Des armes d’instruction massive ?

CATHERINE COSTE
Jul 30, 2017 · 7 min read
MITx 7.00x Intro to Biology, The Secret of Life

Comment transformer un MOOC hautement qualifiant en savoir en diplôme hautement qualifiant sur le marché professionnel ?

Il ne se passe pas un jour sans qu’une conversation finisse sur cette crainte de la guerre qui se profile, et tout le monde y va de son scénario. Corée du Nord et ses missiles nucléaires, ou guerre Chine-USA, etc. A l’heure où les nationalismes s’exacerbent et les murs se dressent, où les réseaux sociaux ne sont que vastes cris emplis de désespoir (pour militer en faveur de la santé aux USA sur twitter, mieux vaut être millionnaire ou offrir des cours pour le devenir : tout ce qu’on vous demandera, c’est de l’argent, on connaît le prix du parcours de soin aux Etats-Unis), vouloir instruire les gens, sans distinction d’origine, de métier, milieu socio-professionnel, pays ou moyens financiers relève de l’utopie pure. Pourtant, les plus grands scientifiques le disent : le monde épuise ses ressources, la technologie imaginée par les générations précédentes est en faillite. Voilà que des grandes écoles américaines lancent des programmes entièrement en ligne et gratuits, correspondant aux standards des meilleures universités, dans les domaines en pointe : informatique, robotique, biologie. Le but plus ou moins avoué est de sauver le monde. Aux USA et en Europe, l’argent circule mal, la classe moyenne perd du terrain. En Asie, la classe moyenne est en pleine expansion dans plusieurs pays, mais cette croissance demande à être nourrie. Voilà que Harvard, Stanford, le MIT et d’autres rêvent de créer un Facebook du savoir. L’information circule sur Line (Japon), WeChat et Weibo (Chine), WhatsApp, Twitter et Facebook et Instagram (USA), tout le monde se félicite. Et s’essaye plus ou moins à la chose. Le MOOC a commencé sa carrière lors du décès de Steve Jobs.

Ma propre expérience n’a que peu d’intérêt, je l’évacue ici en quelques lignes. Anciennement professeur d’allemand en lycée et collège en France (passionnée par la pédagogie), assistante de direction dans des conglomérats et à présent employée dans la logistique et l’immobilier à l’international (Europe et Asie), je me suis intéressée à des MOOCs (ces cours en ligne gratuits et ouverts à tous) car ayant changé bien souvent de métier, une constante demeure : mon intérêt pour l’écriture. En combinant un bagage universitaire (littéraire et linguistique) de la Sorbonne à Paris et des certificats numériques dans des domaines techno-scientifiques, rien ne m’interdit d’écrire des romans de science-fiction ou des polars techno-médicaux à destination de l’Asie. Mon apprentissage des MOOCs est entièrement tourné vers l’écriture, non vers la recherche d’un métier ou d’un travail. Les observations suivantes sont faites en tant qu’enseignante, donc formée professionnellement à niveau Bac+5 à la pédagogie :

