Les deux révélations de mon séjour en Béarn

Amateurs de grands vins, la surprise vient du sud ouest.

  • Les blancs secs de la région : Une nouvelle référence !
  • Vignobles de Pyrénaïa — Simon Forgue, “Il a tout compris”.

Le sud ouest, on n ‘y produit de tres bons vins blancs secs !

Les vins blancs secs de Jurançon et Pacherenc-du-vic-bilh sont sans faire de bruit en train de se hisser au niveau des meilleurs vins blancs français.

On est en présence d’un phénomène similaire à l’éclosion de grands vins blancs en Loire il y a quelques années.

L’explication est assez simple,

Pour produire un grand vin, il faut réunir 4 composantes:

1. un ou des cépage(s) qualitatif(s)
2. un beau terroir,
3. un climat favorable et
4. le savoir faire de l’homme.

Le béarn a la chance de posséder :

  • de très beaux cépages à vins blancs, le petit manseng étant le plus emblématique,
  • un terroir et un climat favorables permettant depuis longtemps de produire de grands vins blancs sucrés
  • une bonne connaissance de leurs terroirs par des vignerons talentueux et courageux.

Il n’est donc pas surprenant de voir apparaître de grands vins blancs secs parfaitement adaptés à la demande pour ce type de vin.

A leur meilleur niveau les jurançons secs possèdent un fruité de Sauvignon bien mûr, une acidité de Chablis et le “gras” des vins du Mâconnais.

Les vins restent difficiles à trouver car encore peu médiatisés, mais la révolution est en marche : de nombreux producteurs ont pris conscience du fantastique potentiel dont ils disposent.

Ils suivent le mouvement initié il y a deux décennies par Henri Ramonteux, qui avait compris que l’avenir de la région passait aussi par les vins blancs secs.

Vignoble Pyrénaïa : la découverte

J’ai découvert ces vins durant la dégustation organisée à Jurançon pour le guide Bettane et Desseauve.

Une centaine de vins de Jurançon avaient été réunis pour que je puisse, en présence de quelques vignerons, évaluer et commenter pour le guide à sortir en septembre les vins à la vente.

Dégustation de Jurançons au printemps 2015

Les vins de Pyrénaïa se sont illustrés à l’aveugle lors d’une dégustation de très haut vol, ou pratiquement tous les domaines de référence étaient présents.

La dégustation fut en elle-même une révélation sur le potentiel qualitatif de la région en vins doux bien sûr, mais aussi en blancs secs. (Voir le guide B&D 2016 pour les domaines et les vins dégustés)

les bouteilles dégustées

Simon Forge crée Vignoble Pyrénaïa « un vigneron sans terre » en 2012.

Simon a été maître de chais pendant 8 ans chez Montus, cette expérience est l’une des plus belles lignes de son CV.
Pour avoir rencontré Alain Brumont au printemps lors de ma visite de Montus, il est difficile d’imaginer plus bel endroit pour expérimenter et rechercher la production de vin de très haute qualité.

Cuve Ovoïde
Cuverie morderne

Simon a pu au cours de ses années chez Montus cadastrer le vignoble de Madiran et Jurançon et établir les relations avec les vignerons qui lui permettent aujourd’hui de produire les vins de Pyrénaïa.

Les vins de Pyrénaia

Ils se divisent en deux gammes.
La plus simple, Cap à Cap, est composée de vins de cépages,

Simon les définit comme “des vins de partage, aromatiques, frais et gourmands. À défaut de changer le monde, Cap À Cap, ‘tête-à-tête’ en occitan, pourra en revanche vous aider à le refaire ! “

Et la gamme de têtes de cordée,
Des vins identitaires, racés et complexes, élaborés à partir des meilleures parcelles, révélant la quintessence d’un terroir bien singulier.

Des deux gammes ma préférence va aux têtes de cordées, mais il serait dommage de ne pas mentionner la cuvée Cap à Cap doux de petit manseng.

