28 années pour comprendre qu’on a tout inventé

Vous choisissez.

Réfléchissez. Vous sortez du ventre de votre mère. Tout autour de vous change en quelques minutes : votre environnement, ce que vous en percevez, surement jusqu’à la façon dont vous respirez. L’expérience est si traumatisante qu’aucun de nous ne s’en souvient. Ce jour là, vous arrivez au monde, mais pas seulement. Ce jour là, vous arrivez dans un monde. Ce jour là, vous arrivez dans le monde de vos parents.

Selon vos parents, vous naissez dans un certain pays, à un certain endroit, avec une certaine religion et vous êtes soumis à certaines lois. Vous ne le savez pas encore mais les premières années de votre vie vous l’apprendront. En quelques semaines, mois, et années, vous serez marqués par l’histoire de vos parents, qui fait d’eux les meilleurs parents qui leur est donné d’être dans ces moments, mais également par la vie qu’ils veulent pour vous.

Votre première expérience du monde extérieur et de ses règles vous sont apprises à l’école. On vous apprend à comparer, à chercher les différences, à dissocier les droits des interdictions. On vous demande, ainsi qu’aux enfants autour de vous, d’atteindre des paliers de développement définis selon l’âge. Ils ne sont pas définis selon l’enfant, mais selon l’âge. Vous faites de votre mieux, selon vous.

Très vite vous sentez que l’autre n’est pas différent, son environnement l’est. Certains enfants ont des parents qui viennent les chercher à l’école, d’autres sont attendus par les grands-parents, d’autres rentrent avec la baby-sitter. Vous n’avez pas les mêmes goûters dans vos cartables et n’appréhendez pas de la même façon d’avoir une mauvaise note.

La religion n’est pas encore une foi. Elle vous a été transmise par vos parents. C’est votre héritage. On vous dit ce en quoi vous devez croire, et vous l’acceptez comme vérité. En grandissant, vous souffrez peut-être de ne pas être à la hauteur de ses coutumes parce que certaines parties de celles-ci vous échappent. Après tout, vous ne l’avez pas choisi.

Plus tard, à l’adolescence, vous ne savez pas bien vous situer entre le désir de ressemblance et celui d’être remarqué. Le conflit intérieur qui surgit alors marque à jamais une étape de votre construction. L’image de soi prend toute la place et c’est pourtant la période la plus compliquée pour être soi même. Vous êtes conscients des règles en société, des droits de votre pays et ces deux modèles vous semblent être les seuls qui existent au monde.

L’amour arrive brusquement dans votre vie à l’heure où vous n’en connaissez pourtant pas la définition. Vous confondez amour avec attention, fidélité avec dépendance, amour propre avec fierté, et amour de l’autre avec sacrifice. Vous ne savez pas d’où viennent vos idées de l’amour. Vous ignorez même en avoir.

Ça y est, vous avez 20 ans. Vous avez fait des choix qui ont scellé votre vie présente : des choix lors de votre scolarité, des choix guidés par votre éducation, vos croyances, la perception du monde et de son étendu. Vous ne saviez pas véritablement ce que signifie choisir. Vous entrez alors dans la vingtaine, et vous apprenez.


La vingtaine, les 10 glorieuses de l’hyperchoix.


Vos premières décisions ont leurs premières conséquences. Vous n’êtes pas toujours d’accord avec le monde autour. Vous en êtes parfois touché, choqué, blessé lors de conversations. Vous prenez part aux débats.

Réfléchissez. Vous êtes nés ici ou ailleurs. Êtes-vous nés ici ou ailleurs ? Vous pensez que cela ne change rien, que certaines choses sont évidentes ou relèvent du bon sens. Pourtant, cela change tout.

L’endroit où vous êtes nés, la femme qui vous a donné la vie, les individus qui se sont occupés de vous, les premières personnes que vous avez aimé, la culture de votre pays, vos modèles religieux. Ça change absolument tout. Vous ne pouvez parler qu’en votre nom, peut-être. Mais vous pouvez écouter tout le monde, véritablement.

Vous avez la vingtaine. Jouez à un jeu différent. Et si vous étiez nés ailleurs ? Voyagez, observez, acceptez et vous verrez.


On a tout inventé.


Cette semaine, j’ai 27 ans pour la dernière fois. Au fond, cela ne veut pas dire grand chose. J’ai juste pris l’habitude de définir ma vie dans le temps, comme si compter les années me permettrait d’avoir une idée (très relative) du temps qu’il me reste.

Je n’ai pas appris grand chose ces dernières années, j’ai désappris. M’ouvrir à d’autres pays, à d’autres milieux, à d’autres définitions, à d’autres points de vue m’a enrichit souvent, dérangé parfois. C’est douloureux de tout accepter quand on cherche à comprendre. La tolérance et l’humilité sont pourtant là : accepter de ne pas comprendre sans diminuer.

Il n’y a pas de vérité, nous avons tout inventé. Je ne m’interroge plus sur ce que je sais, je m’interroge sur ce que je choisis. Ce que je choisis de croire, de voir, de penser ou d’aimer.


Il y a une notion fondamentale de l’être, que nous sommes des génies à masquer : la solitude. J’ai le sentiment que l’histoire part de là, d’une composante essentielle de l’être : la solitude. La solitude est extrêmement répandue, et paradoxalement peu connue. La solitude n’est pas le fait d’être seul. La solitude est le fait de se sentir seul. La solitude est la recherche de la vérité. La solitude est le choix de ne plus se laisser berner par toutes les choses inventées qu’on a prise pour la vérité. C’est pour cette raison que la solitude est un exercice difficile, un sentiment souvent repoussant. Rares sont finalement ceux qui recherchent la vérité.

Réfléchissez. Si vous aviez fait l’expérience de la solitude au point de remettre en question l’ensemble de vos appartenances, jugeriez-vous encore un jour de votre vie ?

Et le monde s’agite.


On croit savoir mieux que l’autre et le monde souffre de toujours se tromper. On ne se trompe pas parce que l’on a tort. On se trompe parce que l’on cherche à avoir raison.

Cette semaine, j’ai 27 ans pour la dernière fois et je vous donne mon avis. Avec l’âge, il va changer. Nous changeons d’avis. C’est comme cela que s’est écrit l’histoire, avec des avis qui changent.

Cela prouve une fois encore, qu’à chaque moment, nous avons tout inventé.


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