Plaidoyer pour l’au revoir non-dramatique (#deep)

La grisaille avait recouvert Paris ce jour-là. Annonciatrice d’un au revoir qui devait se présenter sous ce même climat: lourd, sombre, moite. Il n’en fut rien. « A tout prendre, le départ est bien moins triste que l’arrivée suivie de tant d’ennuis et de souffrance! » disait Isabelle Eberhardt, à juste titre. Cet au revoir, aujourd’hui, n’a eu d’autre fonction que celle de nous replonger dans les circonstances de notre premier « bonjour ».

La vraie peine, comme chaque fois, se situe davantage dans la non-réalisation de l’hypothétique. Ce qui aurait pu se passer et qui nous aurait potentiellement rendu heureux si les choses s’étaient passées différemment, nous atteint d’autant plus que les circonstances qu’impose le réel. Ce « pincement au cœur » n’est rien si ce n’est la nostalgie de ce qui aurait pu se produire si le départ ne venait pas à se réaliser. L’Homme vivant plus souvent de projections que dans l’acceptation de son réel, observe le départ à travers le prisme de la douleur. Quand je dis « l’Homme », je veux dire moi. Symboliquement, dire au revoir renferme une dimension accablante, chargée négativement, car on fait le deuil de ce qui ne sera plus et quand je dis « on », je veux aussi dire moi—comme si le futur était prévisible—mais tout cela, c’est sans compter l’opportunité du renouveau qui s’en suit. La possibilité offerte à autre chose de prendre pied.

Comme un volcan entré en éruption, qui, après avoir brutalement déversé sa lave sur les pans du cratère, fertilise les terres pour donner naissance à… la vie.

La métaphore du volcan peut expliquer beaucoup de choses, à mon sens, tout comme cette visualisation de comptoir, d’ailleurs.

Cet au revoir était différent de ceux que j’ai connus jusqu’à présent. Un sentiment d’habitude de voir les gens partir m’envahit, je suis comme imperméable. Encore une fois, la tristesse communément attendue dans ce contexte n’est que le résultat de projections. L’idée que les temps à venir s’avèreront insurmontables sans l’Autre, l’idée qu’on passe à côté de « quelque chose ». Pourtant, la lourdeur du climat parisien ne m’a pas atteinte.

Mes gardes sont remontées à bloc, je suis impénétrable, émotionnellement inaccessible—il parait—à nouveau, mais j’attends impatiemment de revivre ces instants, hors du temps. Je vis pour ce moment privilégié, où se révèlent les âmes de ceux qui croisent ma route et qui font de mon Histoire une aventure permanente, mystérieuse et passionnante. Je vis pour cette fraction de seconde où mon intuition est la bonne, où je parviens à lire l’indicible et où, sans avoir besoin de le nommer, nous savons, l’Autre et moi, que le sentiment de confort et de sécurité qui vient de s’emparer de nos corps en un instant, cette union sensuelle et spirituelle étroite, ne saurait plus jamais être modifiée.