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Lancement de l’EIT Culture & Creativity : 7 questions à Manuella Portier, Directrice des affaires européennes de Cap Digital

Le 23 juin dernier, l’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT) a révélé le consortium sélectionné pour constituer sa nouvelle verticale dédiée aux industries culturelles et créatives (ICC). Le lauréat est le consortium Innovation by Creative Economy (ICE) qui compte cinq partenaires français, dont Cap Digital. L’occasion pour nous de poser quelques questions à Manuella Portier, Directrice des affaires européennes de Cap Digital.

Manuella Portier, Directrice des affaires européennes de Cap Digital

Est-ce que pour commencer, vous pourriez déjà nous expliquer en quelques mots ce qu’est l’EIT ?

L’EIT, pour European Institute of Innovation and Technology, a été créé par l’Union européenne en 2008 afin de renforcer la capacité d’innovation de l’Europe. Pour faire simple, l’EIT s’est donné pour mission de rassembler ce qu’on appelle le « triangle de la connaissance » (entreprises, universités et centres de recherche de premier plan) et leur donner les moyens de développer des solutions innovantes pour répondre aux défis mondiaux. Un peu comme un pôle de compétitivité français, mais en version mégapole européen ! Concrètement, l’EIT soutient la création de partenariats européens sur le long-terme (une quinzaine d’années) qui eux-mêmes proposent un large éventail d’activités liées à l’innovation et à l’entrepreneuriat : des formations, des services de création et d’accélération d’entreprises et des projets de recherche axés sur l’innovation.

Depuis sa création, l’EIT a développé une vaste communauté d’innovateurs à travers l’Europe, et ce à travers la création de 9 Communautés de la Connaissance et de l’Innovation (KIC) chacun d’eux adressant un grand enjeu sociétal : Climat, Numérique, Energie, Matières premières, Santé, Food, Manufacturing, Mobilité urbaine et donc tout récemment, Culture et Creativité.

Où peut-on rencontrer les équipes de l’EIT et de ses différentes communautés ?

Le siège de l’EIT se trouve à Budapest, en Hongrie, mais chaque communauté s’organise de manière indépendante avec une répartition géographique selon les pays mobilisés : un siège principal et ce qu’on appelle des CLCs (Co-location Centres), autrement dit des hubs d’innovation locaux regroupant les équipes territoriales pour faciliter la réalisation des activités prévues par la communauté.

Aujourd’hui par exemple, on peut retrouver plusieurs bureaux de l’EIT en France, comme l’EIT Health, l’EIT Manufacturing, l’EIT Digital ou encore InnoEnergy. Pour les autres commautés, les acteurs français sont rattachés aux CLCs des pays voisins.

Toute la diversité des industries culturelles et créatives se retrouve dans l’identité visuelle adoptée par l’EIT Culture & Creativity.

La naissance de l’EIT Culture & Creativity vient d’être annoncée… soit 14 ans après la toute première communauté ! Pourquoi cette industrie majeure en Europe a-t-elle droit si tardivement à sa propre structure ?

Difficile de répondre précisément à cette question. Il faut savoir que la décision de soutenir telle ou telle filière fait l’objet d’un long processus de discussions et de négociation entre l’EIT et les Etats Membres, prenant en compte l’importance stratégique d’une communauté ou filière et son impact sur la société.

Mais on peut d’abord noter que la situation est assez similaire en France : la création d’un « comité stratégique de filière » (CSF) dédié aux Industries Culturelles et Créatives (ICC) a été mis en œuvre par Bercy en 2019, soit 10 ans après la création des 11 premiers CSF.

Peut-être cette filière est-elle pénalisée par son aspect protéiforme qui rend sa structuration plus complexe. On ne compte pas moins de 12 secteurs au sein des ICC (le cinéma et l’audiovisuel, la mode et le luxe, les jeux vidéo, la beauté, la musique et le spectacle vivant, l’édition, les arts visuels, l’art de vivre et le patrimoine culturel). Je suppose qu’il n’est pas toujours évident de trouver les points de convergence.

Reste que les ICC pèsent lourds ! 7,36 millions d’emplois en 2019 dans toute l’Europe selon Eurostat (soit 3,6% des travailleurs de l’UE). Dont 1,3 million d’emplois rien qu’en France selon une étude EY (2019). Autre ordre de grandeur assez parlant : la culture contribuerait sept fois plus au PIB français que l’industrie automobile. Pour toutes ces raisons, les industries culturelles et créatives constituent un véritable soft power français et européen pour notre compétitivité, nos exportations, nos influences ; c’est également un secteur qui a toujours été à la pointe sur les enjeux d’innovations numérique. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que c’est la communauté d’adhérents historique, et la mieux représentée, chez Cap Digital.

