Fossé intergénérationnel

Je me suis toujours demandé pourquoi mes parents n’arrivaient pas à lire, à écrire, à utiliser leur smartphone, leur tablette et même dans certaines circonstances leur ordinateur de 27 pouces. De cet étonnement quotidien, devenu un agacement, je m’intéresse de plus en plus aux relations intergénérationnelles. Le design, par sa nature, doit pouvoir faire quelque chose, mais qu’en est-il ? Quelle est la place qu’occupe le design dans cette histoire ?

par ocean_g | Source ifunny.co

Mon ressenti

Mon ressenti est que le design est partout et qu’il fait partie de notre quotidien. Qu’il s’impose au travers d’une interface numérique ou d’un produit physique du quotidien, les réactions face à lui, sont multiples et les émotions sont différentes selon le vécu de chacun.

Prenons l’exemple de l’achat d’une voiture : pour certaine personne, acquérir une voiture c’est un choix à ne pas prendre à la légère. Pour eux, c’est avant tout choisir un design qui leur procurera des émotions et des sentiments. Et c’est bien au travers du design d’une voiture que nous nous construisons des aprioris sur la personnalité, sur la mentalité ou encore sur la position sociale de ses propriétaires.

De ce constat, où le design est partout, à tel point que nous ne faisons plus réellement attention à lui, j’ose me poser la question : pourquoi y a-t-il encore trop de personnes des générations passées qui n’arrivent pas à intégrer les nouvelles technologies ?

I. Mes parents dans un monde parallèle ?

Et si mes parents étaient experts du numérique, à quoi ressemblerait ma vie aujourd’hui ? Mes relations, mes engagements et convictions, mon choix d’étude… enfin bref, tout serait sans doute totalement différent.

Mais pourquoi, d’ailleurs, mes études seraient-elles différentes ? Et bien, je pense que c’est à force de voir mes parents, totalement impuissants devant leur smartphone et ordinateur, que j’ai pu découvrir l’univers du digital. C’est grâce à leur ignorance des nouvelles technologies, qu’en quelque que sorte, j’ai choisi mes études et que mon objectif à ce jour n’est absolument pas de leur ressembler.

Cependant le soucis, maintenant que je travaille dans le numérique, c’est que le fossé entre eux et moi s’agrandit encore plus vite. Il y a un moment, où je ne peux plus subir leurs interrogatoires. Je commence à devenir fou et j’ai le sentiment d’être en pleine crise d’adolescence.

par Anxiety_Whale | Source ifunny.co

II. Mon approche

Pour attirer et captiver l’attention des générations un peu à la traîne dans le numérique, et tout particulièrement dans la sphère du design; il doit y avoir un mode de communication bien particulier. Plusieurs options se dessinent pour que le “match” se fasse entre les générations déconnectées et le design.

1 Il faudrait habilement concevoir une part de design, à un moment ou à un autre dans le parcours utilisateur, qui aura pour seul et unique objectif de faire référence à des souvenirs, à des expériences émotionnelles fortes du passé. Autrement dit, il serait de plus en plus nécessaire que nos prochaines conceptions design racontent une histoire. L’objectif serait d’éprouver des sentiments nostalgiques qui feront ressurgir la culture, les habitudes de ces personnes totalement dépassées par la technologie. Ce serait une façon de leur redonner confiance et de les pousser à la curiosité

2 Supprimer tous les éléments superficiels (les effets, les formes trop abstraites censées rendre le tout plus agréable à l’oeil), ou grossir le texte à des endroits stratégiques…et bien d’autres éléments sont là pour faciliter la navigation. En fin de compte, c’est avant tout un travail UX (user expérience), où l’on devrait privilégier les tests utilisateurs et les micros trottoir afin de s’imprégner et s’approprier les ressentis de la cible. Je pense que chaque projet, tournant autour de ce problème de génération déconnectée, ont des sous-cibles bien précises qui répondent à divers besoins. C’est un design avant tout centré sur l’utilisateur.