Cap à Cap doux : petit manseng

C’est avant tout une petite confiserie, un bonbon acidulé, dans un registre exotique, une belle vivacité, et un sucre parfaitement intégré.
Fait pour plaire au plus grand nombre, idéal à l’apéritif, avec une salade de fruits, une tarte aux fruits blancs, il y a beaucoup d’autres alliances possibles tellement le vin est passe-partout dans le bon sens du terme (ce qui est rare pour un vin sucré).

Têtes de cordée : Estive un vin rouge à base de tannât.

Ce vin rouge porte la dénomination IGT (indication géographique typique) : bien que ses raisins aient été vendangés sur Madiran, ce vin vinifié à Jurançon il perd le droit de s’appeler Madiran.

des vignes labourées et vendangées avec soin

Le millésime 2012 se distingue par un fruit très frais de cassis, finement boisé, par un élevage en barrique de très haute qualité.
Son passage chez Montus a permis à Simon de développer un savoir-faire rare sur les élevages et à être un des premiers à introduire les barriques magiques du tonnelier autrichien Stockinger en France.

Barrique de Stockinger

On retrouve ces barriques dans certains grands domaines comme chez Didier Dagueneau.

Le tannât qui constitue ce vin est un cépage qui nécessite d’être « élevé », « amadoué » pour lui faire perdre sa vigueur tannique naturelle.

Vendanges manuelles c’est physique !

On retrouve en bouche des tanins enrobés, le vin est puissant mais sans être fatiguant, riche mais avec cette vivacité propre au vin du piémont des pyrénéens qui lui procure cette équilibre si particulier.

Ce vin est à la fois riche, tannique et d’une belle vivacité. Ces caractéristiques peu courantes chez un vin français, se retrouvent plutôt dans les Barolo italiens.

La finale est énergique et vibrante, elle signe un vin vivant.

Ce qui me plait avant tout c’est la classe de l’ensemble et le caractère très abouti de ce vin, les vins de tannât étant souvent un peu rustiques et “virils”.

Estive c’est un rugbyman du XV de France après le crunch contre les anglais, bien coiffé, en blaser et chemise blanche avec les stigmates du match.

Le deuxième de cordée, c’est « Cairn »,

un Jurançon sec à base de petit et gros manseng.

Attention grand vin. Le nez est explosif, il partage avec Estive cette précision de fruit, avec des notes de citron confit d’une grande gourmandise, des notes de chêne frais assez discrètes qui participent à la complexité du vin sans le dénaturer.

Le passage en barriques bien sélectionnées lui apporte une texture grasse et un volume en bouche qui se marie parfaitement avec l’acidité du petit manseng.
Ce type d’élevage peut rappeler les belles cuvées de Jean Marie Guffens en Mâconnais où le fruit est sublimé par l’élevage.

Ce vin rivalise avec les belles cuvées de Pouilly-Fuissé ou de Saumur.

Enfin le troisième de cordé est « or Pailleur »

un Jurançon doux, réalisé à partir de petit manseng, assez proche au niveau aromatique de Cairn, des notes exotique en plus.

Il se distingue par un superbe équilibre où le sucre se montre discret et harmonieux à la manière des plus belles VT alsaciennes. Ce vin pourra comme le cap à cap s’apprécier à table comme à l’apéritif.

Les plus réfractaires aux vins sucrés seront surpris par “Or pailleur” .
Le sucre s’efface devant l’intensité aromatique et l’équilibre cristallin du vin.

Conclusions

Les vins de Pyrénaïa constituent une nouvelle initiative de vignerons talentueux sans vignes.
A la manière de Dominique Laurent en Bourgogne il y a 20 ans, et plus récemment de Laurent Calmel et Jérôme Joseph en Languedoc, Simon prouve qu’avec une vision du vin que l’on cherche à produire, une réalisation haute couture et une sélection de vignerons partenaires, on peut produire de très bons vins sans être propriétaire.

La production est encore très confidentielle puisque seulement 32000 bouteilles sont commercialisées dont 7500 bouteilles de tête de cordées.

Je vous ferai découvrir Estive et Cairn en septembre, l’or pailleur peut être plus tard avant les fêtes de fin d’année.

Un domaine à suivre de très près, des vins pour découvrir le fantastique potentiel de cette région.

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