Etat des lieux de l’agriculture mondiale
L’actualité française et mondiale regorge depuis des années de sujets sur l’agriculture, sur les problèmes de tels producteurs, les abus des uns, les efforts des autres ou encore les alternatives souhaitables. Les médias considèrent que le principe même d’agriculture est suffisamment simple pour ne pas avoir besoin de préciser de quoi l’on parle. Mais, c’est quoi l’agriculture aujourd’hui ? Que produit-on ? Comment ? Pour qui ?
Mais que produit l’agriculture mondiale au juste ?
L’agriculture évoque, surtout en France, la diversité des paysages, des pratiques et des cultures ! Bon je vous le dis tout de suite, la réalité est un peu différente. L’agriculture mondiale est… comment dire… un peu mono-maniaque.
L’énorme prévalence du pâturage
Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture — ONU), 81% des terres agricoles sont dédiées au bétail et à son alimentation.


Toujours selon la FAO, la consommation de viande a fortement augmenté dans le monde et notamment dans des pays qui en consommaient peu jusqu’à présent (et sans surprise… la Chine). L’Inde est, principalement pour des raisons religieuses, une très faible consommatrice de viande, mais la situation pourrait évoluer (la récente très forte augmentation de consommation de lait de vache le prouve).


Une production agricole peu diversifiée
Toujours selon la FAO, la majorité de la production se concentre autour de 20 produits (ou catégories de produits). Je n’ai pas trouvé d’information sur la part de terre affectée à la production de chaque produit, uniquement les tonnes produites. Cela reste quand même assez édifiant :


A noter tout de même que ce tableau n’est pas parfait. Tout d’abord, le poids du coton est bien inférieur au maïs ou au sucre. Sa place est marginale dans ce tableau, elle ne le serait pas forcément en hectares nécessaires à la production de ces 26 millions de tonnes.
A noter enfin que l’ensemble des légumes frais, hors tomates, sont rassemblés dans une seule catégorie ne représentant que 4% du TOP 20 !
De nombreux défis à relever
Cette partie fera sans doute l’objet d’un article à part pour développer tous les points, mais d’après l’ONU l’agriculture mondiale est confrontée à d’énormes défis. Notons notamment la raréfaction de l’eau, la dégradation des sols, la perte de surface agraire ou bien encore la volatilité des prix.
Et oui, rien que ça ! A titre d’exemple, l’ONU estime qu’entre « 5 [et] 10 millions d’hectares de terres agricoles disparaissent chaque année dans le monde du fait d’une dégradation avancée », alors même que la déforestation continue pour offrir de nouvelles terres agricoles.
Et comme si cela ne suffisait pas, l’agriculture et l’utilisation des terres représentent environ 25% des émissions de gaz à effet de serre de la planète.


