Analyse de scénario de Jusqu’à la garde : les leçons à tirer

Baptiste Rambaud
Dec 13, 2020 · 13 min read

CINÉMA — Analysons le scénario du film Jusqu’à la garde (2018) : quel est notre rapport à la morale d’une histoire ?

« Si seulement cette histoire pouvait servir définitivement de leçon », se dit-on parfois à l’issue d’un film.

Info : Cet article retranscrit un épisode du podcast “Comment c’est raconté ?”, disponible sur Youtube, Apple Podcasts, Soundcloud, Spotify et services de podcast par RSS.

Salut ! Et bienvenue dans ce 64e numéro de “Comment c’est raconté ?”, le podcast qui déconstruit les scénarios un dimanche sur quatre. Aujourd’hui, l’appareil judiciaire révèle ses tristes limites, avec le drame et thriller français Jusqu’à la garde, écrit et réalisé par Xavier Legrand, et sorti au cinéma en février 2018. Ce sera l’occasion pour nous de s’interroger sur le rapport du spectateur et des personnages à la morale d’une histoire.

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

Que vous ne m’en fassiez pas le procès, je vous préviens tout de suite : attention spoilers.

Dans l’épisode du podcast dédié au film Matrix, j’énumérais les différentes raisons pour lesquelles nous aimons raconter et recevoir des histoires. L’une de ses raisons étant : s’instruire. Que ce soit apprendre des faits, apprendre comment bien vivre en société, casser des préconçus, etc. C’est de cet aspect des histoires dont il sera question aujourd’hui, les enseignements à tirer, et plus particulièrement ce que j’appellerai : les leçons de vie. Vous savez, ces expériences fondatrices que l’on traverse dans le monde réel, et qui changent notre rapport moral au monde, notre jugement, qui créent les proverbes de nos grands parents et les mises en garde de nos parents.

Qu’on le veuille ou non, un film et ses péripéties présentent un certain nombre de leçons de vie, de morales, dès lors qu’on les généralise un peu. Pour schématiser, un film comme Requiem for a dream par exemple nous rappelle que l’addiction cause de sacrés ravages.

Avant de parler de notre film du jour, Jusqu’à la garde, je vous informe que son scénario est disponible librement et gratuitement dans la Scénariothéque des Lecteurs Anonymes.

PRÉPARER NOTRE FUTURE SURVIE (SOCIALE)

Bon. Retournons à la base de la base. Quel est le but de notre cerveau ? Tel est le point de départ de la réflexion menée par Lisa Cron dans son livre Wired for Story, notre cerveau a UN but : la survie. Une histoire, poursuit l’autrice, nous permet d’imaginer ce qui pourrait se passer dans le futur, et ainsi de s’y préparer.

Personne n’a envie de divorcer un jour — et encore moins de traverser un divorce qui se passe mal. Et bien, le postulat de départ de Jusqu’à la Garde — je parle bien du postulat de départ — nous permet de pénétrer une sorte de simulation de cette situation, fictive et hypothétique mais où les lois ordinaires demeurent. Comment cela se passe-t-il, sur le plan légal ? Sur le plan relationnel ? Et avec les gosses ? Qu’est-ce qui m’attendra si un jour je me retrouve dans cette situation ? Voilà une des façons que le spectateur peut avoir d’aborder le récit, consciemment ou inconsciemment.

© Haut et Court

Oui parce que, pour revenir sur cette histoire de survie, cette dernière n’est pas que physique. Ce que nous enseigne aussi un film, ajoute Lisa Cron, c’est la survie sociale. Comment ne pas se faire écraser émotionnellement, psychologiquement, par la société, par « l’autre ».

Si dans le vrai monde, comme l’a exprimé Confucius, l’expérience est une lanterne que l’on porte sur le dos et qui n’éclaire jamais que le chemin déjà parcouru, on ne serait pas contre éclairer aussi le chemin devant nous — merci les histoires de nous aider là-dessus.

