Quelques instantanés au lendemain de l’écrasante victoire rouge de Justin Trudeau

Ça y est la prophétie de Richard Nixon s’est réalisée et Justin Trudeau est devenu le 23e Premier Ministre du Canada. Son discours de lundi soir vibrait d’accents “Obamiens” et célébrait la “Canadianitude” que sa famille, et en particulier son père Pierre Elliott, personnifie. Il est à noter que les électeurs d’Amérique du Nord paraissent particulièrement sensibles au pouvoir des “marques” en politique et que les dynasties se portent bien en 2015 avec un Trudeau au 24 Sussex et une Clinton et un Bush en lice pour la Maison Blanche chez nos voisins du sud.

Au lendemain de la victoire écrasante des Libéraux, revenons via quelques instantanés sur cette longue campagne à rebondissements et sur les leçons à en tirer.

1- le mode de scrutin à la britannique déforme les poussées de fièvre vers un parti:

le PLC se retrouve bien au delà de la majorité absolue avec ses 39.5%. Le Bloc réussit à progresser en nombre de sièges tout en réduisant son nombre de voix par rapport aux élections de 2011. Le NPD subit des pertes énormes avec ses 72 sièges en moins et retourne à la troisième place qui a été longtemps été la sienne, pré-Jack Layton. Vu les effets du mode de scrutin à un tour et les engagements du candidat Trudeau d’y apporter un correctif, la prochaine élection pourrait s’articuler différemment.

2- le vote stratégique dopé par les sondages ça marche:

les électeur-girouettes, un moment tentés par Tom se sont tournés vers Justin quand son sourire est devenu irrésistible… c’est caricatural mais c’est un peu cela qui s’est déroulé. Le pouvoir des sondages, qu’on dit en baisse à chaque élection du fait de supposées erreurs et glissements, semble avoir été décisif lors de cette élection où le 3e s’est retrouvé 1er une fois son challenger NPD s’étant révélé trop froid, trop calculateur, en somme un Harper de centre gauche.

Le désormais Premier Ministre Trudeau va devoir continuer sur sa lancée d’hier soir et faire un vrai travail de suivi politique et d’efforts constants pour s’attacher un électorat opportuniste. Sa première sortie ce matin dans le métro de Montréal pour saluer les électeurs-citoyens augure positivement de son côté humain qui faisait défaut à la tête du gouvernement.

3- le positivisme et la jeunesse ça paye vraiment: Trudeau a rendu un vibrant hommage à ses militants et sympathisants hier soir dans son discours et à son “optimisme solaire” qui a été tranchant vs les 2 autres partis, pétris de hargne. Toute sa campagne a été sous le signe de ce positivisme qu’il érige en valeur et en pratique politique, pour contraster avec les années Harper désormais derrière nous.Toute la ruse parlementaire et les talents de tribun indéniables de Thomas Mulcair n’en ont pas fait un bon “campaigner” et ses années d’expérience n’ont pas convaincu les électeurs, tentés par Trudeau et sa fraîcheur.

4- l’adage de Patrick Lagacé a joué à plein “Mulcair incarne ce que je pense de la gauche: la gauche veut bien gagner, mais elle veut par-dessus tout avoir raison.

Nul n’a jamais raison contre ses électeurs en démocratie et le NPD a continué à se voir comme une soi-disant conscience morale et politique, en dépit du bon sens qui est avant tout de commencer par gagner les élections ! Malgré tout cela, le chef du NPD dit vouloir rester en place au lendemain des élections et n’a pas encore donné rendez vous pour s’expliquer sur les raisons de sa défaite cuisante. Ce déni de démocratie semble aux antipodes de la bonne pratique politique et fait écho à la relative sourde oreille du chef Mulcair face aux critiques mais aussi aux conseils de son propre caucus. N’est pas Jack Layton qui veut, le Canada a pu s’en rendre compte….Avis à ceux qui appuient les consciences parlementaires (l’auteur de ces lignes en est), voter Vert !

5- rien ne remplace le contact physique entre humains: les analystes ont souligné dès hier soir que Trudeau a été le plus marathonien durant la campagne, multipliant les visites partout à travers le Canada. “Justin” s’est fait un prénom en sillonnant le pays et en allant au contact, ce qui est le devoir fondamental de tout politique.

Les Français qui me lisent m’autoriseront un parallèle avec la campagne Chirac de 1995 qui a montré que la maîtrise des médias ne pesaient pas face au contact direct avec le candidat.

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