Tous les chemins que l’on ne prend pas pour soi, sont sans issue

Ce que veut dire se choisir

On ne parle pas souvent des peines. De ces peines qui sont trop petites pour s’y attarder mais assez présentes pour sentir notre coeur battre à tout rompre.

Je ressens de la peine aujourd’hui. Elle m’enveloppe timidement et elle me met mal à l’aise. J’ai peur d’elle. J’ai peur de la place qu’elle peut prendre. J’ai peur que ma peine devienne plus forte, plus intense et se transforme en douleur.

On ne parle pas souvent des douleurs non plus. De ces douleurs que l’on dissimule, que l’on couvre, ou que l’on soigne en silence. De ces douleurs que de nombreuses personnes oublient souvent sans les avoir soigné vraiment.

Je ressens de la peine et de la peur. Je traverse Paris à pied pour donner de l’espace à mes émotions. Je traverse Paris et je regarde le soleil et la beauté des architectures. Je regarde les gens courir sur le Champs de Mars ou aux bords des quais. Le soleil me ramène au temps où le travail sur moi a pris la première place de ma vie : la chaleur du soleil d’Australie, l’effervescence de New York, le rythme lent de Bali. Je me souviens avoir guéri mes peines. Je me souviens m’être apporté l’amour qui ne se trouve nulle part ailleurs. Je me souviens de ma quête intérieure, de mon lâcher prise et de tous ces chemins et réflexions qui ne se prennent jamais trop tôt et ne se finissent jamais vraiment.

Je me souviens que parfois, guérir m’a isolé. Je me souviens que souvent, me construire m’a coûté. Je me souviens ce qu’est de faire abstraction de tout ce qui me fait douter et d’oser m’écouter.

Et j’ai ouvert à nouveau mes bras après ça. J’ai tendu mes mains. J’ai accepté le +1. J’ai regardé dans les yeux d’un autre avec une lucidité sur moi-même dont je n’avais jamais fait preuve. J’ai su voir ce que disaient ses yeux parce que je sais ce que cherchaient les miens.

Et j’ai entendu, “Tu sais cette petite voix intérieure qui te dit…”

Oui je sais. Je n’écoute qu’elle.

Quand deux voix intérieures ne disent pas la même chose, elles se séparent. Et ce matin, dans ses bras une dernière fois, je quitte sa voix intérieure pour laisser parler la mienne.

Je sais à ce moment là que je me choisis. Je sais que me choisir implique parfois la peur et la peine. Je sais que cela me fait renoncer à une journée de sourires pour une vie plus juste. Je suis capable de me choisir en peine grâce aux douleurs d’hier. Ces mêmes douleurs qui ajoutent de la peur à ma peine. Ironie de la vie.

C’est difficile aujourd’hui de choisir la confiance. Je peine même de plus de facilité et de simplicité après les douleurs du compliqué. C’est l’avantage de se connaitre, le défaut de la qualité, le prix de la vérité. C’est un contrat dans lequel la négociation coûtera toujours plus cher que l’application. Le contrat est ce qui est bon pour moi. Je m’heurte toujours plus à choisir ce qui ne l’est pas. Me connaitre est mon aller sans retour. Une histoire qui n’embarque que moi et qui me fera quitter des personnes très tôt et en laisser partir très vite. Et il y en a des nouvelles qui me paraissent anciennes, tant elles sont alignées à la femme que je suis aujourd’hui.

Il y a quelques années, je n’aurais pas su renoncer à ce que je veux maintenant pour ce que je veux le plus. La longueur du chemin le moins fréquenté, celui que l’on prend quand on choisit de vivre en conscience, m’aura appris à ne pas renoncer à la vie que je construis.

C’est pas tout les jours évident de choisir ce qui est bon pour moi au détriment de ce qui soulage l’instant. Et aujourd’hui, j’ai de la peine. Je ne sais pas pour combien de temps. Je m’applique à la ressentir sans l’isoler. J’ai le choix de rester debout ou d’accepter d’être allongée. J’ai le choix d’évoluer ou d’y passer. Je me choisis avec elle, malgré tout, à tout prix.

Je me choisis parce que tous les chemins que l’on ne prend pas pour soi, sont sans issue. Vous le savez comme je le sais. C’est pour cela que l’on a peur. Parce qu’on sait qu’il y aura toujours la douleur de passer à côté des chemins qu’on ne franchira jamais, même en allant vers eux. Ces chemins qui ne sont pas les nôtres et que l’on aperçoit de loin. Ceux qui nous ramènent brutalement au notre, si on trouve le courage de se l’avouer.

Oui, on ne parle pas souvent des peines. De ces peines qui sont trop petites pour s’y attarder mais assez présentes pour sentir notre coeur battre à tout rompre. Pourtant elles existent et elles nous mettent au défi de nous choisir. De nous accepter. De nous dépasser. De ne pas reculer. En toutes situations, nos peines nous ramènent à nous. Choisir.


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