Nos 20 défis pour un leadership mondial de la transition écologique et numérique

Alors que nous venons de déposer notre dossier de candidature pour la “Phase 4” des pôles de compétitivité, nous tenions à partager avec vous les grandes lignes stratégiques de notre copie, notre vision de l’innovation numérique et de la transition écologique et les 20 défis à relever dans les années à venir.

Ces derniers mois, les pôles de compétitivité français ont été invités par l’Etat à retravailler leur copie pour candidater à la quatrième phase des pôles de compétitivité. Au cœur de cet appel, une ambition forte : faire de la France la première nation d’innovation en Europe. Une mission qui résonne tout particulièrement chez Cap Digital, premier collectif européen d’innovateurs de la transition numérique et écologique.

Après l’absorption d’Advancity en mai 2018, ce nouveau rendez-vous nous a donné l’opportunité de rassembler nos membres, nos experts et nos collaborateurs pour échafauder collectivement ce qui est bien plus qu’une feuille de route :

  • une vision réaffirmée d’une innovation telle que nous la soutenons et d’une troisième voie européenne pour l’économie numérique
  • une configuration nouvelle de notre champ d’activité autour de quatre marché, des technos et des talents
  • l’identification des 20 défis qui doivent permettre de faire de la France et de l’Europe, les références mondiales et incontestées de la transition numérique et écologique

Alors que l’appel à manifestation d’intérêt de cette phase 4 se clôt dans quelques heures, nous tenions à partager avec vous la synthèse de nos travaux.

La dernière édition de notre exercice annuel de Cartographie des Tendances a été l’occasion d’une réflexion approfondie, avec nos membres et nos experts, sur « le sens de l’innovation ».

Sans vouloir paraphraser cette Cartographie (à télécharger ici), voici les enseignements structurants qui ont guidé la rédaction de notre stratégie :

1- La possibilité d’une troisième voie européenne pour construire autrement l’économie numérique.

La réflexion collective de notre écosystème et de nos experts a permis de mesurer l’extraordinaire « tension » créée par l’hégémonie inédite des grandes plateformes numériques. La spirale d’une collecte toujours plus massive des données est enclenchée, lorsque ces plateformes deviennent en fait de véritables infrastructures mondiales, et constituent les socles incontournables du développement de toujours davantage d’applications.

On peut choisir de ne pas céder à la fatalité de la bipolarité USA/Asie des empires construits sur nos données

Intentionnellement ou non, ces systèmes dominants sont porteurs d’une certaine vision de la société (crainte d’une société de surveillance généralisée ?) ou à tout le moins, interrogent sur les enjeux sociétaux (cf. l’analyse de Jean Tirole dans l’ « Economie du bien commun », sur les défis sociétaux de l’économie numérique).

La réflexion collective de notre écosystème et de nos experts a permis de mesurer l’extraordinaire « tension » créée par l’hégémonie inédite des grandes plateformes numériques

On peut choisir de ne pas céder à la fatalité de la bipolarité USA/Asie des empires construits sur nos données et chercher à activer tous les leviers :

  • la prise de conscience citoyenne
  • le droit de la concurrence
  • la réglementation
  • la portabilité des données
  • l’exploitation des nouveaux gisements de données issus du monde physique et pour lesquels les positions acquises sont moins défavorables aux industries européennes.

C’est le sens de cette recherche d’une troisième voie européenne à laquelle nous souhaitons contribuer.

2. L’attente d’une redéfinition et d’une revalorisation du « Bien Commun »

Dans les secteurs régaliens comme l’éducation et la santé, on assiste à une multiplication des propositions et des modèles économiques qui se présentent comme des « alternatives », face à des services publics dont on estime qu’ils ne peuvent pas tout.

Parallèlement, on observe également une forte aspiration à ce que l’innovation soit porteuse de sens, à ce que son utilité sociale et environnementale soit questionnée, et à ce que les innovateurs, les chercheurs, les entreprises soient engagés dans une construction collective autour de concepts le plus souvent formulés en termes de « bien commun ».

En d’autres termes, l’idée que l’État peine à prendre en compte toutes les attentes des utilisateurs dans un monde complexe, coexiste avec celle qu’au-delà des considérations économiques et financières de court-terme, il existe des enjeux plus grands : le futur de la planète, l’éducation, le bien-être de tous ses habitants.