Une fois dans la simulation de vie qu’est un film, notre sens de la survie questionne chaque événement. Cela va-t-il aider le personnage, ou à l’inverse le blesser ? Prenons les quinze premières minutes de Jusqu’à la garde : mari et femme défendent leurs positions par avocates interposées, face à une juge chargée de trancher sur la garde du fils, Julien. Il s’agit d’un cas un peu particulier, puisqu’à ce stade du film nous ne savons pas qui ment ni qui dit vrai, puisque nous n’avons pas assisté au quotidien de ce couple. Bref, compte tenu du peu que l’on sait — à l’instar de la juge — qu’est-ce qui serait le meilleur pour Julien ? Le confier à sa mère, Miriam ? Bah, vu que lui-même méprise son père, et l’appelle « l’autre », on peut être tenté de dire qu’en effet, c’est mieux. Mais, d’après le père, un gosse, pour grandir, a besoin de ses deux parents. Et puis, on a souvent vu des pré-ados en froid avec l’un d’eux. Peut-être ne sait-il pas ce qui est bon pour lui, le jeune Julien ? Vient l’argument suivant : le père serait violent, moralement et physiquement, et va jusqu’au harcèlement au domicile de son ex-femme. Bon clairement, si les faits sont avérés, mieux vaut pour Julien vivre auprès de sa mère. Mais… On ne sait toujours rien de leur vie de famille. Et bon sang qu’on en entend, des histoires de parents qui montent leur gosse contre l’autre parent pour s’assurer la garde. Antoine, le père, demande d’ailleurs qui à pu mettre dans la tête de son fils une telle hostilité à son égard — précisions que, durant toute cette scène, le père semble abattu et démuni, là où la mère semble fermée, et de marbre. Alors oui, quand l’avocate du père présente des témoignages de tout le monde et n’importe qui comme quoi il est gentil et dévoué, on sait que ça ne veut rien dire, et qu’il est répandu chez les pères violents de jouer devant la justice à qui empilera le plus de pièces dans son dossier. Bref, personnellement, je me suis dit que ça puait. Mais, sans avoir encore assisté aux relations familiales, on reste sur nos gardes. Quelle est la meilleure solution pour Julien ? Notre volonté de bien faire, notre quête de survie sociale à minima pour le gosse, nous fait peser le pour et le contre de chaque argument, et du futur jugement concernant sa garde.

Mais tout ce qu’on sait à ce stade, est qu’il faudra attendre la pratique qui suivra ces quinze premières minutes de film, pour savoir quelle théorie était dans le vrai, et dans quelle mesure.

Une des questions centrales que se pose le spectateur à chaque instant devant un film, poursuit Lisa Cron, est : si cela m’arrivait, comment devrais-je réagir ? Le personnage devant moi agit-il ou réagit-il correctement ? A-t-il raison d’avancer tel argument, et ce quand bien même dans le fond il aurait raison ?

Durant cette longue et impitoyable introduction du film Jusqu’à La Garde, m’est apparu par exemple un moment qui, personnellement, m’a choqué. Quand la juge demande pourquoi le fils ne répond plus à son père, la mère, Miriam, explique que Julien ne veut plus parler à son père, de lui-même — ce à quoi Antoine répond qu’il est en droit d’avoir des nouvelles de son fils. La juge déplore alors, à Miriam, que ses enfants soient de son côté, car c’est ce qu’il faudrait éviter. Alors oui, dans un cas idéal, il vaut mieux qu’un enfant corresponde avec ses deux parents, mais pourquoi adresser cette question à la mère — donc la responsabiliser de l’absence de lien entre son fils et son ex-mari ? Il peut s’agir du père qui est violent et non de la mère qui est manipulatrice. Donc là, à titre personnel, je me suis dit que j’aurais répondu cela, à la place de Miriam. « Pourquoi insinuez-vous qu’il s’agit de ma faute ? »

© Haut et Court

Comme spectateur, on se demande comment nous pourrions même encore mieux « survivre » que les personnages — ce qui est pratique et facile, vu notre recul, notre extériorité aux événements. La mère joue la carte de la sagesse, et répond simplement vouloir que son fils soit heureux — peut-être est-ce le moment fatal où elle n’aurait pas du lâcher du terrain ? Nous ne pourrons que le supposer. Lisa Cron ajoute ainsi que, si un personnage peut nous montrer comment agir et réagir, il peut justement nous montrer aussi comment ne pas agir ou ne pas réagir — à nous de voir quelle leçon nous tirons.

Bref, en nous exposant un problème, puis les différentes façons de le résoudre, un film nous guide et nous questionne vis-à-vis de nos futurs comportements, si ces situations se présentent à nous. D’ailleurs, ajoute Lisa Cron, les attentes du spectateur face à une histoire sont liées à la capacité de cette histoire à leur fournir des informations sur comment naviguer sur Terre sans encombre. Autrement dit : plus un film nous a appris comment survivre, face à une hypothétique situation inquiétante, plus il nous satisfera.

Par contre, pour ceux qui ont déjà traversé cette situation, le spectateur confrontera sa propre expérience, pour estimer si cela est crédible, termine Lisa Cron. Et parfois même, tout en instruisant les crédules, un film déçoit les avertis.

JUSTIFICATIONS DES PERSONNAGES vs. DES PERSONNES

Voilà pour les spectateurs, parlons des personnages. Un film est quand même un cas un peu particulier… Quand on en commence le visionnage, on sait que l’issue est bouclée. Non pas qu’on la connaisse, mais le film ne s’écrit pas au rythme qu’on le reçoit. Les quinze dernières minutes de Jusqu’à la Garde nous attendent patiemment, tandis que nous prenons connaissance des quinze premières. De fait, le regard du spectateur sur les événements d’un film ne sera pas le même que son regard sur les événements du monde réel.