3D’autres pistes plus radicales sont aussi à prévoir comme par exemple des cours permettant l’apprentissage d’un support informatique. Cependant, il ne faudrait pas le vendre en le présentant comme de simple cours d’informatique pour les seniors, mais plutôt en mettant en avant le côté humain et non technique de l’apprentissage.

III. Ils on déjà pensé a des solutions

Il existe déjà une grande diversité de solutions concrètes qui répondent, de près ou de loin, aux problématiques d’accessibilité aux nouvelles technologies des seniors. Ce sont des projets qui tentent de réduire le fossé numérique, majoritairement grâce à l’intégration de plusieurs formes du design.

1Ordissimo est une société française qui a imaginé un ordinateur accessible aux plus novices des seniors. En partant du postulat que les seniors veulent toujours communiquer avec le monde, ils ont élaboré un produit au design simpliste. Accompagné d’un clavier avec une seule fonction par touche, une souris n’ayant qu’un seul clic, l’interface de l’écran (écran camouflé dans un cadre) regorge d’idées pratiques. Un gros curseur, des options de zoom… Tout y est !

2 Il n’y a pas si longtemps que la Silver économie a vu le jour en France, en tant que filière de l’Etat. Elle a pour but de contre-balancer le baby-boom. En effet, les seniors sont de plus en plus nombreux et notre espérance de vie s’accroît.

“Les personnes âgées de 60 ans ou plus sont aujourd’hui 15 millions. En 2030, elles seront 20 millions.”

Le gouvernement est conscient que la perte d’autonomie des seniors peut être un frein important pour notre société. Il s’engage donc à accompagner et aider les entreprises qui évoluent dans ce secteur au travers de divers outils continuellement mis en place.

3Le webnapperon est une innovation, basée sur le développement d’un design de napperon connecté. Ce concept permet aux seniors de manier des vrais objets au lieu d’une souris d’ordinateur. Ils peuvent par exemple, positionner une véritable photo de leur petit-fils sur le napperon et l’écran camouflé par dans un cadre retransmet numériquement toutes les photos en lien avec son petit-fils. Une autre exemple : sur un papier spécial des messages peuvent être écrit à la main et le webnapperon s’occupe de numériser le texte.

4Jean-Luc, animateur informatique ne veut plus en entendre parler d’ordinateur pour les vieux. Pour lui c’est avant tout une histoire de patience et de volonté. Il faudrait appliquer un accompagnement sur le long terme pour aider au mieux les seniors.

“S’il y a de la motivation, qu’on n’a ni problème de motricité ni pertes cognitives, à 85 ans, on peut se débrouiller avec des outils standards.“

Le problème ce sont les membres de la famille qui n’ont souvent pas le courage ni le temps d’apprendre à Mamie ou à Papy. Et puis même si l’on est bon en informatique cela ne veut pas dire que l’on est bon en pédagogie.

En quelques points

En tant que futur professionnel du web je pense qu’il m’est important d’avoir une certaine vision du futur. Je m’imagine déjà au temps de ma retraite où à 75 ans je serais encore une personne sensée capable d’exploiter un smartphone aussi bien qu’un ado de 2067, si toutefois il en existera toujours !

Pour moi si certaines personnes ne prêtent pas attention au numérique, c’est parce qu’elles cachent probablement une peur profonde, qui est celle de l’ignorance, de l’inconnu, du vide. Le pas est long et douloureux avant qu’elles ne s’engagent à y jeter un coup d’oeil et commencent à accepter les changements. Ce sont des personnes qui ont connu le passage d’un monde analogique vers celui du numérique.

L’un de mes professeurs en design nous disait que pour raconter une histoire le seul moyen d’y arriver c’est de sortir ses tripes. Il faut que ça vienne du plus profond de votre âme. En disant cela, j’embellis à peine.

Nous avons mis le pied à l’étrier, maintenant il nous reste à persévérer et à améliorer toutes ces solutions diverses et variées dans l’objectif d’accroître l’autonomie des seniors qui se veulent être de plus en plus nombreux.

par Alan_The_Creator | Source ifunny.co

Oscar MARTIN