Épisode 9

Une franchise au fonctionnement industriel

La jaquette de Call of Duty : Black Ops 2. Image : Activision.

Le 13 novembre 2012, Activision et Treyarch sortent Call of Duty : Black Ops 2. Comme chaque année, les ventes du lancement dépassent celles du précédent épisode, avant de ralentir nettement par la suite. Comme à chaque jeu de Treyarch, l’accueil critique est aussi bien moins enthousiaste. Qu’importe, l’essentiel se trouve ailleurs : pour une fois, Activision semble avoir appris de ses erreurs et ne tente pas de soutirer trop d’argent à ses clients. Si les DLC sont toujours payants, l’éditeur a fait marche arrière et les services Call of Duty : Elite sont rendus gratuits avant d’être définitivement arrêtés fin février 2014.

En face, Electronic Arts n’arrive pas à réitérer le succès de Battlefield 3 en 2011, ni même celui de Medal of Honor en 2010. Sa sortie annuelle, Medal of Honor : Warfighter, peine à dépasser le million d’exemplaires vendus et finit par être le moins bien reçu de la série depuis ses débuts. Pour Danger Close Games, la désillusion est cruelle, d’autant qu’EA pensait avoir tout mis de son côté en choisissant le même moteur que celui de Battlefield 3. Développé en interne par DICE et lointainement dérivé du Refraktor, le moteur déjà utilisé pour Battlefield 1942, le Frostbite 2 fait tourner Medal of Honor : Warfighter et toutes les autres grosses productions récentes et à venir d’Electronic Arts. Malheureusement, Danger Close est incapable de l’utiliser aussi bien que le studio suédois et le résultat fait peine à voir. Electronic Arts, devant l’ampleur de l’échec, décide d’arrêter les frais : la vénérable franchise Medal of Honor est mise en pause et Danger Close (ex-Dreamworks Interactive, ex-EA Los Angeles) change une nouvelle fois de forme. Greg Goodrich, son président, qui était à l’origine des deux Medal of Honor modernes, a pris ses cliques et ses claques et a été remercié dès la sortie du jeu. Quelques employés, notamment dans les secteurs de l’animation, ont également été licenciés dans les mois suivants, tandis que d’autres changeaient de studio au sein d’Electronic Arts. La principale modification est cependant le nom du studio : dorénavant, il s’agit de DICE Los Angeles. Comme Raven ou Neversoft par rapport à Infinity Ward ou Treyarch, DICE LA est désormais avant tout un studio de soutien, un sous-traitant interne condamné à effectuer une partie du travail sans en obtenir la gloire. Electronic Arts a d’ores et déjà indiqué que DICE LA se consacrerait essentiellement aux Battlefield à venir. Pourtant, les précédentes filiales de DICE, au Canada et à New York, n’avaient survécu qu’une poignée d’années avant de fermer au milieu des années 2000. C’est par ailleurs un autre studio californien qui travaille sur le prochain épisode de la saga Battlefield, prévu alors pour fin 2014. Depuis 2012, le studio Visceral Games, celui-là même qu’Activision avait saigné à blanc pour fonder Sledgehammer Games, prépare un nouveau Battlefield à thématique policière. Par le passé, Visceral avait apporté son aide sur le développement de Battlefield 4 et des DLC de Battlefield 3. Comme Activision avec ses Call of Duty, Electronic Arts semble avoir donc décidé d’annualiser Battlefield.

Si 2012 était une période particulière pour Activision, 2013 représente l’année du retour à la normale. Le système est désormais bien en place et début 2013, toute une armée de studios s’affaire sur la franchise Call of Duty pour Activision.

La jaquette de Call of Duty : Ghosts. Image : Activision.

Treyarch, bien entendu, le groupe de yes men qui ne fait jamais de vagues et travaille sans nul doute d’arrache-pied pour produire un nouvel épisode classique à l’automne 2015 (ce sera bien sûr Call of Duty : Black Ops III). Il y a aussi Infinity Ward, évidemment, qui a sorti le 5 novembre 2013 le dixième Call of Duty, Call of Duty : Ghosts (avec l’aide, une nouvelle fois, de Neversoft et Raven). Le nouveau titre réutilise un personnage de Modern Warfare, mais sans réutiliser la marque. Les nouveaux dirigeants du studio ont insisté pour dire qu’ils n’étaient pas intéressés par un Modern Warfare 4, que Ghosts était pour eux un projet original, quelque chose d’osé même : selon eux, Activision leur aurait laissé carte blanche et ils auraient d’eux-mêmes choisi de produire un Call of Duty, qui plus est un projet aussi proche de leurs précédents jeux. Les anciens d’Infinity Ward apprécieront l’ironie.

Parmi les studios principaux début 2014, il y a également Sledgehammer Games, qui travaille sur son propre jeu, prévu pour l’automne 2014 : Call of Duty : Advanced Warfare, un jeu futuriste auquel était également associé le studio Neversoft, désormais bien loin de son époque Tony Hawk. Raven Software aussi semble coincé à vie dans Call of Duty, désormais limité à produire des cartes multijoueurs pour les différentes itérations de la série. High Moon Studios demeurait l’une des dernières filiales d’Activision à ne pas encore travailler sur Call of Duty, puisqu’elle était jusqu’alors spécialiste des jeux à licence Transformers sous Unreal Engine 3. Elle s’ajoute désormais aux soutiens de la franchise. À partir de Call of Duty : Ghosts, le studio a contribué à plusieurs titres de la série, ainsi qu’à la nouvelle franchise développée par Bungie pour Activision. Autre filiale d’Activision happée par Call of Duty, Freestyle Games, auparavant spécialisée dans les jeux musicaux (elle avait notamment produit les DJ Hero). Freestyle Games a aidé au développement de Call of Duty : Ghosts.

À ceux-là, il faut ajouter BeachHead, le studio responsable de Call of Duty : Elite et des applications mobiles qui accompagnent chaque nouvel épisode de la franchise ainsi que DemonWare, la filiale d’Activision qui s’occupe des solutions réseau pour la série. Il y a également The Blast Furnace, filiale britannique d’Activision, qui a sorti à l’automne 2013 Call of Duty : Strike Team, un épisode inédit sur iOS et Android. Hélas pour The Blast Furnace, les résultats n’ont pas été au rendez-vous et Activision a fermé le studio fin mars 2014, quelques semaines après la première édition de ce livre. À l’époque, dix des quatorze studios d’Activision travaillaient en parallèle sur la franchise.

Bande-annonce de Call of Duty : Strike Team. Vidéo : Activision.