Quels sont les modes de production de l’agriculture mondiale ?
Les modes de production sont très divers. L’objet de cet article n’est pas de tous les détailler. Cependant, il apparaît que deux tendances que tout oppose existent.
Tout d’abord l’agriculture conventionnelle, celle qui fait référence aujourd’hui. Elle représente 99% des exploitations de la planète.
Elle est caractérisée par la prévalence de la monoculture, une homogénéisation / standardisation des semences utilisées, mais aussi (surtout ?) l’utilisation de nombreux pesticides et intrants chimiques ainsi qu’une industrialisation des pratiques agricoles (et notamment du labour par des machines de plus en plus lourdes et imposantes).
Ensuite, l’agriculture biologique, qui représente moins de 1% des terres cultivées. Elle prône une logique de production n’utilisant ni engrais ou intrants chimiques non naturels, respectueuse tant de la terre que des hommes. Sont exclues aussi de cette catégorie les éventuelles exploitations agricoles qui utiliseraient des OGM, même sans pesticides. Il n’est pas uniquement question ici de label ou de certification, mais de pratiques agricoles, dans toutes leurs diversités.
Précisons ici que l’agriculture biologique, qu’elle soit en permaculture, en agroforesterie etc., est le fruit d’équilibres naturels entre différentes composantes (diversité des semences plantées, qualité de la terre, climat, respect des saisons…). Il est important d’avoir cet élément en tête lorsque l’on compare les deux logiques de production. Il ne suffit pas de prendre deux terres, de planter les semences sur la même surface et de faire une comparaison « avec ou sans chimie ».
Précisons enfin que si l’agriculture bio est aujourd’hui marginale, elle a fortement augmenté au cours des quinze dernières années (surface mondiale multipliée par 2,4).
Contrairement aux idées reçues l’agriculture n’est pas le fait d’énormes conglomérats avec des exploitations à la taille gigantesque. En effet, la FAO indique que “90% des exploitations agricoles sont gérées par un individu ou une famille et recourent principalement à la main-d’œuvre familiale”. Selon ses estimations, les exploitations familiales représentent entre 70 et 80% des terres agricoles et 80% des denrées alimentaires en termes de valeur.
Comment nourrit-on la planète aujourd’hui ?
Toujours 800 millions de sous-alimentés
Selon la FAO, le nombre de personnes en sous-alimentation est passé d’1,5 milliard dans les années 1970 à 1 Milliard dans les années 1990 pour atteindre en 2012 près de 820 Millions de sous alimentés dans le monde. Les principales zones de sous-alimentation sont l’Afrique sub-saharienne et l’Asie (notamment l’Inde).


En proportion donc, compte tenu de la forte augmentation de la population, le nombre de mal-nourris a fortement diminué. On est cependant encore loin de nourrir la planète et ses 7 milliard d’habitants en 2015.
Chiffre inquiétant, l’Afrique, qui verra sa population doubler d’ici 2050, connaît ces dernières années une augmentation du nombre de personnes atteintes de sous-alimentation (+21% en 30 ans).
Les Rois du gaspillage
A l’inverse, la FAO estime qu’environ 1/3 de la production alimentaire mondiale est gâchée soit près de 1,3 milliards de tonnes par an.
Les ressources produites suffiraient donc à nourrir la planète mais sont simplement inégalement réparties.
Il est intéressant de constater aussi que les pertes et gaspillages ne sont pas uniquement l’objet des consommateurs. La FAO a produit ce graphique montrant la part cruciale que joue la distribution de ces produits dans le monde :


S’il n’est pas nouveau de voir que les consommateurs occidentaux gaspillent énormément, il est plus étonnant de voir la part considérable, dans toutes les régions, des pertes dues à la chaîne d’approvisionnement et de distribution des produits.
Voilà pour cet état des lieux de l’agriculture dans le monde. Je n’entre pas plus dans le détail volontairement. Ces éléments sont autant de faits qui me permettront, dans d’autres articles, d’en tirer conclusions et propositions d’amélioration.
Sources
- FAO | La sous-alimentation dans le monde en 2014 | http://www.fao.org/3/a-i4030f.pdf
- ONU | Objectifs du Millénaire pour le développement : rapport 2015 | http://www.un.org/fr/millenniumgoals/reports/2015/pdf/rapport_2015.pdf
- FAO | Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde | http://www.fao.org/docrep/016/i2697f/i2697f.pdf
- M. Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unis sur le droit à l’alimentation | http://www.srfood.org/images/stories/pdf/officialreports/20101021_access-to-land-report_fr.pdf
- FAO | Rapport sur l’Alimentation et l’Agriculture de 2009 | http://www.fao.org/docrep/012/i0680f/i0680f02.pdf
- FAO | Global Livestock Environmental Assessment Model (GLEAM) | http://www.fao.org/gleam/results/fr/#c303615
- Agence Bio | Données d’après FiBL et IFOAM | http://www.agencebio.org/sites/default/files/upload/documents/4_Chiffres/BrochureCC/CC2013_chap2_Monde.pdf