Condition : faire communauté

pour co-gouverner nos villes

Le mot commun tire ses origines du latin : Communis -qui appartient à plusieurs, cum -avec et munis -qui accomplit sa charge. Le philosophe italien Roberto Esposito précise que le mot latin communitas (communauté en français) se construit avec et à partir de unus qui veut dire obligation, mais dans le sens du don. La communauté n’existe pas tant parce que quelque chose est partagé en commun mais plutôt parce les membres sont engagés les uns vis à vis des autres. Cet engagement humain, encadré par un mode de gouvernance, est essentiel : Elinor Ostrom rappelle dans La gouvernance des biens communs : pour une nouvelle approche des ressources naturelles, qu’un commun ne peut exister durablement sans règles pour encadrer son exploitation.

L’espace commun urbain doit lui aussi être gouverné par une communauté organisée.

Le numérique et l’internet favorisent l’apparition de ces communautés urbaines en fournissant des outils d’organisation et de communication interne indispensables à une vie commune. À Brest par exemple, la municipalité a mis en place une plateforme Wiki qui permet aux habitants d’échanger autour de leur patrimoine commun, de s’organiser en communauté mais aussi de partager des idées et ressources pour intervenir et connaître ses espaces publics. Le site connaît un réel succès et participe au développement de l’implication citoyennes dans les projets urbains menés par la ville.

Échelle de la communauté urbaine

La communauté urbaine n’est pas la ville. En fait, pour que la communauté puisse s’organiser et vivre, elle ne doit pas dépasser une certaine grandeur.

Yona Friedman, Composée de villages urbains, 2007

Yona Friedman parle de groupe critique : il s’agit du plus grand ensemble d’éléments (hommes, objets et liens) avec lequel le bon fonctionnement d’une organisation ayant une structure définie, peut encore être assuré. Cet ensemble peut se calculer, prenant en compte la taille du territoire, les moyens de communication dont disposent les membres de la communauté, etc. Ces groupes prennent la forme de villages urbains, sortes de micro sociétés qui composent la ville. Friedman explique dans Utopies réalisables :

Comme toute organisation égalitaire, le village urbain est remarquablement stable : il ne peut pas grandir (pour des raisons pratiques : son territoire est limité) et de ce fait il ne se dégrade pas facilement. Le village urbain est l’entité sociale qui a la plus grande probabilité de survie en cas de crise ou de pénurie. Nous avons eu de nombreux exemples de l’importance des villages urbains durant les temps de guerre et de crise : quand les gouvernements centraux devenaient impuissants et incapables d’agir, les villages urbains, les quartiers, prenaient la relève et organisaient leur survie.

Au sein même des villages urbains, il y a le voisinage. Cette entité n’a pas vraiment de délimitations : elle recouvre, à peu près, la zone urbaine que le chat parcourt. P.M propose dans son ouvrage Voisinages et communs un plan d’action concret permettant aux voisinages d’être les modules les plus petits d’un mode de vie fondé sur les communs. Cette échelle est favorable à la création et à l’organisation de communautés urbaines, mais le plus petit dénominateur commun est finalement l’habitant.

Le “collectif”, ce dogme très ancien du fonctionnalisme, voudrait que comme les habitants d’un quartier ont quelque chose en commun, ils doivent nécessairement avoir beaucoup de choses en commun.

Mais le résident ne partage avec les autres habitants qu’une zone géographique et ne se sent pas forcément investi ou compris à l’intérieur de la globalisation du quartier. Dans les villes et quartiers où les crises urbaines sont moins fortes ou généralisée, les communautés peinent d’autant plus à se développer. Le rapport au territoire -et aux autres citadins- se fait de plus en plus discret et le sentiment d’appartenance de plus en plus rare.

Il s’agit alors d’identifier les paramètres, actionnables par le design, qui permettrait de développer et de renforcer les communautés urbaines.

  • La fête des voisins est un mouvement visant à créer du lien entre les différents habitants d’un même lieu, mais aussi irrémédiablement à rendre l’habitant conscient de son appartenance à son quartier. L’aspect festif permet de rassembler une diversité de citadins qui, de prime abord ne partagent qu’un lieu de résidence, mais profitent de l’occasion pour se rencontrer et échanger. L’événement a traditionnellement lieu une fois par an, mais des dispositifs de rencontres plus réguliers -permanents ?- pourrait peut-être fédérer de manière plus importante les habitants-voisins autour du territoire qu’ils partagent

L’aménagement d’un même espace public concerne cependant plus d’un voisinage. La planification est souvent pensée par zones, plus grandes encore que des quartiers. À Strasbourg, la démocratie participative s’exerce par secteurs et le quartier gare est inclus dans le groupe Gare-Kléber. Cette division est peu “concernante” puisqu’elle rassemble plusieurs villages urbains et limite, de par sa taille, les possibilités de collaboration entre services publics et communautés.

La co-conception urbaine pourrait peut-être s’organiser et se faire selon des zones identifiées par les habitants eux-mêmes.

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