La révolution crypto va tout bouleverser

Affichant une capitalisation boursière avoisinant les 200 milliards de dollars, il est presque impossible d’ignorer Bitcoin et d’autres joueurs majeurs de la cryptomonnaie. Comme les technologistes et les financiers l’avaient anticipé, en annonçant une force perturbatrice majeure, ces technologies émergentes déstabilisent un des rares secteurs industriels encore relativement à l’abri des bouleversements numériques. En finance, cette nouvelle technologie s’imposera-t-elle comme une évolution durable ou une révolution radicale? Et comment ce nouveau paradigme chamboulera-t-il d’autres secteurs industriels?

Cette année seulement, le capital de risque des entreprises en démarrage a été éclipsé par les cryptos, car plus de 2 milliards de dollars ont été injectés dans des entreprises de la blockchain via des levées de fonds en cryptomonnaies (ICO : Initial Coin Offerings) : une méthode de financement calquée sur l’introduction en bourse. Toutes les grandes institutions financières mondiales, commerciales ou gouvernementales, ont des équipes qui analysent comment la technologie blockchain pourrait accroître l’efficacité et la transparence des organisations. Étant donné que la compensation et le règlement, les paiements, le financement commercial, l’identification des clients (KYC), le blanchiment d’argent (AML), les prêts syndiqués et plusieurs autres mécanismes, seront fortement optimisés par cette technologie et que d’autres seront créés, il est indéniable que l’impact sera majeur sur les services financiers. Ici, l’évolution et la révolution ne font qu’un!

Au moment où les pays commencent à voir à peu près clair dans les répercussions potentielles des cryptos sur le secteur financier, des gens se mettent à rêver plus grand encore. La technologie blockchain, à la base du Bitcoin, peut s’appliquer à plusieurs autres usages. Elle constitue une percée fondamentale en informatique qui risque de tout chambarder et pas qu’en finance. Les blockchains forment les premiers outils qui permettent aux particuliers de s’entendre entre eux sur des données partagées, donc sans avoir à passer par une autorité centrale compétente. Ça peut être, en simplifiant, comme une innovation dans une base de données, mais un mécanisme de «consensus décentralisé» ouvre des perspectives jusqu’ici inimaginables.

Prenez l’Internet par exemple. Plus l’information se numérise et plus d’incroyables nouvelles avenues s’ouvrent devant nous. Les livres et les bibliothèques ont cédé le passage aux sites web et à Google. «L’Internet de l’information» transforme avantageusement certains paradigmes, comme la démocratisation des connaissances et la possibilité d’organiser l’information, à l’aide d’hyperliens par exemple, ce qui était impensable lorsque le contenu était archivé sous forme analogique. Lorsque ces possibilités ont été envisagées par les pionniers de l’Internet, elles paraissaient prodigieuses et inconcevables. Aujourd’hui, elles font simplement partie de notre quotidien.

Bien que le phénomène de surabondance d’information ne s’estompera pas, la représentation numérique de la valeur ou de la rareté est toujours déficiente. La «valeur» constitue une terminologie éthérée pour symboliser ce qui génère de l’utilité, mais la valeur est aussi intimement liée à la rareté des choses : si un objet ou une idée peut être obtenu ou accessible facilement, une convention veut qu’il soit considéré comme moins précieux; si l’objet ou l’idée sont très recherchés et rares (soit difficiles à obtenir ou à accéder), leur valeur augmente. Mais lorsqu’on peut copier quelque chose librement, on ne peut la prétendre rare et son prix (ou valeur marchande) est très près de zéro. Cette situation cause des frictions entre l’économie dite «traditionnelle», où toute création a un coût, et l’univers du « numérique», où la copie s’effectue librement et gratuitement. Alors que concevoir et produire des films ou de la musique coûte très cher, on peut les copier pour 0 $.

Jusqu’à tout récemment, pour exprimer numériquement la valeur ou la rareté de quelque chose, il fallait s’en remettre à une organisation de coordination centralisée. Les informations relatives à l’argent dans les institutions financières, les produits financiers dérivés utilisés pour les transactions ou les biens immobiliers dans les communautés, sont toutes traitées par de grandes institutions qui garantissent la sécurité et la confiance envers des informations enregistrées et protégées selon les règles de l’art — afin qu’elles représentent fidèlement les actifs rares du monde « traditionnel ». Ce mécanisme qui permet de s’entendre à propos de l’état d’une chose, par exemple l’argent détenu par les individus ou les actifs qu’ils possèdent, on peut certainement appeler ça un consensus. Jusqu’à récemment, le consensus n’était possible que si les organismes réglementaires publics avaient notre confiance. Maintenant, les blockchains ont permis de décentraliser le consensus et voilà bien le facteur clé qui agrandit le panorama du monde des possibles.

Il est aussi important de se souvenir que si le secteur financier représente le premier domaine sérieusement bouleversé par la technologie blockchain, il sera le premier d’une longue série. Pour le public, les blockchains solutionnent les problèmes de coordination clé, comme l’Internet l’a fait auparavant. Pour la première fois, les développeurs disposent d’une «API de la rareté», donnant ainsi naissance à un «Internet de la valeur» sans permission et programmable. Cette technologie rend maintenant possibles toutes sortes d’applications: système d’identification universel, chaînes d’approvisionnement autonome, bourses des données et plus. Révolutionnaire, cette nouvelle infrastructure ouvrira des possibilités marquantes encore inimaginables aujourd’hui, de la même façon qu’en 1990 il était impossible d’anticiper l’importance qu’occupent nos géants de l’Internet. La partie de baseball ne fait que commencer et le secteur financier est au bâton pour à peine la première moitié de la première manche!

Écrit par Richard Hendrix; traduit par Thierry Holdrinet.