Fonctionnalisme et paternalisme

L’approche fonctionnaliste est courante en urbanisme depuis que les trente glorieuses, où les principes de la charte d’Athènes ont été appliqués à la ville. Cette vision ne considère pas la pluralité des usages et veut appréhender les pratiques humaines pour penser une “ville-machine” dont chaque pièce répondrait à une fonction.

Plan voisin dessiné par Le Corbusier en 1925 pour Paris

Les espaces publics sont très marqués par cette approche : la séparation des flux, de même que celles des fonctions restent de rigueur dans les villes. La culture fonctionnelle aboutit souvent à des réponses monofonctionnelles car elle sélectionne les besoins auxquels elle doit apporter des réponses. Et lorsque les espaces sont pensés comme des aires lisses et ouvertes, les bornes, petits poteaux, rochers et autres demi-lunes réapparaissent vite pour contrer les usages que l’on n’avait pas voulu prévoir à la conception.

Entretien avec Henri Lefèbvre, à propos du fonctionnalisme

Le fonctionnalisme ne permet pas non plus les démarches décoratives -pourtant essentielle- : la technique doit s’afficher comme telle, le matériau et la fonction doivent suffir à l’esthétique. La culture environnementaliste s’oppose à cette vision et considère que l’image que renvoient les espaces et sa vision est si importante que l’embellissement, plastique ou végétalisé doit être pratiqué. Ils préfèreront les arbres, bancs et lampadaires aux potelets pour préserver les espaces publics piétons. Mais ces deux approches restent paternalistes. Yona Friedman explique :

Les utopies peuvent être paternalistes (proposées de l’extérieur) ou non paternalistes (proposées par ceux-là mêmes qui supporteront les risques de la proposition) ; cette dernière solution implique l’existence d’un feed back continu exprimé en un langage compréhensible par tous.

Les projets urbains -et PLU- paternalistes connaissent de nombreuses oppositions, puisqu’ils ne pourront jamais être aussi “justes” que s’ils étaient le fruit des communautés. Les urbanistes et designers peuvent cependant collaborer avec les final-users, les habitants pour maximiser les chances de réussite durable du projet. Les designers urbains ne sont plus seuls aux commandes mais gardent une place essentielle : ils redonnent du pouvoir aux citadins et se re-qualifient comme facilitateurs qui, avec leurs savoirs-faire, accompagnent la communauté dans la mise en oeuvre de ses nouvelles missions. Le designer urbain ainsi défini tient un rôle moins paternaliste : il n’intervient pas dans les choix mais donne toutes les clés et les outils nécessaires aux habitants pour qu’ils puissent être plus libres et autonomes.

Article suivant : Démocratiser le projet urbain