PEUT-ON SE FORMER A L’INNOVATION NUMÉRIQUE ?

Selon une étude réalisée en 2018 par l’agence Novius, 58% de français sont équipés de smartphones et 78 % sont présents sur les réseaux sociaux. Les institutions culturelles patrimoniales ont, par ailleurs, investi ces plateformes de longue date. Couplés à cette historicité, nos usages privés du web et des réseaux sociaux pourraient nous laisser à considérer que nous en sommes désormais des experts, ces usages contribuant naturellement à notre professionnalisation.

Cela est vrai en partie. Cela n’empêche pas pour autant de réfléchir à quelques enjeux qui peuvent rendre des actions de formation et de sensibilisation indispensables. Cet article propose quelques pistes de réflexion sur les compétences clés à mobiliser dans le cadre d’un projet d’innovation numérique.

1. Saisir ce qui change dans les pratiques professionnelles

Se former à l’innovation numérique, c’est d’abord saisir ce qui change dans les pratiques professionnelles. Un précédent article publié sur Medium par {CORRESPONDANCES DIGITALES] évoque les évolutions des compétences impulsées par le numérique dans le champ culturel et patrimonial.

Très brièvement, voici quelques constats partagés dans cet article.

De nombreuses pratiques, outils et méthodologies sont déjà fortement mobilisés par les professionnels du secteur : expertises éditoriales, gestion de projet, capacités à communiquer et à accompagner les changements.

L’appréhension d’un projet d’innovation peut, par ailleurs, bouleverser les modèles stratégiques et organisationnels d’un établissement culturel et nécessiter d’actualiser les compétences de ces professionnels.

Quelques exemples de compétences que peuvent induire le développement d’un projet d’innovation numérique.

Nous présenterons dans cet article quelques approches pour aborder sereinement un projet innovant (que celui-ci envisage une dimension technologique forte ou qu’il implique des ruptures ou des évolutions d’usages).

2. S’adapter aux pratiques culturelles des publics

Depuis une trentaine d’année, la volonté de mieux connaître ses publics, leurs comportements, leurs perceptions ou leurs pratiques culturelles s’est accrue dans le secteur muséal. Cette volonté est née du besoin d’évaluer l’efficience des missions de démocratisation culturelle confiées aux équipements culturels. Elle répond aussi aux injonctions liées à l’autonomisation de certains établissements culturels publics de s’approprier des méthodologies de gestion et marketing issues du monde de l’entreprise (pour aller plus loin, lire l’excellent article de Camille Jutant dans la revue Culture et Recherche N° 134).

Le déploiement de dispositifs numériques en ligne et dans les murs des établissements muséaux et patrimoniaux ne change pas fondamentalement les expériences physiques des collections auxquels les publics ont accès en ces lieux (cf. le précédent article que nous avions publié sur Medium Le numérique a-t-il tué la médiation physique ?).

Ces dispositifs peuvent, néanmoins, contribuer à une meilleure connaissance des publics et de leurs pratiques culturelles. Aux méthodologies « classiques » d’étude des publics (observations, entretiens ou sondages) s’ajoutent l’analyse de données quantitatives issues des usages numériques des publics.

Des données issues d’une diversité d’outils (réseaux sociaux, sites web, livres d’or numérique, applications smartphones, tablettes ou tables mises à disposition en salle) sont désormais accessibles sur les typologies de publics, les contenus qu’ils consultent tant en ligne qu’in situ, leurs interactions, leurs perceptions des messages qui leur sont transmis.

Un exemple d’outils d’évaluation en pleine expansion dans les institutions culturelles, le livre d’or de Guestviews.

Sur ce sujet, un article que nous avions rédigé pour le site du Ministère de la culture revient sur quelques indicateurs clés à consulter, par exemple, sur les réseaux sociaux.

