Startups, transformation digitale, open innovation : à quoi rêvent les grands groupes ?

Les grands groupes français et internationaux sont de plus en plus nombreux à mettre en place des stratégies de coopération avec des startups. Ces coopérations peuvent prendre des formes diverses — prise de participation, incubation, coopération commerciale — mais visent généralement le même objectif :

  • pour le grand groupe, profiter du dynamisme de la startup et de sa capacité d’innovation pour accélérer son adaptation à la révolution digitale ;
  • pour la startup, accélérer sa croissance en ayant accès aux ressources et à la force de frappe d’un partenaire bien établi.

Mais que recherchent exactement les grands groupes qui se lancent dans l’open innovation et la collaboration avec les startups ?

Dans le cadre de la préparation de Viva Technology, l’événement mondial consacré à l’innovation, aux startups et à la transformation digitale qui aura lieu du 15 au 17 juin prochain à Paris, 20 grands groupes partenaires de l’événement ont publié plus de 100 “challenges” — c’est-à-dire des problématiques “business” sur lesquels ils souhaitent coopérer avec des startups.

L’analyse de ces challenges donne un aperçu intéressant des sujets et des technologies pour lesquels les grands groupes veulent se rapprocher des startups. Ainsi, ces coopérations s’articulent autour de 3 grands objectifs :

  • d’abord, améliorer l’expérience utilisateurs (UX), principalement celle des clients et consommateurs mais aussi celle des collaborateurs de ces grands groupes ;
  • développer de nouveaux produits et de nouveaux services, notamment en explorant de nouveaux segments de marchés et de nouvelles technologies ;
  • optimiser les process et les pratiques existants pour améliorer l’efficacité et la performance des opérations.

L’open innovation au service de l’expérience utilisateurs (UX)

Le thème de l’expérience utilisateurs (UX) représente presque la moitié des challenges postés par les partenaires de Vivatech, traduisant ainsi l’ampleur des bouleversements que le digital a apporté dans ce domaine (temps réel, mobilité…) mais aussi les nouvelles opportunités qu’il offre grâce à l’analyse des données. La personnalisation des expériences est ainsi un axe important de travail : il s’agit, par exemple, pour Air France ou pour AccorHotels, de se rapprocher de leurs clients grâce au big data et au machine learning.

Mais cette amélioration de l’UX n’est pas confinée au on-line, bien au contraire. La coopération avec les startups doit permettre de réinventer aussi l’expérience dans le monde physique, qu’il s’agisse des garages avec Valeo, de la cuisine avec Carrefour, des chambres d’hôtels avec AccorHotels, des hippodromes avec PMU ou encore des stations de bus et de métro avec la RATP.

Cette amélioration de l’expérience inclut pour le consommateur l’amélioration de la sécurité, notamment dans le domaine du transport public, de l’alimentation, de la santé mais aussi de la cybersécurité, priorité notamment pour Orange dans les opérations en ligne de ses clients.

A noter que l’enrichissement de l’UX grâce à l’open innovation ne concerne pas seulement les consommateurs des grands groupes mais aussi souvent leurs collaborateurs. L’enjeu est de permettre aux équipes de mieux travailler grâce aux solutions innovantes des startupts. C’est le cas notamment chez Cisco qui veut apporter à ses équipes la bonne information au bon moment. De même, Orange ou encore ManpowerGroup veulent renforcer l’engagement de leurs équipes grâce aux nouvelles solutions apportées par des startups.

Globalement, le champ de l’expérience utilisateurs à réinventer se révèle ainsi immense et les grands groupes ont compris qu’ils avaient besoin des startups pour parvenir à fournir une qualité d’expérience à la hauteur des nouvelles attentes des consommateurs et des collaborateurs.

Travailler avec des startups pour conquérir de nouveaux marchés

La coopération avec les startups doit aussi permettre d’inventer de nouveaux produits et services et de conquérir des marchés émergents ou en plein développement. Environ un tiers des challenges de Viva Technology visent ainsi à identifier les startups qui aideront les grands groupes de trouver de nouveaux relais de croissance.

