Portrait dynamique


“Le père Goriot”

Alan Aurmont
Apr 6, 2016 · 3 min read

(extrait, Honoré de Balzac, 1834~1835)

Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis, elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet ; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d’église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s’est blottie la spéculation, et dont Mme Vauquer respire l’air chaudement fétide sans en être écœurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d’automne, ses yeux ridés, dont l’expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l’amer renfrognement de l’escompteur, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne.


“Mon premier professeur”

(Alan Aurmont, 2016)

“L’autorité souveraine en matière d’esprit”, un personnage extraverti, calme et doux, qui semblait cacher un “tempérament hautement émotionnel”, d’où émanait son “énergie intellectuelle extraordinaire.” Ce n’est pas tout ce que je peux dire de mon premier professeur d’université, dont la pédagogie non conventionnelle et le mode de pensée dynamique et radical m’ont motivé pour comprendre et m’enthousiasmer pour les théories scientifiques les plus complexes.

Un jour, je me souviens, il surprit toute la classe avec la multiplicité de ses talents comme il faisait preuve de virtuosité avec son violon en jouant des sonates de Mozart et Beethoven. Ce qui était encore plus surprenant, c’est qu’il apprit à jouer seul sans “jamais pratiquer méthodiquement”, nous dit-il, décidant que “l’amour était un meilleur professeur qu’un sentiment d’obligation”. “Il n’avait aucun talent spécial. Il était seulement passionnément curieux.” affirmait-il souvent humblement. Ces mots me stimulaient.

Je me souviens que quand il entra en classe le premier jour, son sourire charmant et confiant nous a tous instantanément hypnotisés. Mes yeux, tels des molécules réagissant aux forces d’attraction, gravitaient toujours vers les siens alors qu’il entrait dans la salle au pas de charge tel une force nucléaire non destructive. Relativement parlant, pour un homme de son âge, son pouvoir ne pouvait être contenu. Ses yeux, comme deux particules sombres émettant de la radiance, créaient des champs électromagnétiques de rides qui se propageaient de manière ondulatoire autour de ses yeux et sur son large front comme des courants électriques. Ses sourcils aussi larges que sa moustache, son nez proéminent de type Arméno-Alpin, qui ne faisait qu’accroître sa confiance, sa passion et son intelligence, rappelaient un masque de déguisement classique façon Groucho Marx, les lunettes en moins. Ce qui attirait particulièrement mon attention était ses cheveux blancs épars défiant la gravité, semblables au nuageux champignon de fumée blanche suivant l’explosion d’une bombe atomique comme si sa tête explosait de connaissances puissantes et d’idées progressistes.

J’aimerais noter que, pour un homme de son âge, son sens de la mode était aussi progressiste que ses idées. On le voyait souvent porter de belles vestes en soie, des cravates soignées et élégantes, et souvent aller sans chaussettes.

Notre professeur, tout en souriant et plaisantant beaucoup, était rigoureux et exigeant. Ses conférences étaient rythmées, et l’écriture au tableau, quoique facilement lisible, relativement parlant, était rapide comme la lumière.

Je me souviens clairement du jour où sa popularité à l’Université explosa après qu’il eut reçu le prix Nobel. Pendant des semaines, il fut harcelé par les photographes près de l’Université. Finalement une fois, il tira la langue d’exaspération après avoir perdu son calme, essayant de gâcher la photo. Bien sûr, son plan avait eu l’effet inverse. Étant donné que notre professeur avait une telle réputation d’excentricité, la photo fut juste considérée comme un autre exemple de son charme irascible, et est devenue l’un des portraits de lui les plus imprimés dans les journaux.


Question pour vous, mes chers lecteurs: quel est le nom de mon professeur?

Creative Writing

Creative writing by Alan Aurmont

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Photographer | http://aurmont.com

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