Faire des cartes pour préparer l’action urbaine

La carte est plus intéressante que le territoire.

Michel HOUELLEBECQ, La carte et le territoire, Flammarion, 2010

On entend par là que la représentation que l’on se fait du monde est plus intéressante que la réalité. La carte devient un support d’enrichissement et d’approfondissement du territoire, elle est même le moyen de se l’approprier en le relatant à sa manière. Mais cartographier n’a rien d’anodin : les représentations faites par les citoyens nous font imaginer d’autres futurs urbains et visent à préparer les conditions d’une transformation urbaine.

Les cartes, comme supports du récit du territoire, servent de liens entre les différents acteurs de la ville et montrent les porosités entre débat universitaire et activisme urbain.

Mais elles sont déjà un formidable outil pour questionner le rapport que chaque citadin entretient avec son environnement et avec les autres résidents.

Cette volonté de défendre le droit de la collectivité de consulter, créer, éditer et échanger des cartes mais aussi d’accéder aux données cartographiques est poétique autant que politique. Poétique parce qu’elle assume l’inévitable part de subjectivité dans l’approche du territoire et considère la pluralité des visions cartographiques comme autant de métaphores possibles du monde dans lequel nous vivons. Politique parce qu’elle entend donner le pouvoir aux utilisateurs de penser individuellement ou collectivement le territoire, et, peut-être, d’influencer son devenir.

Pratiquer la cartographie en milieu urbain et populaire, c’est engager l’habitant vers une citoyenneté plus active, lui d’habitude laissé à l’écart des projets urbains. C’est surtout un moyen de fédérer des communautés : rassembler des voisins jusqu’alors inconnus, fédérer autour de projets cartographiques pour faire ressortir le commun. Ensemble, ces nouvelles communautés deviennent capables de produire et de communiquer leurs points de vue, au travers de cartes plus sensibles qui manquaient jusqu’à présent dans les bureaux d’urbanistes.

Il n’est plus question de tracer les contours du tissu urbain mais de montrer les subtilités du territoire, sa fragmentation en villages urbains, les ambiances qui y sont rattachées.

Ce travail cherche bien sur à interpeller les municipalités, en laissant traces de vécu, traces qui pourront être lues et étudiées dans le cadre des projets urbains : la carte comme tentative supplémentaire de faire entendre les réalités citoyennes et de tendre vers une gouvernance des espaces publics plus horizontale.

Mais finalement, cartographier développe les sens : déambuler, découvrir ou redécouvrir les recoins de son environnement, s’attarder sur les détails qui font de nos quartiers ce qu’ils sont. Les cartes invitent incontestablement à préparer l’action urbaine ; représenter le territoire pour, plus tard peut-être, se l’approprier, l’investir, l’habiter.