“The Casual Vacancy“ : et si la place à prendre n’était pas celle qu’on pense ?


L’adaptation du roman de J.K. Rowling en minisérie par la BBC et HBO est présentée comme le quotidien d’un petit village anglais sur fond de campagne électorale pour une place de conseiller paroissial, à la suite du décès de Barry Fairbrother. Le festival Séries-Mania projetait les trois épisodes mardi 21 avril et avait invité la productrice Ruth Kenley-Letts , la scénariste Sarah Phelps, le réalisateur Johnny Campbell et l’actrice Keeley Hawes pour en parler. Au-delà de l’aspect “campagne anglaise aux apparences tranquilles mais qui cache un côté sombre”, à la Hot Fuzz en sérieux, The Casual Vacancy parle avec sensibilité de la construction de soi. Alors qu’on nous expose que la place à prendre est celle de Barry au Conseil, puis la mort, la place vacante la plus difficile à occuper est bien la vie.

Les adolescents au cœur de l’histoire

Comme Sarah Phelps l’a souligné après la projection, c’est le personnage de Krystal qui est au cœur de l’intrigue et de l’histoire. “Tout ce que font tous ces gens, ça mène à ce qui arrive à Krystal. Nous sommes tous responsables, tout le temps, de tout ce qu’il se passe autour de nous.” Comme un effet papillon, les habitants de Pagford précipitent le destin de Krystal dans leur course au pouvoir pour une place au Conseil qui comporte un enjeu politique majeur pour l’avenir de la banlieue et des villageois défavorisés.

Je n‘ai pas trouvé ces trois épisodes aussi drôles et sombres que je l’avais souhaité. Ce sont vraiment les personnages adolescents et enfants qui m’ont complètement captivée et qui font tout l’intérêt de cette histoire. De manière un peu ostentatoire, Stuart Wall, l’adolescent obsédé par le sexe, déclare être à la quête de “l’authenticité”. A travers leurs déboires sentimentaux, sexuels, scolaires et leurs relations avec leurs parents, les ados de Pagford cherchent leur place.

Tout comme les actes de chacun impactent le sort de Krystal, les agissements des parents affectent leur progéniture, sans qu’ils n’y fassent spécialement attention. Un père violent et esclavagiste, une mère alcoolique qui essaie de se racheter, un père resté dans l’ombre de son propre père, une mère toxicomane, absente, effacée, une mère forte et pleine d’assurance, plusieurs père absents, des mères seules, un oncle protecteur, une grand-mère invasive… Les portraits de rapports générationnels sont nombreux et variés. La famille Mollison nous en présente même trois, du grand-père envahissant aux adolescentes pourries-gâtées par une grand-mère qui ferait tout pour aller à l’encontre des désirs de sa belle-fille.

Un portrait de l’injustice

Dans ces cadres familiaux tous plus complexes que les autres, Stuart, Krystal, Andrew, Gaia, Sukhvinder et le petit Robbie évoluent tant bien que mal, pour vivre, voire survivre, et se construire. Ce sera plus facile pour certains que pour d’autres. On pense notamment aux jumelles Mollison, qui ne rêvent que de passer leurs vacances en Ardèche, accrochées à leur smartphones et au petit Robbie, dont la vie ne sera certainement pas un long fleuve tranquille. Stuart se rebelle contre l’autorité, Krystal doit mûrir plus vite que les autres, quitte à se prendre pour une femme trop tôt, Sukhvinder préfère observer et s’enfermer dans une bulle, quand Andrew cherche la confiance et l’assurance dont son père le prive.

Ce que montre avec brio The Casual Vacancy, c’est l’injustice. L’inégalité. Territoriale avec ceux des Champs qu’on laisse en bordure de ville, loin de tout. Sociale avec cette lutte des classes, entre les Mollison qui se croient dans la haute, les Sweetlove qui sont vraiment de la haute, les Wall, pauvres serviteurs publics, et Terri, sans travail, délaissée, accro, même pas considérée comme un cas grave par les services sociaux qui changent régulièrement l’intervenant sur son dossier. Familiale, avec ces enfants qui n’ont pas choisi leur famille et doivent se débrouiller avec ce que le hasard leur a donné, se débrouiller pour trouver leur rôle, le définir, et choisir quelle place ils vont occuper pendant le temps qui leur est donné. Un temps parfois trop court.

L’injustice ultime, celle de la mort. Trois épisodes, trois décès, trois âges, trois générations. On ne décide pas où on nait, dans quelle famille, et on ne décide pas non plus quand et comment on meurt. The Casual Vacancy dresse le tableau du hasard et de l’injustice. J.K. Rowling et Sarah Phelps nous racontent que nous pouvons, que nous devons agir face à ce hasard injuste ou cette injustice hasardeuse. Par les choix que nous faisons, par les attitudes que nous adoptons, par la personnalité que nous nous forgeons. Par la place que nous choisissons d’occuper en tant qu’humain : choisissons-nous la meilleure version de nous-même ? C’est à nous, “tous responsables”, d’équilibrer le hasard pour le rendre moins inégalitaire. C’est valable à Pagford et partout ailleurs.

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