, alors ce n’est peut-être pas à vous de vous en préoccuper, ou ce n’est pas le moment.

Conclusion

Ces conseils demandent malgré tout beaucoup d’efforts de votre part : surtout, ne culpabilisez pas. Laissez-vous le temps.

Il est possible qu’à la lecture de ces 5 conseils/actions, vous pensiez que ce n’est pas si facile que ça de prendre des congés ou d’aller voir son médecin. Il y a les enfants à garder, les crédits à rembourser, la pression silencieuse de la société, la situation précaire de la boite… Souvent dans le burnout, nous sommes pris dans le flot des choses à faire, l’équipe est en plein dans un gros projet et on se dit qu’on va vraiment les pénaliser si l’on craque ou qu’on part, même 2 ou 3 jours. Malheureusement, notre opiniâtreté est souvent contre-productive, pour nous comme pour nos collaborateurs. Si nous ne sommes pas reposé-es, nous accumulons les erreurs, notre capacité de prise de décision est nettement affectée et nous mettons nos projets en péril sans nous en rendre compte. Nos projets avancent certainement mieux quand nous allons bien, n’est-ce pas :-)

Le burnout est intransigeant : il demande qu’on agisse vite et fort. C’est à vous de faire le chemin vers l’acceptation de votre propre vulnérabilité, de vous résoudre à agir et de vous déculpabiliser, de vous décharger du poids de la culpabilité qui vous a très probablement freiné jusqu’à présent. Quand on a une grippe carabinée, il est normal que notre médecin nous arrête quelques jours, et c'est la même chose pour les situations d’épuisement professionnel ! Les congés sont également utiles pour cela, ils sont légaux et vous avez tout-à-fait le droit de les prendre. Un supérieur ne peut vous les refuser que dans des circonstances encadrées par la loi.

Aller plus loin !

Grâce à notre “Armée des Douze Signes”, vous pouvez faire un point plus précis sur votre état de burnout. Si vous cochez 3 cases et plus, c’est qu’il faut agir sans attendre pour vous soulager.

Vous pensez que vous exprimer vous ferait du bien ? Vous n’aviez pas conscience que l’épuisement professionnel était si répandu ? Participez à notre initiative : simplement en lisant les témoignages de nos contributeurs-trices, vous pourrez peut-être vous sentir mieux.

Vous voulez passer à la vitesse supérieure ? Écrire votre témoignage et/ou le publier sur notre plateforme peut vous apporter beaucoup de soulagement. Si vous ne savez pas par où commencer, lisez ce billet dédié à l’écriture de votre témoignage. Ce dernier pourra bien évidemment être totalement anonymisé. Nous pouvons aussi vous aider personnellement dans sa rédaction, par exemple en le concevant sous forme d’interview.

Enfin, vous pouvez partager ce billet aux personnes que vous pensez susceptibles d’être sur la pente glissante du burnout : au plus tôt l’on peut prendre conscience de la souffrance, plus vite le tir peut être corrigé pour aller mieux !