Dans leur livre Dramatica, Melanie Anne Philips et Chris Huntley explorent ce phénomène : dans la vie, une action est justifiée par les raisons qui la motivent. Compte tenu d’une situation, on va dire que l’individu a de bonnes raisons d’entreprendre telle action, cela suffit à justifier son acte — peu importe l’issue. Mais dans une histoire, les bonnes ou mauvaises raisons n’existent pas vraiment, puisque l’auteur pourra montrer ensuite que les personnages avaient tort. L’issue est écrite, elle est prête, elle n’attend qu’à être délivrée.

On peut alors aborder Jusqu’à La Garde comme une démonstration : une fois que l’on apprend qu’Antoine, le père, a obtenu une garde partagée, on attend de savoir si c’était effectivement la bonne solution.

Du coup, poursuivent Philips et Huntley, les justifications des personnages ne servent qu’à expliquer pourquoi ils ont agi comme ça. On sait qu’Antoine estime qu’on lui a kidnappé injustement ses gosses, lesquels auraient été retournés contre lui, tandis que Miriam estime qu’elle ne fait qu’écouter la volonté de ses enfants et les protéger d’un père et mari violent. Voilà qui explique le choix pour l’un d’une garde alternée, et pour l’autre de la garde exclusive. Là où c’est trop facile, dans la réalité, de dire à ses amis « je savais que tu te trompais » — puisqu’en fait, bien souvent, on ne sait pas grand chose — il est possible, via un film, de se dire : vous voyiez, que tel personnage se trompait.

Ainsi, lit-on dans Dramatica, les justifications des personnages représentent les chemins considérés par l’auteur de l’histoire comme inadéquats ou adéquats pour résoudre le problème.

Dans Jusqu’à la garde, deux versions de la situation existent, et Xavier Legrand nous présente la direction précipitée par les événements lorsque la juge tranche en la faveur de la demande du père. Le réalisateur-scénariste nous dit : voyez, comme il est difficile pour une femme victime de violences de défendre sa cause et celle de ses enfants lors d’un divorce, voyez l’incompétence de l’appareil judiciaire pour arbitrer correctement. Dans l’heure de film qui suivra l’audition, l’étau se resserra sur Julien et Miriam, qui emploieront toutes les solutions possibles — couper les communications, cacher leur lieu de vie, mentir à tout va — pour se préserver d’un mari effectivement instable, violent, possessif, jaloux, et aveugle de son comportement — jusqu’à culpabiliser ses proches de ses propres agissements.

D’ailleurs, et pour revenir à notre histoire de survie, une fois que nous savons la mère et ses enfants en danger, dans cette spirale du harcèlement, nous nous projetons de nouveau. D’accord, la justice s’est trompée. Et maintenant ? Quelle solution leur reste-t-il ? Sur qui peuvent-ils compter ? À l’évidence, si engagés soient leurs proches — notamment la soeur de la protagoniste, qui intervient quand Antoine manquait de l’étrangler — ils n’empêcheront pas le pire de se produire : la tentative de meurtre.

Je disais, au sujet des Misérables précédemment dans le podcast, que les différentes perspectives présentées par un auteur définissent le contexte dans lequel il espère résoudre le problème du film. Et bien, de même, les tentatives des personnages permettent d’énumérer les solutions qui pourraient les sortir d’affaire. Et quand aucune ne marche… C’est qu’il faut regarder ailleurs — revenir à la Justice, par exemple, dans le cas de Jusqu’à la Garde.

© Haut et Court

Loin de l’auteur ici, je pense, une volonté complaisante de filmer des violences domestiques — d’ailleurs, il ne donnera pas de triste issue à son récit ; Miriam et Julien seront sauvés au dernier moment par la police. Ce que nous dit Xavier Legrand, c’est que des femmes isolées avec leurs gosses sont laissées à elles-mêmes face aux violences domestiques ; il prend soin de montrer comment les portes se ferment à leur nez. La finalité logique de la démonstration serait la mort et, si le scénariste a ici l’élégance de nous en préserver, il imprime dans notre tête la leçon comme quoi toutes les victimes n’ont pas cette chance de se tirer miraculeusement d’affaire.

