Du vide

Que le vide se manifeste

La falaise. Le précipice. La nuit sombre. La page blanche. Le terrain vague. Le vide fait peur. Il paralyse, fige, pétrifie.

Et pourtant, l’absence de vide paralyse tout autant. Le plein, le trop-plein et, surtout, la soif de remplir, sont des pestes des sociétés contemporaines. Épidémiques, ils rasent les silences, noircissent les panneaux publicitaires, remplissent nos écrans de télévision entre deux buts de Messi, remplissent à grands coups de bulldozers les aspérités du paysage, les milieux humides où hibernent les espèces d’oiseaux les plus rares pour y ériger un magasin à grande surface, quelque gare de train de banlieue ou encore une hostie de piste cyclable.

Il faut résister à cette tendance. Il faut refuser de combler à tout prix les espaces qui s’ouvrent: dans la ville, dans la conversation, dans le coeur. Car le vide est une force. Remplir celui-ci, c’est épuiser celle-là.

De toutes les forces qui peuvent stimuler la créativité, le vide est sans doute la plus puissante. Car elle s’inscrit dans l’urgence. “Necessity is the mother of invention.” C’est une question de survie.

Le vide est générateur d’idées. Il faut donc:

  • ne pas en avoir peur
  • l’accepter
  • le rechercher activement, quelle qu’en soit la forme
  • se taire fréquemment et résister à la tentation de tout remplir de sens
  • promouvoir l’importance du vide dans la mise en valeur de la matière physique, intellectuelle, philosophique ou métaphysique

Ceci est un manifeste en gestation.

Publié originalement sur cllbr.com, le 2 juillet 2011.

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