L’aidant

Cette semaine, jeudi, le 6 octobre, c’était la journée nationale des aidants. La septième. Et on n’en a pas assez parlé.

À cette occasion, l’association en charge de l’organisation souhaitait “informer les entreprises, sensibiliser les salariés et tous les actifs aux aides existantes, mais aussi mobiliser tous les acteurs du soutien aux aidants”. Une journée tournée vers les actifs donc : 58% des aidants le sont, et 50% sont salariés, selon le baromètre des aidants BVA publié pour la fondation April, le 6 octobre, justement.

Mais c’est quoi, un aidant ?

69% de la totalité des aidants n’ont jamais entendu parler de ce terme ou ne se considèrent pas comme aidants

Il aura fallut 18 ans à ma maman pour qu’elle accepte de se considérer comme une aidante. C’était au détour d’une conversation téléphonique, elle me parlait des aides extérieurs qui se mettaient en place autour de mon papa aux heures où elle, elle travaille. Et puis, comme ça, elle m’a parlé d’une association pour les aidants que l’assistante sociale lui a conseillée : “je les ai appelés en expliquant que je ne savais pas trop ce que j’en attendais parce que moi, bon, je ne sais pas… et, tout de suite, la personne en ligne m’a répondu

oui, je comprends, peut-être que vous l’êtes, mais vous n’avez pas vraiment envie d’être aidante,

ça m’a fait du bien.”

18 ans pour que ma maman accepte de me dire sans le dire qu’elle ne veut pas être aidante. 
Qui le voudrait ? 
Sa façon à elle de me dire qu’elle en a au moins accepté l’idée, face à une association, comme d’autres, qui en ont vu d’autres : elle n’a même pas eu besoin de leur dire, ils avaient déjà compris.

Parce que c’est quoi “être aidant” ?

Être aidant c’est, déjà, accepter que d’une façon ou d’une autre, le handicap, est là, présent. Accepter que la personne que l’on a en face de nous (enfant, conjoint, ami, frère ou soeur) et de qui on prend soin bénévolement, naturellement, est diminuée, n’est pas complètement automne, est handicapée. 
Pourrai-je encore un jour t’admirer ?

Être aidant c’est, ensuite, comprendre que dans sa vie de tous les jours, dans les faits et gestes parfois les plus anodins, cette personne a BESOIN de quelqu’un, et ce qu’un, c’est nous, c’est notre responsabilité, qui s’est installée là, souvent, sans vraiment nous demander notre avis.
Serai-je à nouveau libre ?

Être aidant c’est, souvent, faire son deuil de ce qu’on avait rêvé ou en tous cas imaginé, accepter que le passé ne reviendra plus et que l’avenir se conjugue avec le handicap.
C’est donc ça, la vie, maintenant ?

Alors, seulement après toutes ces étapes et sûrement bien d’autres, être aidant c’est lâcher les armes, arrêter la bataille et basculer totalement dans l’empathie.

À quel moment, devient-on aidant ?

On est aidant le jour où le service que l’on rend pour aider une personne qu’on aime ne se fait plus juste pour faire plaisir, mais parce que, si nous on ne le fait pas, alors qui d’autre le fera ?

Près d’un tiers des aidants (32%) sont seuls à s’occuper du ou des proche(s) aidé(s), 49% quand l’aidé vit au domicile.

L’aide aux aidants

L’aide elle vient des proches, bien-sûr : les amis, les autres membres de la famille… 
On est nombreux dans la #TeamPapa mais, on ne va pas se mentir, dans le quotidien, ma maman, elle est bien seule.

L’aide peut aussi venir de professionnels, de gens dont c’est le métier… 
On est de plus en plus nombreux dans la #TeamPapa : aux généralistes et neurologues sont venus s’ajouter les infirmières qui passent plusieurs fois par jour contrôler les prises de médicament, le kiné, la prof de gym, l’orthophoniste, l’assistante sociale, les aides à domiciles, les accompagnants, etc. Des gens qui, de leur bienveillance et leur patience apportent aide et soutien, rassurent ma maman quand elle n’est pas là et développent, eux aussi, leur relation avec mon papa.
C’est un sujet qu’il me faudra détailler un peu plus. Mais disons déjà que c’est un soutien précieux.

Il faut parler des aidants ? Oui, et il faut parler aux aidants.

On n’entendra pas beaucoup parler de la journée des aidants, traitée majoritairement dans la presse locale comme relai des évènements qui se déroulent un peu partout en France.
Le Point en a fait un article mais je retiens celui de La Croix qui a le mérite de rappeler les avancées concrètes apportées par la loi :

Depuis janvier, la loi de l’adaptation de la société au vieillissement (ASV) permet aux aidants un « droit au répit », une aide pouvant aller jusqu’à 500 € par an qui permet de financer quelques jours dans un centre spécialisé ou quelques heures supplémentaires d’aide à domicile.
Les salariés aidants pourront aussi bénéficier dès 2017 du « congé proche aidant », une période de trois mois, renouvelable, pour « mieux articuler vie professionnelle et vie privée », selon Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée de l’autonomie.

Il conviendra à chacun bien-sûr de s’informer sur son cas personnel au près des structures adaptées (comme on dit si joliment). Il convient surtout de ne pas oublier les aidants et de saluer le travail qui est fait par de nombreuses associations et bénévoles pour travailler avec eux.

Il est terriblement difficile de vivre et d’accepter son handicap. 
Il est terriblement douloureux d’accepter le handicap de celui que l’on aime et toutes les conséquences que cela peut avoir sur l’entourage, plus particulièrement les aidants, les grands oubliés dans cette histoire mais les premiers impactés.

ER


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