3. Crise de sens et retour vers le territoire

Déficit de confiance, incapacité à appréhender un univers de plus en plus complexe, sentiment que l’accélération technologique rend difficile l’anticipation, la projection vers un futur souhaitable… Plongés dans les turbulences d’un environnement incertain, les individus sont avides de (re) trouver du sens. Cette aspiration doit être entendue des innovateurs. Les pistes de travail se déclinent dans chaque secteur :

  • Promouvoir une société apprenante et créer les conditions pour que chacun puisse rester apprenant tout au long de la vie
  • Anticiper les résistances à l’automatisation de l’industrie et des services, en travaillant à l’ « explicabilité » et à l’éthique des algorithmes et de l’intelligence artificielle,
  • etc.

L’alternative à la mondialisation des plateformes, des idées, de la culture, c’est aussi une certaine forme de retour vers le territoire, vers les lieux de vie. Il n’y a pas d’antagonisme entre mondial et territorial, il n’est pas question ici de repli identitaire, mais seulement d’une capacité à voir le monde de façon multifocale : développer des innovations à l’échelle mondiale tout en s’assurant qu’elles sont ancrées dans une réalité, au service de vrais usages qui améliorent réellement la vie.

Plongés dans les turbulences d’un environnement incertain, les individus sont avides de (re) trouver du sens. Cette aspiration doit être entendue des innovateurs.

Cap Digital a franchi en mai 2018 une étape très importante pour se développer en décidant d’absorber Advancity pour faire converger les deux formes de transitions les plus structurantes que notre économie aura à gérer dans les années à venir : le numérique et l’écologie.

Pour bien aligner ses actions sur les enjeux identifiés, Cap Digital se focalise désormais sur six grands domaines :

  • quatre secteurs Marchés
  • un secteur Technologies
  • un secteur Talents.
Plongés dans les turbulences d’un environnement incertain, les individus sont avides de (re) trouver du sens.
Cette aspiration doit être entendue des innovateurs.

Les quatre secteurs Marchés

Pour lesquels la transition numérique et écologique va faire levier pour résoudre de grands défis de société.

Les Industries Culturelles et Créatives (ICC)

C’est un terme à la fois plus générique mais aussi mieux défini que la dénomination antérieure (Médias, Culture, Publicité).

Le terme ICC intègre 10 secteurs dont celui des médias, de la culture, du patrimoine, de la publicité, du tourisme. C’est une dénomination qui fait l’objet d’un consensus au niveau européen.

De ce fait, les études sectorielles utilisent couramment ce périmètre, ce qui nous permet de disposer de données et d’analyses statistiques.

La Ville Durable

Au sens de notre feuille de route résultant de la fusion avec Advancity. Dans ce périmètre, on comprend trois champs d’action :

  • La Fabrique de la ville, qui porte sur les enjeux technologiques et d’innovation amont : matériaux et procédés constructifs ou de réhabilitation innovants, processus liés à l’éco-construction, à la co-conception urbaine avec les habitants, à la conception et l’organisation des éco-quartiers, technologies d’ENR, agriculture urbaine…
  • La Gestion urbaine : gestion technique des réseaux urbains, écosystème urbain et réduction des nuisances, intelligence ambiante, espaces hybrides, gestion des risques, traitement des déchets…
  • Vivre en ville : accessibilité et déplacements fluides et inter-modaux, nouvelles citoyennetés numériques, nouvelles modalités de financement des services ou équipements publics, modèles économiques coopératifs à l’échelle locale, accès aux ressources patrimoniales et touristiques, développement du e-commerce et logistique du dernier kilomètre…

La Santé

Au sens des services de santé puisque Cap Digital n’adresse que le versant numérique de la santé — et non les MedTech. Cette composante numérique comprend :

  • l’application des technologies numériques (IA, traitement d’image, etc.) à des données de santé
  • l’utilisation des devices numériques (objets connectés) dans des services de santé
  • la transformation numérique des systèmes de soin, de suivi des patients
  • l’utilisation de technologies numériques issues d’autres secteurs (Réalité Augmentée, Réalité Virtuelle, Robotique, Jeu etc.) dans le domaine médical et dans la formation des professionnels
  • la silver économie

Les services pour l’Industrie

Où l’on englobe les activités innovantes sur les marchés B2B, ou B2B2C, avec comme principaux champs d’action :

  • L’usine du futur, au sens de l’application des technologies d’Intelligence Artificielle, de Réalité Virtuelle et Réalité Augmentée, d’IoT, d’impression 3D, à l’optimisation des processus industriels, ou à la maintenance prédictive.
  • Le développement d’outils logiciels : les outils collaboratifs, les outils de performance du système d’information (ERP, CRM, etc.), la migration vers les architectures Cloud.
  • Le développement d’applicatifs : design, conseil, développement de services B2B
  • L’application de l’Intelligence Artificielle dans le champ des LegalTech, de l’AssurTech & des FinTech.

