Kaléidoscope sonore


Synopsie: n.f. (du grec sun, avec et opsis, vue). Forme de synesthésie, au cours de laquelle la perception d’un son produit chez le sujet des phénomènes de vision colorée.

Dans mon imaginaire, la synopsie renvoie inévitablement à l’étreinte hypnotique d’ondes sonores et colorées propre au mouvement psychédélique de la fin des 60s. Affiches de concert, pochettes d’album, performances scéniques, styles vestimentaires: tous les moyens sont bons pour retranscrire ou stimuler l’expérience sensorielle totale qu’est la prise de substances hallucinogènes.

Lee Conklin, affiche du concert de Canned Heat, Gordon Lightfoot, Cold Blood, 3 octobre 1968, Fillmore West, San Francisco

Graphisme et musique s’embrassent à pleine bouche. Entre influences art nouveau, acid trip et art indien, l’art psychédélique est composé de couleurs saturées et de courbes sinueuses qui s’entremêlent à l’infini.

A la fin du XIXè siècle, Alexandre Scriabine, un compositeur russe possédant ce don de synopsie, tente de rationaliser les correspondances entre couleurs et sons. Sur la partition de son poème symphonique Prométhée, il dédie une portée intitulée “Luce” (lumière) aux couleurs devant être projetées en phase avec sa musique.

Couleurs synesthésiques perçues par Scriabine

Son désir quasi-obsessionnel d’accompagner sa musique de couleurs le conduit même à inventer un clavier, Chromola, dont chaque note jouée correspond à une couleur projetée sur un écran.

Les groupes de rock psychédélique de la fin des 60s s’en inspireront pour leur light shows. En projetant un faisceau de lumière à travers une surface en verre contenant un mélange d’eau et d’huiles colorées, les artistes proposent une expérience visuelle et sonore plus complète, pour le plus grand plaisir d’un public en transe.

Prestation du Jefferson Airplane diffusée par le Dick Cavett Show le 19 août 1969, soit deux jours après leur concert à Woodstock. Lightshow par Glenn McKay

Félix Cachera — Cours 3: les marques en couleur