Analyse des couleurs de la Une de Charlie Hebdo en date du 14 février 2015
par Fanny Shin

Le 1178ème numéro de Charlie Hebdo, premier numéro publié après le drame survenu à la rédaction du journal ayant coûté la vie à douze personnes donc huit membres de la rédaction, a été surnommé « numéro des survivants ». L’édition « bénéficie » à sa sortie d’une aura particulière. Le journal sort après les marches républicaines ayant eu lieu partout en France, et même dans le Monde. Le numéro est ainsi publié à 8 millions d’exemplaires, contre 30 000 habituellement, et il s’arrache en quelques minutes dans tous les kiosques français.
Dessinée par Luz, la Une représente le prophète Mahommed tenant une pancarte « Je suis Charlie ». La une titre : « Tout est pardonné ».
La super coloriste Super By Timai nous dit que le vert possède un niveau de clarté médian, c’est une couleur fondamentale : transposé en noir et blanc, l’échantillon gris obtenu se situera à la parfaite médiane du noir et du blanc. Le rouge joue un rôle important sur cette une. Pour Pastoureau, le rouge est une couleur qui veut se faire voir, en impose aux autres. Dans la langue espagnole, “colorado” veut dire “rouge”, mais aussi “coloré”. En russe, rouge, “krasnoï” signifie aussi “beau”. Le rouge est fascinant, il évoque les flammes, la violence, la colère et le crime. La présence du rouge, première couleur détectée par l’œil, augmente l’impact visuel de la Une mais en dit aussi sur le drame.
Le vert est associé à la nature, l’énergie, l’air campagnard, les espaces champêtres. Pour Mai Hua, c’est la couleur qui transforme la lumière en énergie chimique, et donc la couleur qui symbolise la nature que la lumière transperce. Le vert représente également l’espoir, la repousse, la possibilité : le feu vert autorise le passage. Le vert, c’est aussi la couleur de l’Islam. C’est d’ailleurs en référence au vert de la nature que le prophète Mahomet aurait choisir le vert comme sa couleur préférée.
Mais le vert n’a pas que des connotations positives. La couleur est également associée au desordre, à la nature qui se déchaine, la malchance et la maladie. Molière est mort peu après être sorti de scène où il jouait Le Malade Imaginaire, vêtu de vert, ce qui a donné naissance à des superstitions théâtrales.
Visuellement, le vert a tendance à empiéter sur les autres couleurs. Il s’agit ici d’un vert tendre, un vert qui n’existe pas dans la nature. Il permet ici de mettre en valeur la figuration du prophète Mahomet.
Et si le vert est espoir, quel espoir Luz a-t-il cherché, consciemment ou non, représenter avec cette Une ?