Réécriture


“Notations”

Alan Aurmont
Apr 6, 2016 · 5 min read

(Exercices de style, Raymond Queneau, 1947)

Dans l’S, à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s’irrite contre un voisin. Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu’il passe quelqu’un. Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus.

Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint-Lazare. Il est avec un camarade qui lui dit: «Tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus.» il lui montre où (à l’échancrure) et pourquoi.


“Rêve”

(réécriture, Exercices de style, Raymond Queneau, 1947)

Il me semblait que tout fût brumeux et nacré autour de moi, avec des présences multiples et indistinctes, parmi lesquelles cependant se dessinait assez nettement la seule figure d’un homme jeune dont le cou trop long semblait annoncer déjà par lui-même le caractère à la fois lâche et rouspéteur du personnage. Le ruban de son chapeau était remplacé par une ficelle tressée. Il se disputait ensuite avec un individu que je ne voyais pas, puis, comme pris de peur, il se jetait dans l’ombre d’un couloir.

Une autre partie du rêve me le montre marchant en plein soleil devant la gare Saint-Lazare. Il est avec un compagnon qui lui dit: «tu devrais faire ajouter un bouton à ton pardessus.»

Là-dessus, je m’éveillai.


“Le requin et le nudiste”

(The Telegraph, 2003)

Un comédien britannique qui a plongé entièrement nu dans un bassin de l’aquarium de Brighton, en Angleterre, pourrait être poursuivi au pénal en raison du brusque décès d’un requin après son intervention, raconte vendredi le Daily Telegraph. Ce requin de 12 ans mesurant environ un mètre de long est décédé inopinément deux jours après la prestation effectuée par Guy Venables, en tenue d’Adam et à des fins publicitaires, dans son bassin du Centre marin de Brighton. “Cette variété de requin est très sensible au stress. Nous craignons qu’il ne soit décédé parce qu’il a vu Mr Venables sauter dans son bassin”, a déclaré au journal une responsable du centre, Lisa Handscomb. “Le requin est en train d’être examiné par notre équipe de biologistes et s’il s’avère qu’il est mort sous le coup de stress, nous poursuivrons Mr Venables au pénal”, a-t-elle prévenu.


“Le requin du paradis”

(réécriture, Alan Aurmont, 2016)

“Bienvenue aux portes du Paradis”, affichait l’enseigne avec de plus en plus de clarté et de lueur à mesure que le requin se rapprochait.
“Bonjour, créature!” la salua la douce et tendre voix de Saint-Pierre, “Qu’est-ce qui t’amène ici aujourd’hui?”
“Bonjour, maître, je suis ici pour plaider ma cause afin d’entrer au paradis.” murmura humblement le requin.
“Eh bien, vas-y, quelle est ton histoire?” demanda Saint-Pierre avec impatience.

Le requin commença: “Deux parents aimants m’ont fait éclore dans l’océan Atlantique oriental près des îles Britanniques. Ils ont pris soin de moi, m’ont appris les instincts de survie cruciaux, la chasse, les manœuvres aquatiques, etc. Fondamentalement, ils se sont assurés que j’étais prête pour la vie sauvage et passionnante de l’océan. Grâce à eux, j’ai vu d’autres parties du monde telles que la mer Méditerranée, les îles Canaries et même la lointaine Afrique du Sud.

Je dirais que j’ai vécu une vie libre, heureuse et sans stress jusqu’à ce qu’un jour je sois capturée, apparemment par deux pêcheurs britanniques. Depuis ce jour-là, ma vie n’a plus été la même. J’ai été transférée dans ce qui semblait être un aquarium, quelque part à Brighton, en Angleterre je pense, aquarium destiné au divertissement des humains je suppose. J’ai lutté contre la dépression pendant plus d’un an. Bien que l’aquarium fut quasiment sans limites et que je ne mesure qu’un mètre, je me sentais tout de même claustrophobe. Il y avait d’autres captifs dans l’aquarium tels que des tortues, des raies et d’autres requins. Je me suis liée d’amitié avec la plupart d’entre eux et, grâce à eux, j’ai été en mesure de surmonter la dépression. J’ai commencé doucement à accepter mon destin. Croyez-le ou non, cela n’a fait que me rendre plus satisfaite de moi et de ma nouvelle vie. J’en ai tiré le meilleur parti. À ma grande surprise, les ravisseurs nous traitaient avec bonté et respect, nous nourrissaient bien, et parfois même distrayaient certains d’entre nous, aspergeant nos ventres avec de doux jets d’eau à l’aide d’un tuyau d’arrosage.

Un an plus tard, j’ai donné naissance à deux petits de mon cru. J’avais l’impression que j’étais au septième ciel. Je les élevais comme mes parents m’avaient élevée. Ils grandirent heureux et satisfaits. En partie parce qu’ils n’avaient jamais goûté la vraie liberté. Et moi, je vieillissais, devenant de plus en plus faible, sensible à la lumière du soleil et au stress en général que jamais auparavant. Mes dents pouvaient à peine mâcher les aliments durs. À l’âge respectable de 12 ans, mes amis d’aquarium, y compris mes enfants, m’organisèrent une fête d’anniversaire somptueuse. On s’est bien amusés.

Le lendemain, il se passa quelque chose de terrible. C’était un mercredi matin ordinaire. Sorti de nulle part, un homme se tenait debout au bord de notre aquarium. J’ai découvert plus tard que c’était une sorte de comique britannique dérangé en train de promouvoir son stupide spectacle humoristique. Peu importe. Tout à coup, il a laissé tomber son uniforme de camouflage passe-partout, exposant un organe corporel d’aspect bizarre que je n’avais jamais vu auparavant et qu’aucun d’entre nous, magnifiques requins, n’arbore. La seconde suivante, il plongea dans notre aquarium. La vague et la vibration étaient si puissantes qu’elles m’ont heurtée en pleine face. J’étais tellement sonnée que j’ai perdu conscience je ne sais combien de temps. Ça a dû être un certain temps parce que, quand j’ai repris connaissance, l’homme avait disparu. À coup sûr, il avait fait des ravages dans notre petit thalasso-royaume. Mais l’épouvante était loin d’être terminée.

Deux jours après, je pense que c’était vendredi, j’ai à nouveau perdu connaissance. J’ai été transportée d’urgence à l’hôpital. Je me rappelle vaguement être couchée sur une surface métallique froide, suffoquant lentement en raison du manque d’oxygène; et un groupe de ce qui semblait être des biologistes debout au-dessus de moi. C’est la dernière image qui me reste en mémoire. Malgré la terreur et la vie en captivité, mon aquarium, et surtout mes enfants, me manquent…”

“Oh mon Dieu, elle est vivante! Elle est vivante!” s’écria une voix humaine avec une incrédulité poignante.

Creative Writing

Creative writing by Alan Aurmont

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Photographer | http://aurmont.com

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