Un secteur Technologies

Ce secteur qui « irrigue » les différents marchés cités ci-dessus, représente un cœur extrêmement dynamique (pour ne compter que les entreprises, ce sont aujourd’hui 118 entreprises qui développent des composants technologiques deeptech : intelligence artificielle, assistants virtuels, logiciels de traitement d’images, de traitement automatique des langues, IA pour la robotique, etc.).

Ce secteur a besoin de la proximité avec les cas d’usage développés dans les marchés verticaux : au-delà d’une logique purement économique, cette proximité entre technologies et marchés nous permet également d’être engagés de façon pertinente dans la réflexion sur les questions éthiques ou de régulation.

Un secteur Talents

Il n’y a pas de transformation des entreprises sans les ressources humaines qui peuvent la mener, dans un contexte où la globalisation de l’économie accroît la concurrence pour les talents.

Cap Digital a été précurseur en créant un programme spécifique et en ouvrant un nouveau lieu d’innovation avec EdFab. Cette démarche doit s’amplifier, avec notamment des services bien adaptés aux PME en transition — comme c’est déjà le cas avec notre Cap Digital Campus, lancé il y a quelques jours — et aussi en élargissant le spectre de ses actions vers les thématiques environnementales.

Il n’y a pas de transformation des entreprises sans les ressources humaines qui peuvent la mener

Forts de ce constat nous avons identifié les 20 grands défis qui nous paraissent les plus structurants, en s’appuyant sur les travaux de nos groupes de travail, de nos experts et sur les réflexions de notre équipe interne. Ces défis doivent servir à nourrir les échanges au sein de notre collectif et au-delà, avec toutes les parties prenantes.

1- Dans les industries culturelles et créatives

Les différents secteurs des industries culturelles et créatives (médias, arts visuels, spectacle vivant, mode, publicité, etc.) pèsent ensemble plus de 100 milliards d’euros, soit environ 5% du PIB de notre pays (estimation Bpifrance — chiffres 2015).

A Cap Digital, la communauté des acteurs des Médias — qui a constitué le noyau d’origine du pôle — reste la plus importante en nombre d’adhérents. La numérisation et la dématérialisation des contenus en a fait également l’une des communautés historiquement les plus engagées dans l’innovation.

Aujourd’hui ce sont essentiellement l’Intelligence Artificielle et les technologies immersives qui sont les plus transformatrices, dans un paysage caractérisé par la profonde déstabilisation opérée par les plateformes.

Le secteur de la Publicité est lui aussi en plein bouleversement. Alors qu’il y a encore cinq ans, la totalité de l’achat média publicitaire était externalisé et confié aux agences, d’après l’Union Des Annonceurs (UDA) on peut estimer que 20 à 30 % de ces achats sont maintenant gérés en direct par les annonceurs. Google et Facebook captent à eux seuls 75 % des investissements (95 % sur le seul marché des smartphones).

Nos grands défis pour les ICC

Remettre à niveau les pratiques des professionnels des médias pour exploiter toutes les opportunités des expériences immersives et virtuelles désormais matures
S’armer pour faire face aux bouleversements des chaînes de valeur dans les médias et affronter les ambitions des plateformes mondiales
Décupler la dynamique de croissance de la filière du e-sport dans la perspective de Paris 2024
Ouvrir de nouvelles opportunités pour les acteurs des AdTech, dans un marché de la publicité en pleine reconfiguration
De l’Infox au Deepfake, en finir avec les fake news

2- Dans la santé

L’un des grands défis identifiés par le Conseil de l’innovation lors de sa séance inaugurale en juillet 2018, s’intitule : « Comment améliorer les diagnostics médicaux par l’intelligence artificielle ».