La volonté de déployer un projet d’innovation numérique peut donc faire appel à la multiplicité de ces sources d’informations afin de mieux saisir les besoins des publics et leurs usages. Analyse des données d’usages, observations, expérimentations, entretiens, veille, études comparatives sont autant d’outils mobilisables pour mieux définir les profils des publics auxquels s’adresser et mieux appréhender leurs pratiques.

3. De la nécessité d’expérimenter et de tester

La mobilisation de méthodologies issues du design telles que la définition de profils-types (appelés « persona ») peuvent aussi permettre d’affiner la matérialisation des besoins spécifiques de certains publics et aider au prototypage de solutions. Ce type d’outils a aussi l’avantage de permettre de gagner en agilité pour mieux expérimenter, itérer et s’adapter à des besoins potentiellement changeants et à des technologies souvent obsolètes rapidement.

Un exemple de profil-type (autrement appelé Persona) défini par des étudiants de l’Ecole des Gobelins.

A titre illustratif, pour sensibiliser les équipes en charge de la médiation des musées de Grenoble (musée et muséum) à l’usage de ces méthodologies, {CORRESPONDANCES DIGITALES] a défini un cycle d’ateliers de 2 jours pour chacun de ces établissements.

Les participants à ces ateliers ont ainsi identifié les profils-types de publics auxquels leurs établissements souhaiteraient s’adresser, puis, ont défini un parcours-type pour cerner avec plus d’exactitude l’expérience qu’ils pourraient proposer à leurs visiteurs.

Un exemple de parcours-type défini dans le cadre d’une mission pour la Fondation Louis Vuitton.

Sur la base des travaux réalisés par les participants, un ensemble d’exemples inspirants ont été ensuite partagés avec eux pour instruire de façon plus fine les dispositifs les plus adaptés à leurs enjeux et contraintes.

4. Innover c’est aussi tout simplement instruire et se documenter

Nombreuses sont les injonctions auxquels se confrontent régulièrement les professionnels du secteur muséal à réfléchir « hors-du-cadre » ou de « repartir de zéro » pour être en rupture avec des pratiques parfois, peut-être, trop installées. C’est ce que propose, par exemple, Museomix en organisant annuellement des marathons créatifs de 3 jours favorisant « la pluridisciplinarité, la découverte d’autres modes de travail et d’autres méthodologies ».

Ce souffle de renouveau est donc essentiel pour s’abstraire de toutes les contraintes et obstacles opérationnels auxquels se confrontent quotidiennement des professionnels assujettis à une frugalité plus subie que choisie : manque de budget, de temps, de soutien hiérarchique…

Le principe de réalité ne doit pas pour autant être négligé afin d’anticiper les besoins et contraintes qui permettront de garantir le choix de solutions opérationnelles, opportunes et aisément transposables. Avoir une approche du numérique culturel nécessite donc d’avoir une vision « documentée » des pratiques, des dispositifs numériques existants, des modèles organisationnels et stratégiques à mettre en œuvre.

Après le prototypage, l’instruction et la documentation d’un projet d’innovation numérique est essentielle pour en identifier les implications techniques, matérielles, humaines, d’usages, financières.

Pour répondre à cet enjeu, se mettre dans une logique de veille et d’étude comparative semble particulièrement primordial. De nombreuses années dans le conseil et la mise en place d’un dispositif de veille efficace permet à {CORRESPONDANCES DIGITALES] d’alimenter régulièrement les actualités proposées sur le site web www.correspondances.co. Au-delà de cette implication sur la toile, ce travail a permis de renforcer une méthodologie de veille :

  • Identification des sources d’informations pertinentes,
  • Optimisation des moyens de recueil de ces informations, analyse et valorisation de ces informations.
Présentation de la veille réalisée depuis quelques années par {CORRESPONDANCES DIGITALES].

Cette veille est aussi l’occasion d’alimenter un ensemble de connaissances et expertises actualisées sur les projets, les pratiques ou les implications liés à des projets numériques.