Ce soft power est je crois bien mieux compris à Bruxelles. La création de ce nouvel EIT résonne d’ailleurs tout particulièrement avec les intentions politiques actuelles dont le New European Bauhaus porté par Mariya Gabriel, la Commissaire européenne à l’innovation, à la recherche, à la culture, à l’éducation et à la jeunesse. L’UE semble vouloir capitaliser sur les forces créatives en présence et en faire un levier différenciant sur la scène internationale. Rien de mieux pour cela qu’adopter une démarche de structuration des ICC au niveau européen !

Quels sont ses principaux objectifs ?

Le consortium gagnant chargé de mettre en œuvre l’EIT Culture & Creativity a été révélé fin juin 2022. Ce résultat a été le fruit d’un travail de longue haleine qui a démarré en 2020. Soumettre une proposition pour lancer un EIT KIC diffère des autres programmes de financement de l’UE de par la taille du consortium (50 partenaires de 20 pays) et son niveau d’ambition. Le consortium sélectionné pour constituer cette nouvelle communauté ICC, dans lequel on retrouve cinq acteurs français (Bpifrance, Cap Digital, Centre Pompidou, CreativeTech et MIN4CI) a dû réunir les meilleurs acteurs de l’écosystème, démontrer sa fine connaissance du secteur et sa capacité à apporter des solutions impactantes aux enjeux rencontrés par les ICC afin de se distinguer des quatre autres concurrents. L’EIT Culture & Creativity devrait bénéficier d’un budget d’environ 150 millions d’euros pour la période 2021–2027 pour mener à bien ses activités.

Mariya Gabriel, Commissaire européenne à l’innovation à la recherche, la culture, l’éducation et la jeunesse, salue la création de l’EIT Culture & Creativity, le 23 juin 2022 (Twitter).

In fine, l’objectif pour notre consortium sera le même que pour les 8 autres EIT qui nous ont précédé : accélérer la croissance de la filière, former les futurs entrepreneurs et développer des solutions innovantes contribuant à assurer un avenir vert et durable à l’Europe. Mais avant cela, il va falloir établir dans les mois à venir les bases légales et opérationnelles de la structure, via un business plan et le recrutement d’une équipe sur lequel le consortium est déjà en train de travailler.

Quel rôle va jouer Cap Digital dans ce tout nouveau consortium ?

Cap Digital est ce que l’on appelle un « Cooperation partner », à différencier des « Lead partners » qui jouent un rôle de premier ordre dans la mise en place de la structure. Concrètement, nous prévoyons de proposer et de déployer des programmes d’open innovation pour les grands groupes et d’accélération pour les start-up et PME innovantes des industries culturelles et créatives, à l’image du programme phare de l’EIT Health, Catapult, que nous coordonnons depuis plus de 5 ans, auxquels nos adhérents pourront candidater. En parallèle, fidèle à notre rôle de facilitateur, nous allons apporter notre soutien à nos adhérents ICC qui souhaiteraient rejoindre l’EIT Culture & Creativity qui ambitionne de passer de 50 à 300 partenaires (à l’image de Gobelins et Mikros-Technicolor que nous avons invités pendant la phase de montage en tant qu’ « Associate Partners »). Nous allons également aider nos adhérents ICC à répondre collectivement aux futurs appels à projets qui seront lancés par l’EIT pour développer leur solution. Enfin, notre présence au cœur de ce réseau d’excellence représente une chance unique pour nos adhérents d’accéder en avant-première aux nombreuses opportunités qui seront proposées par l’EIT.

Quelles opportunités se cachent derrière ce nouvel EIT pour une entreprise ou une structure française ?

Il est encore trop tôt pour présenter les opportunités concrètes de ce nouveau collectif européen, mais comme pour chaque programme EIT, il y aura des financements en cascade, des services de coaching, de formations, de l’aide à la levée de fonds, accès à des outils, des talents, etc. Et comme pour tous nos projets européens, nous ferons en sorte au quotidien d’assurer des mises en réseau de qualité avec les meilleurs acteurs de l’innovation (académiques, grandes entreprises, collectivités, médias, investisseurs etc.) de la scène UE.

Quels sont les prochains temps forts de ce lancement ?

D’ici la fin de l’année, nous allons nous concentrer sur la structuration de la communauté afin d’être prêt pour 2023 : l’année pilote en termes de consolidation de l’écosystème, de mise en place des équipes, infrastructures et services, ou encore de validation du business plan. Et dès 2024, nous pourrons entrer dans une phase opérationnelle de déploiement de projets. Côté Cap Digital, nous allons dès la rentrée commencer à repérer les entreprises innovantes qui pourraient être intéressées par ce nouvel hub européen dans leur développement stratégique, et poser les bases des futurs programmes que nous souhaitons porter au sein de ce 9ème EIT.

Et on contacte qui pour en parler avec Cap Digital ?

Il vous suffit de m’écrire (Manuella Portier : manuella.portier@capdigital.com) ou de contacter Aurite Kouts (aurite.kouts@capdigital.com) en précisant dans votre objet de mail « EIT Culture & Creativity » et on prendra contact avec vous dès la rentrée pour en discuter plus en détails et répondre à vos questions.

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