Il aborde la question de la collecte des données de santé et de leur standardisation, de l’interopérabilité, de la mise en place de plateformes collaboratives et du développement des logiciels d’IA pour faire de l’analyse prédictive.

Cap Digital s’inscrit complètement dans ce type d’actions et y contribuera lorsque le programme opérationnel correspondant sera lancé.

Nos grands défis pour la santé

Mutualiser nos données de santé : la clé de l’amélioration de la prise en charge des patients
Innover pour mieux vivre et bien vieillir
Mettre la techno au service de la formation des professionnels, l’observance des patients et la sensibilisation du grand public

3- Dans la ville durable

Lorsque Cap Digital a fusionné avec Advancity en mai 2018, nous avons travaillé à une « Feuille de route Ville Durable » sur laquelle s’est fondée la reconnaissance de Cap Digital en tant que pôle de la transition numérique et écologique.

Cette feuille de route très opérationnelle, liste les actions à entreprendre dans toutes les composantes de nos actions : animation, innovation, accompagnement des entreprises, communication, etc.

Pour animer la nouvelle communauté Ville Durable et l’alimenter en idées et en débats, nous sommes en train de mettre en place différents groupes de travail (autour de sujets comme l’environnement urbain et la santé publique, l’attractivité touristique et les JO 2024, la mobilité électrique, les plateformes de données territoriales, l’industrialisation du bâtiment, le permis de construire numérique, l’intelligence artificielle et l’architecture, les nouveaux modèles de commerce urbain, l’habitat innovant et connecté, les quartiers à énergie positive…).

Les défis ci-dessous sont là encore des données d’entrée pour ces groupes, plus que des conclusions.

Nos grands défis pour la Ville Durable

Mieux gérer l’énergie pour accélérer la rénovation du bâti
Inventer les techniques constructives de 2030
Paris 2024 : une opportunité unique pour un territoire durable
Repenser les centres urbains
Contribuer à la lutte organisée contre les émissions de CO2
Pour un tourisme plus durable, respectueux des ressources et de l’environnement

4- Dans les services pour l’industrie

Après une lourde phase de désindustrialisation, la part de l’industrie dans le PIB français compte aujourd’hui pour moins de 10%.

Les liens entre industrie et service ne se cantonnent plus au développement de services annexes par les entreprises industrielles (support, vente, logistique), mais les entreprises de services innovantes peuvent aujourd’hui intégrer une composante de fabrication, les rôles tendant à se croiser.

Notre grand défi pour l’industrie

Booster la fabrication de proximité et la micro-industrialisation grâce aux technologies numériques de l’IoT et de l’automatisation

5- Dans les technologies

L’Etat, la région et l’Union Européenne définissent des plans stratégiques sur l’intelligence artificielle (AI for Humanity, Plan régional pour l’IA, initiative européenne sur l’IA), qui comporteront nombre de défis dans lesquels Cap Digital va s’inscrire. En complément, nous identifions ci-dessous des questionnements qui nous sont plus spécifiques.

Les technologies d’Intelligence Artificielle qui occupent actuellement le devant de la scène médiatique sont issues d’une longue maturation, et bénéficient enfin aujourd’hui de la puissance de calcul nécessaire pour atteindre des performances permettant leur utilisation pratique dans différents marchés.

En complément des efforts de recherche à poursuivre, il nous apparaît essentiel de structurer des communautés autour des usages de l’IA au service des enjeux sociétaux, comme par exemple la santé, l’éducation, l’environnement, et plus globalement l’approche Tech for good.

Nos grands défis pour les technologies

De la « Tech for good » d’aujourd’hui, à l’ordinateur quantique de demain : repenser l’impact sur l’économie et la société de l’intelligence artificielle et des révolutions technologiques de nos infrastructures numériques
« Démocratiser » la mise en oeuvre de l’IA dans les PME
Rebooting the web of trust » : rétablir la confiance dans l’économie numérique

6- Pour les talents

85% des métiers qui seront exercés en 2030 n’existent pas encore, selon une étude de Dell et de l’Institut pour le Futur.

Ce chiffre permet de mesurer l’ampleur de la tâche : apprendre à apprendre est LA priorité des années à venir.

Nos grands défis pour les talents

Construire une société apprenante pour gérer la nécessaire transformation des compétences
Faire des entreprises de la EdTech française les leaders de l’éducation-formation sur le marché des pays francophones

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