C’est le cas des “millenials” — les jeunes de moins de 25 ans —qui sont une cible marketing dont les startups peuvent être jugées plus proches que les grandes entreprises traditionnelles. C’est pour cela qu’Orange souhaite s’appuyer sur ces nouvelles entreprises pour développer de nouveaux services et de nouveaux contenus conçus spécifiquement pour les millenials. De même, le PMU veut réinventer les paris hippiques et sportifs avec des startups à destination d’une cible plus jeune et moins habituée.

Autre marché en développement pour lequel les startups peuvent aider les grands groupes : l’Afrique et le Moyen-Orient, en pleine croissance.

Mais c’est surtout la création de nouveaux produits et de services grâce à l’innovation et la technologie que recherchent les grands partenaires de Vivatech. C’est particulièrement vrai dans le domaine de l’énergie, avec Engie qui recherche des coopérations dans le domaine de l’hydrogène ou encore des “smart grids”, mais aussi dans le domaine de la publicité en ligne (“Adtech”) ou encore de l’agriculture avec Carrefour.

L’amélioration de la performance grâce aux startups

Dernier axe de coopération avec les startups recherchés par les grands partenaires de Viva Technology : l’optimisation des process existants et l’amélioration de leur performance. Cela peut paraître plus surprenant car ces grandes entreprises disposent de moyens internes importants pour piloter leur performance.

Néanmoins, là encore, l’oeil “neuf” des startups et leur maîtrise de nouvelles technologies sont des atouts sur lesquels les grands groupes peuvent capitaliser pour aller plus vite et dépasser certaines barrières internes.

C’est ainsi qu’ils font appel à des startups pour accélérer des procédures bien établies comme les essais cliniques dans la santé, la collaboration interne et les procédures RH avec ManpowerGroup, les flux de voyageurs et la gestion des risques de la RATP.

On retrouve particulièrement cet aspect dans le domaine industriel où le développement de l’Internet des objets offre de nouvelles opportunités pour améliorer la production, la maintenance et l’organisation en général. Ainsi, VinciEnergies a cherché des startups pour rendre le processus de maintenance de ses installations plus “smart”. De même, Cisco a posté un challenge sur l’optimisation de la supply chain dans des environnements critiques.

L’open innovation se retrouve ainsi au coeur de l’activité des grands groupes et les startups deviennent alors des alliés pour améliorer leur fonctionnement et optimiser leur performance.

Quelles technologies au service de l’open innovation ?

L’open innovation est souvent intéressante pour les grands groupes parce que les startups avec lesquelles ils vont collaborer maîtrisent des technologies innovantes, voire encore expérimentales. Les grands groupes peuvent ainsi tester ces technologies et se faire une idée sur leur intérêt et leur perspective en travaillant avec des acteurs qui sont capables de les déployer et de les utiliser.

Parmi les technologies les plus recherchées pour les projets d’open innovation dans le cadre de Vivatech, figure sans surprise tout ce qui touche au big data et à l’exploitation des données grâce à l’intelligence artificielle. Celle-ci peut ainsi être mise à profit pour automatiser de façon efficace la relation clients, à travers des bots, des robots ou des interfaces vocales. L’idée est aussi d’appliquer du machine learning à la masse de données dont dispose déjà les grands groupes de façon à prévoir les évolutions et anticiper les bonnes réponses.

Autre technologie très recherchée pour les initiatives d’open innovation : la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Celles-ci ne concernent plus seulement le domaine des médias et de l’entertainment et pourrait trouver de nouvelles applications dans des secteurs aussi différent que le retail, le tourisme ou encore les ressources humaines.

De la même façon, l’internet des objets, dont les premières applications étaient plutôt B2C prend une dimension de plus en plus B2B et se retrouve au coeur des problématiques industrielles et logistiques pour lesquelles le sujet de la cybersécurité des objets connectés prend une dimension de plus en plus importante.

Ainsi, les perspectives de l’open innovation apparaissent prometteuses car de plus en plus de grands groupes ont compris qu’ils vont avoir besoin de l’aide des startups pour utiliser les différentes technologies afin de transformer leur expérience utilisateurs, développer de nouveaux services et améliorer leur performance opérationnelle. Il reste maintenant à traduire ces bonnes intentions dans des projets concrets qui permettent vraiment aux startups de tirer parti des ces partenariats pour accélérer leur croissance. Ca sera un des principaux enjeux de la prochaine édition de Vivatechnology en juin prochain à Paris.

(Full disclosure : je suis co-directeur général de Viva Technology)

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