5. Privilégier une approche opérationnelle et « située »

Instruire la faisabilité opérationnelle d’un projet d’innovation numérique peut consister à analyser finement et de façon « située » des projets similaires réalisés par d’autres institutions.

Pour alimenter cette phase d’instruction, une démarche de formation en itinérance peut être privilégiée. C’est ce que propose {CORRESPONDANCES DIGITALES] en organisant des visites-ateliers (ou « voyages apprenants ») dans différents lieux inspirants. Ces lieux peuvent être choisis au plus proche des projets envisagés par les participants ou au plus éloigné pour favoriser la découverte d’innovations en rupture avec les pratiques d’autres établissements culturels classiques. Ces découvertes sont ainsi l’occasion de s’inspirer de nombreux projets développés dans des écoles, des entreprises, des ateliers de fabrication numérique, des tiers lieux, des espaces de coworking ou des incubateurs.

Depuis quelques années, {CORRESPONDANCES DIGITALES] propose ainsi à des agents du ministère de la Culture, à des étudiants de l’ESSEC ou du CELSA des cycles de voyages apprenants afin de les sensibiliser à l’innovation, d’identifier des projets potentiels ou d’en instruire les implications.

Des voyages ont été réalisés à la BnF (rencontre du service innovation), à l’école 42 (école d’informatique défendant avec ferveur la pédagogie par projets), dans l’incubateur du Centquatre ou dans différents ateliers de fabrication numérique à la croisée du design, de l’innovation et de l’artisanat (Volumes Coworking, les Arts codés, Villette Makerz)…

Un exemple de visite-atelier réalisée à la Gaîté Lyrique. Pour être particulièrement pertinente, ces visites sont préparées avec les participants en amont et font l’objet d’atelier a posteriori pour identifier les meilleures pratiques, outils ou méthodologies à transposer.

6. Quelles formations envisager ?

Le corpus méthodologique proposé dans cet article peut favoriser une innovation adaptée aux pratiques de ses publics, aux enjeux, besoins et contraintes de son établissement.

Pour mener à bien cette démarche, différentes formations peuvent être envisagées sous la forme de parcours ou à la carte :

  • Mettre en place un dispositif de veille efficace. Ce module se base sur l’expertise de veille développée par {CORRESPONDANCES DIGITALES] depuis de nombreuses années.
  • S’approprier un ensemble d’outils et pratiques afin de réaliser des études comparatives efficaces. Forte de 13 ans de conseil dans différents domaines, {CORRESPONDANCES DIGITALES] a produit de nombreuses études de benchmark qui sont partagées dans le cadre des formations que l’agence anime. Récemment, une formation de ce type a été réalisée pour le laboratoire d’innovation publique de la région Centre-Val de Loire.
  • Innover dans la conception et le pilotage de projets. Cette formation fait appel à des outils et méthodologies inspirés du design et des missions de conseil réalisées depuis 13 ans par {CORRESPONDANCES DIGITALES]. Parmi les expériences les plus récentes, des missions ont été réalisées pour le musée du Louvre, le 11 Conti-Monnaie de Paris, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme et l’Institut du monde arabe (pour consulter les références évoquées, cliquez ICI).
  • Evaluer un projet pour se mettre dans une logique d’amélioration continue. Ce module est le fruit d’un protocole d’évaluation conçu en collaboration avec les étudiants et les équipes pédagogiques de l’Ecole du Louvre. Différentes sessions de formation de ce type ont été réalisées pour les agents du Ministère de la culture au musée des arts décoratifs, musée du Louvre, 11 Conti-Monnaie de Paris.

Pour découvrir en détail l’offre de formation de {CORRESPONDANCES DIGITALES], contactez-nous ou inscrivez-vous ici.

Antoine ROLAND

www.correspondances.co

{CORRESPONDANCES DIGITALES]

{CORRESPONDANCES DIGITALES] est une agence de conseil et de formation en innovation spécialisée dans le secteur culturel

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Projets numériques et culturels — www.correspondances.co

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