Photo prise par Marie-Lan Nguyen

Le 14 juillet et nos armées

Tous les ans, le 14 juillet, des troupes de nos corps armés descendent les Champs-Élysées. Pour quelle occasion ? La fête nationale, anniversaire de, au choix, la prise de la bastille en 1789 ou la fête de la fédération en 1790. Et là, grande question : quelle est le rapport entre la défense du territoire et le renouveau d’un Etat ?

On fait ça depuis des décennies voire peut-être des siècles pourtant ça reste à mes yeux illogique. Il n’y a aucun rapport entre le fait de briser une monarchie absolue et nos corps armés.

Si on reste logique au contraire, les éléments à la base de la rupture entre monarchie absolue et monarchie constitutionnelle, rupture qui est le sujet de cette journée de juillet, sont essentiellement politiques : séparation des pouvoirs, souveraineté nationale, etc.

Il serait donc normal, si on suit toujours cette logique, de mettre en scène le 14 juillet l’ensemble de ces acquis obtenus suite à la révolution de 1789. Cela peut donc se concrétiser par un défilé de nos parlementaires par exemple, ou de magistrats je ne sais pas.

Mais pas de militaires, policiers, gardes ou autres membres de la défense nationale. Nous ne fêtons pas l’anniversaire d’une fin de guerre, nous fêtons la transition entre un régime absolument monarchique à un régime plus démocratique.

Notre “défense” glorifiée

L’autre point de cette journée qui me choque éperdument est la glorification de nos corps armés. Les marcheurs sont tous très bien habillés, les groupes marchent en rythme, à l’unisson sans aucun pied de travers. Tout est beau.

Par cette démonstration magistrale, l’Etat nous dit « regardez comment ceux qui vous protègent sont beaux et courageux ! ». Devant cela, qui voudrait les détester ? Ils sont tellement beaux, tellement forts, tellement respectables et donc finalement très respectés.

Là, l’Etat souhaite nous faire avaler la pilule de la violence légitime. Cette violence exercée par l’Etat pour éviter une autre violence qui elle serait dangereuse pour tous. Je ne suis pas contre une violence étatique, mais la nôtre n’est plus légitime.

Alors que la police réprime et arrête n’importe qui pour n’importe quoi, que l’armée tue des populations pour le bien des intérêts de notre patrie, plein de gosses veulent quand même être policier ou militaire.

Car vous comprenez, être flic c’est badass, ça permet de rendre la ville saine et sauve ! Le militaire lui se bat pour éloigner les méchants barbus loin de nos frontières.

Toutes ces belles façades sont cultivées par l’Etat auprès des plus jeunes depuis toujours et ces plus jeunes feront de même auprès de leurs progénitures à l’âge adulte, et ainsi de suite. Car cela va dans l’intérêt de l’Etat d’alimenter cette belle image, malgré la réalité moins jolie vous en conviendrez.

La conséquence est qui si quelqu’un souhaite les attaquer publiquement, ce quelqu’un se verra répondre un gros « si ils n’étaient pas là, ce serait l’anarchie connard ». La violence légitime ne l’est plus mais continue d’être énoncée comme telle, cela va dans l’intérêt de l’Etat.

Pourtant, nous devons pouvoir critiquer ces corps armés. Nous devons pouvoir saluer leur travail qu’ils entreprennent pour nous protéger, mais aussi pouvoir critiquer leurs actions quand elles sont liberticides.

Sur l’ensemble des personnes qui peuvent attaquer notre intégrité physique/psychologique, il y a les criminels… et les flics (lors des manifestations, lors des contrôles, lors des gardes à vue, etc.)

Il faut donc pouvoir dénoncer tout ça, surtout que la défense nationale est au service de l’Etat, mais l’Etat n’est qu’au service du citoyen, en tout logique et selon la souveraineté nationale. Notre défense est loin d’être irréprochable et chaque citoyen est donc en droit de se rebeller contre elle, quand cela s’avère nécessaire.