METTRE À L’ÉPREUVE LES VIEILLES MÉTHODES

On connait la tendance de l’être humain à perpétuer ce qui a toujours été. Philips et Huntley expliquent que la fonction d’une histoire est notamment de montrer si quelque chose qui a marché 100% du temps jusqu’ici continuera à marcher. Peut-être que la juge a toujours tranché de la sorte sur ce type de dossier, dans Jusqu’à la Garde. Et puis, le mari violent, a pu continuer de s’estimer victime de la situation, puisque n’avait jamais rien commis devant témoin qui lui ait valu de la prison. Il doit être un bon père, se dit-il, c’est forcément sa femme qui pour se venger d’une relation qui a pris l’eau a décidé de s’emparer des gosses ? Les justifications des personnages s’enracinent, comme dans la vraie vie, dans de longues expériences qui leur ont jusqu’ici toujours donné raison.

Et bien justement, remarque Lisa Cron dans Wired for Sory, avoir tort change la façon dont nous voyons ou ne voyons pas le monde. Peut-être que certains d’entre vous se sont dits au début que Miriam était une manipulatrice. Et pour cause, tout est fait pour laisser planer ce sentiment. Peut-être que, comme moi dans les quinze premières minutes, vous aviez ne serait-ce que des doutes à l’encontre de ce personnage. Réaliser l’engrenage qui s’enclenche une fois la garde déclarée partagée, nous force à nous questionner sur nos préjugés. Une cause parmi les plus connue des masculinistes, est celle du droit des pères à la garde des enfants. Je ne rentrerai pas dans ce débat que je ne maîtrise pas — et qui d’ailleurs ne se limite pas à la problématique des violences, bien entendu — mais remarque juste que le film de Xavier Legrand invite à prendre des pincettes sur de tels sujet publics, où la lumière n’est pas toujours faite sur ce qui se passe dans l’intimité de chaque foyer.

Mais là, me direz-vous, on entre peut-être dans un piège du cinéma, et plus généralement des histoires !

L’AUTEUR, MAÎTRE DE LA MORALE

D’accord, il est bien pratique pour le spectateur de les utiliser comme une carte pour naviguer sur Terre sans encombre. Les histoires répondent à notre incapacité à savoir à l’avance si les méthodes qu’on adopte mèneront à l’échec ou à la réussite, lit-on dans Dramatica. C’est cool, de pouvoir pallier l’incertitude. Mais… qui décide de cette leçon de vie ? À l’évidence, terminent Phillips et Huntley, c’est l’auteur, qui s’octroie le pouvoir d’établir une vérité « objective ». Qu’il s’agisse de moraliser volontairement, ou juste de présenter l’issue qu’il estime la plus plausible à son récit, sans désir d’évangéliser qui que ce soit, l’auteur décide des leçons implicites ou explicites à tirer de son histoire. Le personnage d’Antoine, dans Jusqu’à La Garde, pourrait tout aussi bien s’avérer effectivement victime de la manipulation de sa femme. Ou alors, en admettant qu’il soit violent, sa femme pourrait tout aussi bien obtenir gain de cause auprès de la justice avant que la situation ne tourne au vinaigre.

On entre ici dans un vaste sujet, celui de la sincérité, de la vérité, de l’honnêteté d’une histoire, et… qui fera l’objet très certainement d’un futur numéro du podcast.

CONCLUSION

Pour résumer : les histoires répondent à notre quête de survie, notamment sociale. Elles nous permettent d’expérimenter des situations hypothétiques futures, et d’explorer comment nous ou nos proches pourrions nous en sortir. Nous jugeons en permanence les comportements des personnages, que nous estimons adaptés ou non à la situation, en les comparant notamment à notre vécu ou à nos croyances, et attendons de savoir si nous avions raison. Si dans la vie, il est hasardeux de préjuger qu’un choix se révèlera être le bon, une histoire nous offre un sanctuaire où il est permis, voire parfois encouragé, de remettre en question les justifications des personnages. Un auteur propose et explore ainsi une multitude de façons de résoudre un problème — lesquelles ont, pour certaines, toujours fonctionné jusqu’ici — et choisira l’issue qu’il donne à chacune, et donc les leçons à tirer.

© Haut et Court

Fondu au noir pour ce 64e numéro de “Comment c’est raconté ?”, merci pour votre écoute, j’espère qu’il vous a intéressé !

Retrouvez tous les liens du podcast sur ccrpodcast.fr, dont Facebook, Insta’, Spotify, tout ça, mais encore et surtout Apple Podcasts : pour ce-dernier je vous invite à laisser 5 étoiles et un commentaire — c’est très im-por-tant pour le référencement du podcast, podcast dont l’habillage musical était signé Rémi Lesueur je le rappelle, et le tetrahexaconta-remercie.

Je m’appelle Baptiste Rambaud, disponible sur Twitter pour répondre à vos questions, à vos réactions, content de vous retrouver, et rendez-vous dans quatre semaines pour la 65e séance. Tchao !

Comment c’est raconté ?

Restranscriptions du podcast d’analyse de scénarios.

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