Parlons-nous vraiment de nos addictions ?

Le “pourquoi” derrière nos “quoi”.

Il y a des sujets dont on épuise les ressources jusqu’à en créer de nouvelles. Et il y a des sujets dont on ne parle pas, ou dont on parle à côté.

Quand j’ai perdu mon grand père, je me souviens des mots de ma grand-mère :

« Elle parle beaucoup, mais elle ne dit pas l’essentiel. Elle le garde pour elle. C’est ce que ton grand père disait de toi. »

Ces mots m’ont fait l’effet d’un « je t’aime » qu’il m’envoyait sans être là. J’ai toujours beaucoup parlé : trop pour ceux qui ne s’y intéresse pas, beaucoup pour la plupart des gens. Je reconnais naturellement que je laisse peu de place au mystère. Mais ceux qui m’aiment savent. Comme nous tous, l’essentiel est rarement dit.


Parlons-nous vraiment de nos addictions ?

Depuis 1 an et demi, je publie ce que j’écris. J’exprime mes expériences, les enseignements, et la transformation. Pourtant, je ne crois pas avoir évoqué l’essentiel. Je n’aurais pas pu le dire avant aujourd’hui, avant de savoir que c’est terminé, que l’on se remet, que je me suis sauvée. Dans tous les sens du terme.

Une addiction peut revêtir plusieurs formes, mais elle a des stigmates. L’obsession, le manque, la perte d’équilibre, l’excessivité, et puis... Sort-on de l’addiction sans dépression ?

Je suis passée par tous ces états. Entreprendre, voyager, méditer, questionner, écrire, tout participait à vouloir me sauver. Il ne s’agit pas de fuir, mais de sortir de cette condition qui vous anesthésie à toute autre forme de vie, ou encore qui vous insuffle de la vie pour ensuite vous en priver : l’addiction.

Une histoire qui bascule dans l’addiction avant tout autre chose. Je l’ai su dès que je l’ai vu : avec lui nous vivrons une fin, ou nous vivrons rien ; j’ai choisi de le vivre. Je ne peux pas décrire la suite, sans basculer dans une idée. Je ne veux pas vous faire “d’idées”. Le vécu prime.

Je l’ai rencontré et ma vue à changé. L’addiction immédiate. J’ai basculé dans une créativité exacerbée, la peur de rien, la notion de rien, le dépassement de mes limites. Un monde s’ouvrait à moi, et il était celui qui ouvrait les portes. J’ai été folle de ça, avant d’être folle de lui. Sans le vouloir, longtemps sans le savoir, cette addiction m’habitait : mes envies, mes décisions, mes réflexes, jusqu’à mon approche de la vie. Il n’était pas question de faire pour ou par rapport à cette addiction, mais simplement de faire avec. Un homme était là, indépendant, libre, entreprenant et entrepreneur. Je voulais l’être : indépendante, libre, entreprenante et entrepreneur.

Extérieurement, que le désir consume est largement ignoré. Une addiction vous porte à une telle hauteur que les gens pensent que vous êtes encore bien haut quand vous vous êtes pourtant effondrée. Intérieurement c’est une tout autre histoire : vous êtes enlisée, dans une guerre perpétuelle contre vous même, et votre confiance s’essouffle à chaque fois que vous n’y parvenez pas. Parce que pendant un temps infini, vous n’y arrivez pas.

C’est scandaleux la façon dont nous sous estimons l’addiction. Si ce n’est pas de la drogue dure, tout le monde minimisera l’addiction et pensera qu’on en sort simplement à renfort de volonté. On ne parle pas de ces addictions autour d’un café.

Parce que c’est rare de parler de l’essentiel, du “pourquoi” derrière tous nos “quoi”, de nos vraies motivations qui prennent naissance bien au delà de ce qu’on s’autorise même d’avouer à soi-même.

Ce qui m’amène à me demander : parlons- nous vraiment de nos addictions ?

Nous en avons, certaines même si évidentes qu’on ne les regarde plus. Nous les laissons nous définir à s’y méprendre. Nous avons appris à vivre avec, au point de penser ne pas pouvoir vivre sans. Nous pouvons être addict à un goût, une condition, une personne, une activité, etc.

Finalement hier, alors que je perdais confiance sur mon aptitude à changer radicalement quelque chose qui ne me convient pas, ça m’a frappé. Je n’aurais pas pu le dire avant aujourd’hui, mais c’est terminé, je me suis sauvée. Dans tous les sens du terme. Je n’ai plus l’addiction qui m’a habité près de 3 années. Soudainement, je n’avais plus aucune raison de douter de mon aptitude à changer radicalement quelque chose qui ne me convient pas. Je l’avais fait.

Nous ne sommes pas nos addictions. Nous pouvons nous en séparer. Il suffit simplement de se rappeler que nos addictions ne nous définissent pas, nous les définissons.

Le “pourquoi” derrière tous nos “quoi” est la solution. Alors pourquoi ne jamais parler de nos addictions ? De ce qui nous habite à un tel point qu’on ne le regarde même plus. De ce qu’on ne remet plus en question. De ce “pourquoi’ si ancré, que nous l’avons oublié ?

Toutes les addictions ne sont pas révélées. Toutes les addictions ne sont pas assumées. Toutes les addictions ne sont pas soupçonnées. Toutes les addictions ne sont pas néfastes. L’addiction est aussi un élan de vie, qui nous impose des choix avec un naturel déconcertant.

Nos addictions sont nos secrets, ou elles n’en sont plus.

Mais savoir reconnaitre nos addictions, c’est pouvoir choisir en toute conscience. Ce qu’on choisirait pour soi si nous n’en avions pas.


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