  1. Le MOOC du MIT et de EdX par Eric Lander, professeur de génétique au MIT (Boston, USA), 7.00x, Introduction to Biology, est un chef-d’oeuvre de pédagogie. En tant que prof d’allemand travaillant à mi-temps, en prenant un congé non rémunéré, j’ai pu décrocher les certificats des MOOCs suivants : MITxBio 7.00x, 7.28.1x-2x, 7.QBWx. Actuellement, je me prépare pour le suivant : 7.28.3x. Mon bagage de biologie se résume à quelques vagues souvenirs de collège, et ma moyenne en mathématiques et en sciences a toujours été … en-dessous de la moyenne (ma meilleure note en mathématiques, obtenue le jour du bac : 7/20, section économie). Autant vous dire que la science, a priori, c’est pas mon rayon. Avec le recul, je peux affirmer que sans ce fameux 7.00x, il m’aurait été impossible de finir avec succès les autres cours. Qu’y-a-t’il donc de si spécial dans ce cours ? La multiplicité des perspectives. Je ne vais pas vous mentir : Lander fait un cours formaté MIT, et à part la blague du début « Ici on va parler de liaisons et d’hydrogène, mais rien à voir avec les bombes » (« We will discuss hydrogen bonds; not bombs »), la barre se situe plutôt très très haut. Les occasions de décrocher sont multiples. Surtout pour une non-scientifique comme moi. Vers le milieu du cours, je n’y comprends carrément plus rien. Pour tout vous dire, au tout début je ne comprenais strictement rien. A ces deux moments ponctuels, j’ai été repêchée par la section « tutoriel » du cours, des petites vidéos faites par des étudiants du MIT, offrant une perspective différente sur le contenu du cours, trois ou quatre vidéos par semaine. Un détail, vous me direz. Sauf que les perspectives souvent réalisées sur un mode ou bien ludique (pastiche de pièce de théâtre) ou bien en immersion (action en direct du labo) me permettaient, à moi qui ne suis pas une étudiante formatée MIT ni assez jeune ou malléable pour le devenir (j’ai 49 ans), de ne pas perdre le fil. Il suffisait ensuite de s’accrocher, de revoir encore et encore des fragments de vidéos du cours, de prendre des tonnes de notes (je suis veille école : j’apprends en écrivant). La pluralité des perspectives offertes, plus encore que le respect de la progression pédagogique, a été ce qui m’a permis d’obtenir un score correct.
  2. Ah, la fameuse fusion entre la programmation informatique et la biologie ! Que de hype sur twitter à ce sujet, et pourtant, avoir les mains dans le cambouis, c’est bien difficile (mais exaltant). Pour 7.QBWx, j’ai bénéficié de cours en programmation informatique, au préalable. Merci mon mari, dont la pédagogie est semblable à celle de l’appli PlayGrounds pour apprendre aux kids à coder en Swift (et en fait leur apprendre les bases de tout langage de programmation informatique). Je vous recommande chaudement cette appli faite par Apple (sur iPad uniquement). Ayant passé mon certificat lors du lancement de ce MOOC, je puis vous dire que la semaine 5, programmation en langage informatique python et cours de biologie par Eric Lander, c’est du lourd, peu y ont survécu. A présent, ce cours est disponible pour les étudiants souhaitant progresser à leur rythme. Bonne idée, car cette semaine 5, c’est un python ayant avalé un humain tout entier.
  3. Il ne manquerait pas grand-chose aux cours de la série 7.28x (partie 1, 2 et 3) pour toucher des populations non formatées aux standards des grandes écoles et universités d’ingénieurs made-in USA. Et cela ne coûterait rien au MIT non plus. Une meilleure répartition de la charge de travail : la dernière semaine tue ! Vous devrez effectuer un mois de travail à plein temps en une semaine, ce qui laisse un goût un peu amer même quand on a eu les points pour le certificat. L’autre chose, ce serait de renouer avec les « tutoriels » du cours 7.00x, ces petites vidéos faites par les étudiants du MIT et qui présentent le contenu du cours sous un angle de vue différent.Mon point de vue risque d’être biaisé, car pour passer ces certificats de la série 7.28x, je me suis servie de mes compétences en pédagogie (tout le monde n’a pas eu cette formation). Le cours étant fait par un seul prof (sauf la dernière semaine), à force, on sait comment il travaille, on s’adapte au prof plus qu’au contenu … J’en suis à suivre les cours de ce professeur comme on suit les livres d’un auteur qu’on apprécie.

Du MOOC de niche au MOOC évolutif et extensible ?

Pour transformer un MOOC hautement qualifiant en savoir en diplôme hautement qualifiant sur le marché professionnel, il faudrait permettre à la diversité du grand public de rester elle-même, car elle ne se formatera pas en ingénieur du MIT ou en bioinformaticien de Harvard le temps d’un diplôme. Multiplier les tutoriels d’étudiants dans un cours est un moyen non onéreux et non consommateur de temps pour permettre aux grandes universités et écoles de toucher un grand public. Pour le moment, ces MOOCs sont avant tout un marché de niche, non un produit de consommation de masse. Le fait que des gens venus d’un milieu totalement différent puissent passer des certificats de biologie comme celui du MIT, Prof. Eric Lander, Introduction à la biologie : le secret de la vie (7.00x, plateforme : EdX), est la preuve que l’expérience peut réussir, à condition d’en comprendre la recette qui a fait son succès.

Pour finir, une suggestion folle et insensée : pourquoi pas un tutoriel invitant un ou une auteur(e) de science-fiction, sous forme d’interview avec l’équipe pédagogique, ou de courts segments de vidéo avec le point de vue de ces auteurs ? A Pékin lors d’une convention de science-fiction l’hiver dernier, j’ai entendu un des scénaristes ayant travaillé sur le film « Life : Origine inconnue », ou « Vie » au Québec. De la science-fiction horrifique, donc, réalisateur Daniel Espinosa (2017). Il exprimait sa frustration en réaction au commentaire négatif d’un scientifique de haute volée sur le film : « Au lieu de se gargariser entre eux avec leur science, ils feraient mieux de se tourner vers ce qui plaît au public ». Il y avait peu de monde dans cette petite salle de conférence attenante, mais un débat passionnant s’est engagé. Il concernait l’épineux équilibre à trouver entre trop flatter le public et rester sur de la science pure. En clôture de cette convention de science-fiction, Liu Cixin, la rock-star de la science-fiction chinoise (“Le Problème des trois corps”), a dit : « Nous avons besoin de plus d’auteurs de science-fiction en Chine. » En écho, il me semblait entendre ce professeur de génétique à Boston : « Nous avons besoin d’ouvrir les formations du MIT au grand public. »

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