Rechercher l’Autre au mauvais endroit

Pouvons-nous, pour une fois, juste une fois, regarder au bon endroit ?

Les 25 premières années de ma vie, je croyais que j’étais triste, en colère, heureuse, amoureuse,… selon l’Autre. J’étais triste à cause de, en colère contre, heureuse grâce à et amoureuse de.

Je croyais qu’une amie, qu’un homme, que mes parents, mes collègues ou un inconnu croisé dans la rue avait une part de responsabilité dans ce qui émane de moi, dans les sentiments que je ressentais.

Pendant 25 ans, lorsque je ressentais quelque chose, je l’attribuais à quelqu’un.

Il me paraissait aussi insensé de déjeuner, d’aller au cinéma, à la plage, de faire du vélo ou de partir en weekend seule. J’étais absolument persuadée que “vivre seule n’avait aucun sens”. Je ne suis pas certaine de la définition que je posais derrière mes mots, mais je me souviens avoir répété :

“Je ne vois pas le point d’être vivant, si ce n’est pas pour partager la vie avec les autres.”

Par Autre, j’entendais un (ou plusieurs) autre être humain.

L’année de mes 25 ans, j’ai vécu plusieurs ruptures. Au sens propre, ces évènements ou expériences ont marqué, dans ma vie, un avant et un après.

En perdant plusieurs Autre, j’ai eu l’impression de perdre mes repères. Pire encore, j’ai eu l’impression de me perdre moi-même.

Ce sentiment est normal. Nous sommes tous si attachés à l’Autre, à son regard, à son attention, à nos échanges avec lui, à sa présence, que quand l’Autre (qui plus est un Autre que nous aimons) disparait, c’est comme si une part de nous disparaissait avec lui. C’est le cas lors d’un deuil, ou d’une rupture sentimentale ou amicale.

L’année de mes 26 ans, j’ai essayé de panser mes plaies, de (me) soigner (de) ces ruptures. C’est à cette période où j’ai découvert que la rupture n’était pas celle que je pensais.

C’est à cette période, que j’ai compris qu’il était anormal (et j’assume entièrement le choix du mot) de ressentir un vide à l’intérieur, en perdant quelque chose qui nous est extérieur.

Comment pouvons-nous expliquer un vide si béant, aspirant, déchirant à l’intérieur de soi pour quelque chose qui se produit à l’extérieur de soi ?

Comprendre ce dysfonctionnement ne signifie pas que je savais comment le résoudre. Comme tout le monde, je me suis basée sur ce que je connais, et j’ai expérimenté. Le voyage et la créativité ont été certaines de mes tentatives. La psychothérapie, le magnétisme, les massages énergétiques, en ont été d’autres.

Il n’y a pas eu de changements flagrants, il y a eu des étapes, des synchronicités et des rencontres qui m’ont permis d’assimiler certaines choses. Je ne suis naturellement pas dépourvue de sentiments, ni complètement déconnectée de l’Autre: mon empathie et mon aptitude à ressentir est mon humanité. L’objectif n’a donc pas été de me défaire de mes sentiments, mais plutôt de comprendre ce que cela signifie en moi.

Le problème n’est pas l’Autre, mais que je me méprenais sur QUI est l’Autre

Nous avons grandit et nous sommes construit avec l’Autre (humain), et nous avons tous entretenu une co dépendance à notre environnement, pour nous éloigner du véritable Autre (soi).

À 27 ans, je comprends que tous mes sentiments sont en réalité la traduction du déséquilibre entre ma personnalité et mon rapport à l’Autre. Pas l’Autre au sens d’un Autre humain, mais de l’Autre moi (= ma vraie nature). C’est la raison pour laquelle tout ce que je ressens : culpabilité, peur, colère, amour, dépendance, frustration, peine, manque,… vient de moi. C’est aussi à ce moment que j’ai réalisé qu’une connaissance limitée et partielle de moi-même, ne me permettrait pas de me remettre d’une rupture. Au mieux, le temps et la distraction estomperont le mal être, qui trouvera toujours son moment pour ressurgir au moment voulu (parfois des années plus tard).

Regarder enfin au bon endroit

La compréhension et la conscience de cela ne suffisent pas à me permettre d’être en accord avec ma vraie nature. Je fais face, pour le moment, à ma personnalité.

Par exemple, je ne remets pas en question l’affection et l’amour que je ressens pour l’Autre (humain), mais je comprends que, peut-être, je ne sais pas ce qu’est l’amour et l’affection. L’amour et l’affection ne devraient pas nous poser dans un état de manque, de douleur profonde ou de dépendance*. Néanmoins les définitions que notre système existant environnant nous a enseigné, nous a laissé confondre et (nous) oublier.

Je n’admets plus, j’interroge. Je ne sais plus, je ressens.

Cela a une incidence directe sur ma relation à l’Autre (humain). Je réalise que je suis davantage dans l’acceptation des choses telles qu’elles sont et que je parviens à faire les choix qui sont les bons pour moi, et non pour mon égo. Ce n’est pas évident, de sentir qu’il y a des bons et des mauvais moments, des bons et des mauvais choix, et d’agir selon eux. Ce n’est pas évident, de ne pas se laisser dicter par des croyances mais par des ressentis.

Ressentir m’expose davantage à l’incompréhension, voir l’inconnu. Et si je lie de plus en plus les symptômes à leurs origines, je n’ai pas encore trouvé toutes les clés de leurs résolutions.


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